Expliseat et l’Aquitaine, pourquoi la greffe n’a pas pris

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Les sièges d'Expliseat, deux fois moins lourds que ceux de leurs concurrents, commencent à faire mouche dans le transport aérien
Les sièges d'Expliseat, deux fois moins lourds que ceux de leurs concurrents, commencent à faire mouche dans le transport aérien (Crédits : Expliseat)
Avant de séduire les compagnies aériennes avec son siège ultraléger, la société Expliseat a d’abord séduit la Région Aquitaine sur ses capacités à représenter un potentiel pour l’économie locale. Mais après deux ans de présence, c’est depuis Paris qu'Expliseat décolle. Explications sur une greffe qui n’a pas pris.

C'est sous la houlette et grâce à la capacité de persuasion de Christian Streiff, ancien PDG d'Airbus et de PSA, associé au projet, que les dirigeants de la jeune société Expliseat ont réussi à séduire le Conseil régional et son président Alain Rousset. Un président et son équipe qui ont su voir le potentiel économique, qui ne se dément pas, d'Expliseat, société créée en mars 2011 à Paris, qui souhaitait implanter la majeure partie de son équipe au plus près de l'industrie aéronautique et de sa sous-traitance.

La collectivité a fait preuve d'un sens de l'accueil et d'une bienveillance à la hauteur de l'opportunité économique et sociale possible avec le décollage de l'activité d'Expliseat.
Dans les faits, outre l'attribution de deux aides régionales (des avances remboursables) pour un montant total de 400.000 euros, la société a profité, gracieusement, d'un local au sein de la pépinière d'entreprises de Bordeaux Technowest à Mérignac.

"Nous avons trouvé, avec le Conseil régional, un partenaire de qualité. Aujourd'hui, on peut le dire, nous devons une partie du succès commercial qui se dessine pour nous, à son soutien", reconnaît Jean-Charles Samuelian, cofondateur et dirigeant d'Expliseat.

De Bordeaux - Technowest à Bordeaux

Pour autant, dans les faits, la société Expliseat, si elle s'est installée dans les murs de la pépinière d'entreprises Bordeaux Technowest à Mérignac, n'a jamais vraiment fait appel à ses services et conseils. Bordeaux Technowest a eu du mal à associer cette société, qui développait son business à la vitesse grand V et qui n'a pas tardé à professionnaliser sa communication. C'est ainsi qu'elle imposait une charte graphique différenciée pour les stands collectifs ou encore la relecture, par une agence de communication, en l'occurrence Publicis, de tous les communiqués de presse produits par Bordeaux Technowest faisant citation d'Expliseat.

Finalement, au bout d'une année de présence sur site, la société a déménagé. En octobre 2013, elle s'est installée dans des locaux situés au centre de Bordeaux et, objectivement, plus adaptés à ses besoins et à ceux de ses salariés. A partir de ce déménagement, les espoirs de création d'emplois et d'activité en local pour une production qui devait être réalisée à 50 % en Aquitaine, le reste en Midi-Pyrénées, selon les déclarations (en juin 2013) des dirigeants de la société, se sont envolés.

Faute de partenariat industriels aquitains...

"Nous n'avons pas, contrairement à ce que nous espérions et à l'aide de nos partenaires institutionnels, trouvé les partenaires industriels que nous voulions, dans les prix que nous recherchions. Pour autant, ce n'est pas la compétitivité de la région qui est remise en cause, mais nous n'avons pas trouvé, en Aquitaine, la réponse technologique à notre problématique", tient à souligner Jean-Charles Samuelian.

Dès lors, si sur le site Internet d'Expliseat, le "Design office" reste toujours domicilié au 16 rue Ferrere à Bordeaux, le lieu, un loft, qui a accueilli jusqu'à huit employés, est désormais inoccupé. Désormais, il constitue un point de chute pour les salariés et cadres dirigeants d'Expliseat lors de leurs déplacements dans le Grand Sud-Ouest.

"Nous restons quand même attachés à la région qui compte de nombreux acteurs du secteur. Si nous envisageons de changer de site bordelais, nous ne voulons pas quitter la capitale régionale, nous garderons un pied à Bordeaux et en Aquitaine", poursuit Jean-Charles Samuelian.

Mais l'économie impose le pragmatisme, et aujourd'hui la société, qui signe des contrats d'équipement et semble pouvoir réussir son pari d'imposer ses sièges allégés "Titanium", travaille pour son développement et l'assemblage uniquement avec des sociétés de Grenoble pour la partie titane et toulousaines pour la partie composites.

Avances remboursables : Expliseat est à l'heure

Du côté des services économiques de la Région, on reconnaît n'avoir pas grand-chose à reprocher à Expliseat, si ce n'est d'avoir eu du mal à dialoguer avec ses dirigeants ces derniers mois.

"Nous avons versé, sans contrepartie en termes d'emplois, des aides sous forme d'avances remboursables. Et à l'occasion de la première échéance, en mars 2014, Expliseat a honoré la facture de 80.000 euros sans aucun retard, sans demande de délai supplémentaire, ce qui est rare dans le cas des jeunes entreprises soutenues sous cette forme" assure t-on au cabinet d'Alain Rousset.

"Nous savons ce que nous devons à la Région Aquitaine, souligne Jean-Charles Samuelian. Nous serons totalement loyaux dans cette affaire."

Même ambiance à la Région :

"Nous n'avons aucune raison d'en vouloir à Expliseat, nous souhaitons, aujourd'hui, juste comprendre ce qui n'a pas fonctionné dans la tentative d'implantation de cette société parisienne prometteuse. Est-ce que cela vient de nous ? D'eux ? Du tissu industriel local ?"

Après des mois d'absence de dialogue, il semble que l'enquête réalisée par La Tribune - Objectif Aquitaine ait permis aux différentes parties du dossier de renouer le dialogue et donc d'avancer sur cette analyse. La semaine prochaine, une réunion est en effet prévue entre le service Développement économique de la Région et la direction d'Expliseat.

En attendant, l'Aquitaine a joué le jeu de l'accompagnement d'une entreprise française prometteuse, mais si finalement, elle a été mal "récompensée", elle peut toujours se consoler en reconnaissant qu'elle a aidé les sièges d'Expliseat à décoller... d'ailleurs.

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Commentaires
a écrit le 14/01/2015 à 20:45 :
Pourquoi les grands noms du low cost, pourtant toujours à la recherche de technologies qui diminuent les couts, n'ont pas donné suite? Easyjet, Ryanair? Pas convaincus?
a écrit le 14/01/2015 à 15:46 :
Allez donc demander à Technowest ce qu'ils pensent d'eux... !
Réponse de le 22/01/2015 à 21:27 :
Allez donc demander aux armadas de stagiaires compétents et pleins d'ambition qui ont foulés les couloirs de Technowest ce qu'ils pensent de Technowest...
a écrit le 14/01/2015 à 13:52 :
" ... aujourd'hui la société, qui signe de beaux contrats d'équipement et semble bien partie pour réussir son pari d'imposer ses sièges..." : ça c'est de la méthode Coué. Ils sont où les beaux contrats ?

Expliseat a vendu ses sièges dans un seul et unique avion, un A321 d'Air Méditerranée. Les sièges ont été installés en décembre dernier et Air Méditerranée vient de se mettre sous régime de sauvegarde auprès du TC, donc pile au moment de payer la première échéance.

Non seulement le pari n'est pas gagné mais il apparaît désormais comme presque perdu (sauf à trouver fissa de bons vrais gros clients qui paient).

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