CIVB : Allan Sichel, patron de l’interprofession, voit la sortie du tunnel pour le vin de Bordeaux

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Les sorties de propriétés ont été plus importantes en 2018 qu'en 2017; même si elles doivent encore progresser.
Les sorties de propriétés ont été plus importantes en 2018 qu'en 2017; même si elles doivent encore progresser. (Crédits : Regis Duvignau)
Après une année 2017 "horribilis", le vignoble de Bordeaux reprend des couleurs en 2018 malgré la faiblesse des ventes, une longue saison des pluies et de sévères épisodes de grêle. La courte séquence de sécheresse de cet été a mis fin aux attaques de mildiou et gorgé de sucre les grains de raisin. Avec un millésime qui devrait faire date. Le CIVB maintient par ailleurs le cap dans la lutte contre les pesticides et pour la RSE.

Lors de l'assemblée générale du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), ce lundi 17 décembre, Allan Sichel, son président, a déroulé un paysage viticole plutôt morose. Les ventes de bordeaux ont tout d'abord été plombées par la faiblesse de la récolte 2017, en recul de 39 % par rapport à 2016, à 3,5 millions d'hectos. Pour amortir cet énorme choc le CIVB, dont le budget est adossé à la production, a décidé de lisser sur deux ans ce fort impact négatif, avec à la clé une vraie cure d'amaigrissement.

C'est ainsi que son budget s'est inscrit en retrait en 2018, passant au-dessous de 30 M€ (contre 37 M€ en 2015), avec un volet d'investissement pour la promotion du vin de Bordeaux fixé à 23,1 M€. Le président Allan Sichel a logiquement annoncé une poursuite de cette baisse (amortie par des aides européennes) pour le prochain budget 2019, dont le montant a été annoncé à 26,6 M€, avec un volet de 22 M€ consacré à la promotion.

Une hausse des prix et une baisse en volume

Ce traumatisme de 2017 est suivi par une année 2018 qui est loin d'être formidable mais qui semble marquer un début de sortie du tunnel. Le marché, marqué par une baisse des quantités de vin disponibles, évolue dans un gris qui tend à s'éclaircir.

Allan Sichel a ainsi souligné que les sorties de propriétés étaient en recul de 9 % sur un an à fin septembre 2018, à 4,57 millions d'hectos. Soit un résultat légèrement inférieur aux prévisions initiales. Puisqu'à 4,5 millions d'hectos en septembre, l'objectif de 4,6 millions d'hectos fixé pour fin décembre 2018 ne pouvait déjà plus être atteint.

Un impact à relativiser à l'export puisque malgré une baisse des volumes de 7 % sur un an (toujours à fin septembre 2018), la valeur des ventes est en hausse de + 6 %, à 2,13 Md€. Encore une fois Bordeaux a mal à son marché chinois. Allan Sichel n'a pas présenté les choses de cette façon mais il est avéré que la lutte lancée en Chine continentale contre la corruption, une purge à l'ancienne qui ne dit pas son nom, ne réussit pas du tout aux bordeaux, qui étaient devenus une source de spéculation et un ostentatoire signe extérieur de richesse.

Les ventes progressent encore à Hongkong

Ironie du sort, l'impitoyable poigne de fer du nouveau leader communiste chinois, qui se referme sur l'ensemble du pays, n'épargne pas la région spéciale de Hongkong, qui a été la porte d'entrée des bordeaux en Chine. Une région spéciale avec laquelle le port de la Lune est lié par de nombreux accords commerciaux, dont celui qui a permis de créer la version hongkongaise de Bordeaux fête le vin.

Tandis que les ventes de bordeaux en Chine continentale ont baissé de 11 % sur un an, à 551.000 hectos, elles ont continué à progresser à Hongkong de +6 % pendant la même période, à 83.000 hectos. Et Carrie Lam, dirigeante de la région spéciale et insulaire de Hongkong, était l'invitée de marque de la 20e édition de Bordeaux Fête le Vin en juin dernier. L'autre problème chinois des Bordelais vient de la distorsion de concurrence entre Bordeaux et ses concurrents australiens et chiliens, qui bénéficient d'accords de libre-échange avec Pékin et sont donc exemptés de droits de douane.

2018 devrait être un millésime exceptionnel

Les ventes dans la grande distribution, qui représente aujourd'hui la moitié du marché français, ont reculé de 5 % sur un an. Avec une forte accélération de la baisse sur les trois derniers mois, de juin à août, où les ventes ont plongé de -12 %, sous le double impact d'une baisse de la promotion des bordeaux et de l'offre en magasin. Cerise sur le gâteau : la fronde sociale des Gilets jaunes va peser négativement sur les ventes de fin d'année. Ce contexte on ne peut plus morose devrait pourtant être contrebalancé par un millésime 2018 qui s'annonce d'une qualité exceptionnelle et qui sera proposé en quantité suffisante.

Comme l'illustrait un vigneron bordelais cet automne "avec six mois de pluie et deux mois de sécheresse ce millésime va frapper les esprits". Allan Sichel a en quelque sorte surenchéri dans l'optimisme en observant que, malgré des conditions climatiques extrêmes marquées par des pluies intenses et les puissantes attaques à répétition du mildiou, sans oublier les épisodes de grêle qui ont frappé des milliers d'hectares, "ce millésime se révèle extrêmement prometteur sur le plan qualitatif". Un renversement de tendance à mettre au crédit du temps qu'il fait. "La météo de l'été s'est en effet révélée très favorable à la bonne maturation des raisins et à un assainissement du vignoble" a conclu le président du CIVB.

Le vignoble bordelais veut devenir plus vert

Un sentiment partagé par les œnologues qui viennent de découvrir le millésime 2018.

"Ils l'ont qualifié « d'inédit, avec une maturité parfaite pour tous les cépages, et des vins alliant concentration, rondeur et équilibre ». Certains ont même déjà inscrit ce millésime parmi les grands du XXIe siècle - tout ceci est très encourageant !" a déroulé Allan Sichel.

Des prévisions d'autant plus prometteuses que les volumes devraient remonter près de leur moyenne décennale, à 5,1 millions d'hectolitres. Le président du CIVB a également souligné que le 10e Forum environnemental des vins de Bordeaux, qui s'est tenu le 6 décembre au Palais des congrès, a été l'occasion de remettre "une certification environnementale collective aux 246 entreprises de la filière, lauréates en 2018, par le biais de la première association pour le SME (système de management environnemental) du vin de Bordeaux lancé il y a 8 ans par le CIVB". Allan Sichel s'est réjoui qu'en 10 ans le poids des pesticides classés cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) soit passé de plus de 30 % des fongicides utilisés dans les vignes à moins de 10 %.

Il a confirmé que le plan Bordeaux Ambition 2025 avait fait de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) un des piliers de ce plan et que, d'ici 2025, 100 % de la filière sera engagée dans cette démarche. La régulation des volumes de production reste à l'ordre du jour de ce plan, qui vise également à renforcer l'attractivité de la marque Bordeaux et le développement d'une stratégie digitale.

Lire aussi : Agriculture biologique : les surfaces cultivées ont quadruplé en dix ans en Nouvelle-Aquitaine

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Commentaires
a écrit le 21/12/2018 à 17:18 :
La transformation en bio traine trop des pieds alors que ceux qui dorénavant, comme moi, s'y sont mis il y a quelques années ne peuvent tout simplement plus boire du vin classique, or grands crus prestigieux car beaucoup moins (mal)traité que les autres.

ET les vins prestigieux s'y sont tous mis au bio...

Où se trouve le problème puisque on parle de faire moins économiser aux vignerons de belles sommes d'argent en achat de produits ?

L’habitude ? Certainement une bonne part de responsabilité.

La peur du changement ? Aussi on est chez des gens qui de tradition ont du mal à évoluer.

La main mise de la chimie ? C'est le point d'interrogation principal, on sait que cette économie nous tue mais on voit qu'elle ne recule que peu, par ailleurs BAYER endetté de 65 milliards ça fait peur on se doute que la pression de leurs actionnaires sur nos politiciens doit être terrible imposant un immobilisme mortifère.

Alors que le côté du Rhône s'y met au bio les gars, et il est très bon ! Moi qui n'en buvait plus à cause de ce goût de produits chimiques, en bio il est vraiment très bon.

Passez pas à côté d'une évolution majeur pour des grotesques raisons d'intérêts financiers svp, la région doit défendre son vin et doit même le propager à d'autres régions.

Un amoureux de la région, de la terre et de la vigne mais bien entendu si je ne m'adresse qu'à des amoureux de fric ça ne sert à rien.

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