Babylone Growers va recruter 50 salariés pour ses cultures hydroponiques en Gironde

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Taoufik Tahar devant une simulation animée (avec le ventilateur au premier plan) de la future serre hydroponique.
Taoufik Tahar devant une simulation animée (avec le ventilateur au premier plan) de la future serre hydroponique. (Crédits : Agence Appa)
Beychac-et-Caillau, sur la rive droite de Bordeaux, va devenir un lieu de production agricole intensive grâce aux serres ultra modernes et hydroponiques que doit y développer Babylone Growers Agritech. Avec pour commencer des salades garanties sans pesticides qui seront vendues en marque blanche. Babylone Growers Agritech, qui vient de lever 2 millions d'euros, sera un nouveau fournisseur pas une marque de plus sur le marché.

Industrialiser la production de salades sans aucun pesticide : c'est le pari fait par la société Babylone Growers Agritech, à Beychac-et-Caillau (Gironde), qui vient de lever 2 millions d'euros pour construire sa première serre high tech.

"Nous aurions dû lancer les travaux en 2020. Aujourd'hui nous attendons que les sols, encore détrempés par les pluies diluviennes de l'hiver, aient finis de sécher. L'objectif est d'achever les travaux d'ici septembre et de mettre la serre en test en novembre et décembre, pour pouvoir démarrer la production de salades au 1er janvier 2022", déroule Taoufik Tahar.

Un idée venue d'une rencontre à Nouakchott

Les 2 millions d'euros que vient de lever l'entreprise parisienne, transférée dans la région bordelaise en 2019, viennent s'ajouter au million d'euros déjà mobilisé l'an dernier. Financier et gestionnaire d'entreprise notamment diplômé de l'IAE (Institut d'administration des entreprises) de Paris, Taoufik Tahar a créé au début des années 2000 la société de distribution de gaz Altergaz, cotée en bourse, qui sera rachetée par l'énergéticien italien multinational ENI.

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En 2012, Taoufik Tahar devient directeur général de la société d'ingénierie Olymp Projects, spécialiste du développement de projets en Afrique, dans les secteurs de l'énergie ou encore de l'agriculture. C'est ainsi qu'il va multiplier les allers-retours entre Paris et l'Afrique. Et c'est sur ce continent qu'il va lui-même faire une découverte.

"J'étais dans un café de la capitale mauritanienne, à Nouakchott, une ville où il n'y pas beaucoup de distractions, et c'est là que je suis tombé un soir sur un spécialiste de la culture hydroponique, ça a fait tilt !", se remémore en substance Taoufik Tahar, qui va lancer le projet Babylone Growers Agritech.

Association avec la maison Gonet, à Beychac-et-Caillau

Un projet qu'il s'apprête à réaliser aux portes de Bordeaux et qui a reçu le soutien de Bpifrance et de la Région Nouvelle-Aquitaine. Le patron de Babylone Growers Agritech ne cache pas que la rapidité de la prise de décision de la Région a achevé de le convaincre de s'installer sur des terrains du château Lesparre, qui produit des bordeaux en appellations Graves de Vayres et Bordeaux Supérieur.

Suite à la crise viticole, les propriétaires champenois de ce domaine (société Michel Gonet et Fils/ Champagne Michel Gonet), qui possèdent d'autres exploitations dans le vignoble bordelais, ont décidé de réduire la voilure au château Lesparre et de commencer à le diversifier dans la production agricole hydroponique. Une culture hors sol où les plantes se développent dans un substrat nutritif aqueux, parfaitement maîtrisé, et sans pesticides.

Babylone Growers site

Site où va être construite la première serre hydroponique : avant il y avait de la vigne (Agence Appa).

Une chasse au bon site infructueuse en Languedoc-Roussillon

L'expression "hors sol" s'est graduellement imposée avec une connotation très négative en particulier en politique. Ramenée à l'agriculture par le prisme hydroponique, la perspective est toute autre. La serre de dernière génération que Babylone Growers Agritech va construire à Beychac-et-Caillau va s'étendre sur quasiment 10.000 mètres carrés. D'une hauteur de huit mètres pour près de 100 mètres de long sur 100 mètres de large, cette serre parfaitement autonome fonctionnera avec des paramètres d'ensoleillement, d'hygrométrie et de température contrôlés par ordinateur.

"Nous avons recherché un site bénéficiant de températures modérées avec un bon ensoleillement et des infrastructures à proximité. Nous avons naturellement commencé par chercher ça en Languedoc, dans l'Aude notamment. Mais il s'est avéré que trouver ce que nous voulions était plus dur que prévu. C'est pourquoi nous avons fini par nous rapprocher des propriétaires du château Lesparre. Ils ont des terrains disponibles et une véritable infrastructure sur laquelle nous allons pouvoir nous appuyer", recadre Taoufik Tahar.

Produire 6 millions de salades à l'hectare

La serre qu'il va faire construire se veut très économe en énergie et en eau et a besoin d'une solide infrastructure.

"Un maraîcher traditionnel produit entre 40.000 et 150.000 salades par an et par hectare. S'il est équipé en serres-tunnel il pourra compter sur une production annuelle de 800.000 salades à l'hectare. Avec les serres de dernière génération qui utilisent la culture hydroponique et qui existent par dizaines en Espagne et aux Pays-Bas, la production monte à 2 millions de salades par hectare. Notre stratégie consiste à construire l'une de ces serres de haute technologie, où l'hygrométrie, la température et la lumière -naturelle- sont contrôlées par ordinateur, avec une production annuelle de 6 millions de salades à l'hectare", déroule le dirigeant d'entreprise.

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Présentation vidéo de Babylone Growers

Pour arriver à tripler le niveau de production à l'hectare, Taoufik Tahar souligne que son équipe, constituée autour du docteur en environnement spécialiste de l'hydroponie Saïf Kati (recherche et développement), de l'ingénieur des Ponts et Chaussées Frantz Dissler, spécialiste en ingénierie, et de l'ingénieur en technologies de l'information Daly Ketari, spécialiste en management, a dû innover.

Réduire la consommation d'eau de 95 %

C'est ainsi que Babylone Growers Argritech a développé une sorte de rayonnage triangulaire de 12 mètres de long sur 3,50 mètres de haut. Bien sûr il s'agit plus que d'un rayonnage.

"Nous avons baptisé cette technologie innovante X-Frame. C'est une structure triangulaire capable de nourrir 1.920 salades, qui sont étagées sur les deux côtés du triangle. L'objectif consiste à produire 6 millions de salades mais sur 10 mois au lieu de 12. La culture hydroponique permet de réduire la consommation d'eau de 95 % car elle tourne en circuit fermé. Elle arrive depuis un bassin dans la serre, chargée en solution nutritive et en oxygène, puis elle repart ensuite par gravité. Il faut savoir que dans le maraîchage traditionnel seul 40 % de l'eau est absorbé par la plante. Le reste s'évapore ou part dans le sol où il va provoquer la pousse de mauvaises herbes... qu'il faudra ensuite détruire, le plus souvent à l'aide de pesticides...", décrypte le patron de Babylone Growers Agritech.

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Une production profilée pour les investisseurs et les distributeurs

La serre développée par l'entreprise utilisera la lumière du soleil et sera équipée d'un système de climatisation pour éviter tout risque de gel, aucun insecte ne pourra y entrer. Là aussi pour éviter les problèmes. Une sorte de culture en laboratoire qui permet de produire des salades au calibre et au prix attendu par la grande distribution, selon Taoufik Tahar. Tous les tests se déroulent depuis plusieurs mois en Andalousie, au sud de l'Espagne, où a été construit le prototype du système X-Frame.

"Faire pousser des plantes dans l'eau ne pose aucun problème, elles ne subissent aucune pression, aucune entrave et poussent beaucoup plus vite. Avec la serre que nous allons mettre en service une salade pousse en 27 jours, au lieu de 4 mois en pleine terre, et elle n'est imprégnée d'aucun pesticide. On peut la manger telle-quelle. Le problème c'est que pour développer des serres de ce niveau il faut investir 1,5 million d'euros. Donc il faut partir de cette contrainte financière pour proposer aux investisseurs un modèle qui ne soit pas à l'origine d'un taux de rentabilité interne (TRI) délirant, avec un temps de retour sur investissement de sept à huit ans. C'est pourquoi nous avons développé X-Frame. Sans cette innovation le TRI n'était pas le bon et le prix de vente à la grande distribution non plus", déroule Taoufik Tahar.

40 à 45 emplois par hectare en vitesse de croisière

L'entreprise prévoit de recruter 50 salariés pour sa première serre et annonce qu'elle va rapidement lancer un plan d'apprentissage pour avoir une main d'œuvre qualifiée, capable de travailler dans serre high tech.

"Ensuite nous recruterons à hauteur des 40 à 45 postes par hectare. Les recrutements vont suivre le planning et le lancement des serres. D'ici 2023 au plus tard nous voulons opérer trois serres supplémentaires, soit un total de quatre hectares en production", souligne le dirigeant de l'entreprise.

Chaque serre produira alors 6 millions de salades par an, représentant 2.000 tonnes, et Babylone Growers Agritech pourra garantir à ses clients la production annuelle de 6.000 tonnes. A terme, l'entreprise mettra de nouveaux légumes et certains fruits en culture.

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