Vins de Bordeaux : l'été ensoleillé sauve la récolte 2018

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Bernard Farges, vice-président du CIVB et.Allan Sichel, le président.
Bernard Farges, vice-président du CIVB et.Allan Sichel, le président. (Crédits : PC / La Tribune)
Après une récolte 2017 amputée par le gel et un printemps 2018 frappé par la grêle, le très bon ensoleillement survenu cet été devrait permettre de sauver la récolte 2018 dans le Bordelais, estimée autour de 5,1 millions d'hectolitres, en ligne avec la moyenne. Sur le plan commercial, les ventes de vins de Bordeaux sont en repli en volume mais continuent de progresser en valeur à l'export.

Après la pluie, le beau temps : l'adage s'est vérifié cet été au grand soulagement des viticulteurs girondins. Les menaces liées au mildiou après les fortes pluies hivernales puis les épisodes de grêle destructeurs du printemps (10.000 hectares touchés) ont finalement laissé place à "un été exceptionnel, béni du point de vue de l'ensoleillement et doté de nuits fraîches et donc très favorable à la bonne maturation du raisin", a salué Allan Sichel, le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), ce lundi 15 octobre. Résultat, la récolte 2018 est désormais estimée autour de 5,1 millions d'hectolitres, soit peu ou prou la moyenne annuelle constatée sur les dix dernières années. Un retour à la normale après le plus haut de 2016 (5,77 millions) immédiatement suivi du plus bas enregistré l'année suivante à seulement 3,5 millions d'hectolitres, en raison du gel survenu début 2017.

"Des vins riches, complets, denses et équilibrés"

"Un volume plus généreux que 5,1 millions nous aurait permis de constituer des réserves de précaution. Cela ne sera pas le cas parce que le mildiou a limité la quantité mais ça reste un bon équilibre avec une quantité suffisante qui ne devrait pas avoir d'impact sur le prix", a poursuivi Allan Sichel. La récolte 2018 est néanmoins qualifiée de "jalouse" par Bernard Farges, le vice-président du CIVB, tant les résultats seront disparates d'une exploitation à l'autre : "Certaines parcelles ont été très durement touchées par la grêle quand d'autres, à peine plus loin, sont restées intactes. Ce n'est pas facile à accepter."

Rassuré sur la quantité du millésime 2018, le président du CIVB assure également que la quantité sera au rendez-vous à en croire les premières constatations sur les blancs comme sur les rouges :

"Les vins blancs devraient être de très grande qualité avec un bon équilibre entre l'acidité et le sucre, une forte intensité en goût et une belle fraîcheur, détaille Allan Sichel. Les rouges vont bénéficier de raisins très mûrs, très sains avec des tanins significatifs. Au total, on devrait avoir des vins riches, complets, denses et équilibrés. On s'oriente vers un très bon millésime."

Volumes de ventes en baisse

Sur le plan de la commercialisation, l'impact de la faible récolte de 2017 se fait sentir en réduisant la disponibilité des vins de Bordeaux qui s'écoulent à 56 % en France, 13 % en Chine, 4 % aux Etats-Unis et en Belgique, 3 % en Allemagne et au Royaume-Uni et 16 % dans les autres pays du monde.

En France, sur douze mois, au 19 août 2018, les ventes de vins de Bordeaux en grande et moyenne surface (soit 46 % du total France) accusent une baisse de 5 % en volume, à 155 millions de bouteilles, et en valeur (-1 % à 875 M€).

A l'export, le constat est plus nuancé puisque les ventes diminuent certes de 1 % en volume (282 millions de bouteilles) mais progressent de 9 % en valeur pour atteindre 2,142 Md€. Dans le détail, l'Europe progresse en volume (+1 %) comme en valeur (+16 %) porté par les marchés belge, allemand et britannique orientés à la hausse. Ailleurs, les volumes écoulés sont en repli de 3 % mais pour une valeur supérieure (+6 %). La baisse des volumes est d'abord lié au marché chinois où les vins de Bordeaux enregistrent un repli significatif (-11 %). "Il y a une conjonction de facteurs défavorables sur le marché chinois avec le ralentissement économique, l'effet taux défavorable à l'euro et la forte concurrence des vins chiliens et australiens qui, eux, ne pâtissent pas du taux de change et ont négocié des accords douaniers préférentiels avec la Chine", explique Allan Sichel, qui rappelle que la Chine reste le premier marché à l'export des vins de Bordeaux avec 551.000 hectolitres.

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Vers un pic de produits phytosanitaires en Gironde en 2018

Après l'épisode de gel de 2017 et le climat humide de début d'année propice au mildiou, "il faut s'attendre à une forte hausse du tonnage de produits phytosanitaires utilisés en Gironde cette année", prévient Allan Sichel. "2018 va laisser des traces chez les viticulteurs qui vont vouloir verrouiller et être prudents pour limiter les risques car ils ne pourront pas se permettre une troisième année difficile en 2019. On devrait même avoir des déconversions bio", confirme Bernard Farges. Mais les deux dirigeants assurent très sereinement que "le tonnage de produits phytosanitaires n'est pas un indicateur pertinent car il y a des produits plus nocifs que d'autres. Et le pic prévisible de 2018 ne remet pas en cause la tendance et le mouvement de fond vers moins de pesticides, notamment pour les produits les plus dangereux."

Selon le CIVB, 60 % du vignoble bordelais est désormais certifié par une démarche environnementale, contre 55 % en 2016 et 35 % en 2014. L'objectif est d'atteindre 100 % à l'horizon 2026. Plus particulièrement, 532 exploitations viticoles y sont certifiées "agriculture biologique" (6.850 hectares) ou en cours de conversion (1.900 hectares).

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