Vins de Bordeaux : le CIVB veut réguler la production

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Allan Sichel, président du CIVB
Allan Sichel, président du CIVB (Crédits : LTB / Mikaël Lozano)
Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) vient de présenter un bilan 2017 marqué par la chute de la production. Avant de dévoiler une nouvelle feuille de route pluriannuelle baptisée "Bordeaux Ambition 2025", qui entend notamment créer une réserve pour sécuriser l'approvisionnement des marchés.

Avec le gel au mois d'avril puis la grêle en août, "l'année 2017 a été éprouvante" a confirmé Allan Sichel, président du CIVB, lors de la présentation du bilan définitif de 2017, avant de préciser que les appellations en Bordeaux avaient finalement produit l'an dernier 3,5 millions d'hectolitres, soit 39 % de moins qu'en 2016... "C'est le plus bas niveau récolté depuis 1991. Heureusement les commentaires des dégustateurs convergent pour dire que 2017 est un beau millésime" tempère Allan Sichel.

Il n'empêche : par son ampleur l'accident climatique de 2017, qui n'a pas touché les 57 appellations en Bordeaux de la même manière, va immanquablement déstabiliser le marché. Une instabilité d'autant plus gênante que le budget du CIVB est assis sur les sorties, autrement-dit les quantités d'hectolitres de vin vendus.

"A fin janvier 2018 les sorties ont atteint 5,08 millions d'hectolitres, en hausse de 205.000 hectos par rapport à 2016, soit +4 %. Cette hausse des sorties en 2017 vient de l'impact positif des récoltes de 2014, 2015 et 2016, qui ont été de beaux millésimes et qui nous ont amené à penser qu'en 2017 la production atteindrait 5,3 millions d'hectos" rembobine Allan Sichel.

Un budget revu à la baisse mais très correct

A la suite de la destruction de vignes par le gel d'avril 2017 le CIVB a réajusté en juin ses calculs de sorties à la baisse pour les ramener à 5 millions d'hectos. Au final les sorties 2017 sont en retrait de 215.000 hectos par rapport aux premières et optimistes prévisions, soit un manque à gagner de 762.000 euros pour le CIVB. Mais ces sorties sont quand même en hausse de 85.000 hectos par rapport au réajustement de juin 2017, ce qui conduit au total de 5,08 millions d'hectos. C'est ainsi que le CIVB a décidé de réduire son budget de fonctionnement, pour le ramener à près de 30 M€, dont 23,1 M€ consacrés à la stratégie marketing.

C'est dans ce contexte de crise climatique conjoncturelle mais forte, qu'Allan Sichel a présenté le plan "Bordeaux Ambitions 2025". Ce nouveau plan, réalisé avec le concours du cabinet Kea, prend la suite du plan "Bordeaux Demain", lancé en 2010. "Bordeaux Ambitions 2025" émerge ainsi dans un contexte difficile mais moins dramatique que le précédent. S'il prélève des "cotisations volontaires obligatoires" le CIVB n'a pas de pouvoir de coercition sur ses membres pour les forcer à mener des actions collectives ayant trait à la commercialisation et fonctionne par consensus à l'échelle de la filière.

Une réserve pour lisser les approvisionnements

Fruit d'une année de réflexion menée entre toutes les familles de la viticulture bordelaise (petits châteaux, grands crus, négociants...) ce plan à plusieurs priorités. Celle d'éliminer les bordeaux à moins de 5 euros des rayons de la grande distribution est une des plus emblématiques. Ce ne sera peut-être pas la plus facile à réaliser puisque par exemple le vin de bordeaux qui a remporté la médaille d'or du concours "Prix+Qualité" de Bettane et Desseauve se négocie à 4,90 euros... Allan Sichel a rappelé que l'idée était bien de concentrer les prix des bordeaux de la grande distribution dans un faisceau compris entre 5 et 15 euros la bouteille.

Lire aussi : Vin : "Bordeaux n'a pas vocation à se vendre à moins de 5 €"


D'autre part il est bien question de constituer une réserve pour sécuriser l'approvisionnement des marchés. Cette dernière sera pilotée grâce à une anticipation aussi fine que possible de l'évolution des marchés, en France comme à l'export.

Cette réserve doit protéger la production et les prix des à-coups dus à un effet de pénurie, à la suite d'un choc climatique, comme en 2017, mais également enrayer tout risque de déséquilibre dû à un phénomène de surproduction. Toujours captivant mais pas nouveau : le débat sur la marque "bordeaux" fait partie du package de ce nouveau plan. Il faut tout à la fois travailler le côté "iconique" de bordeaux et confondre davantage, si c'est possible, l'image de la ville et de son vin. Une stratégie qui ne devrait pas être beaucoup mieux accueillie que d'habitude dans les milieux industriels. Un important volet du plan est également consacré au développement durable et à l'environnement.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2018 à 18:18 :
"D'autre part il est bien question de constituer une réserve pour sécuriser l'approvisionnement des marchés."

UN des charmes du vin qui disparait avec sa soumission au business modèle puisque de savoir que telle chateau n'a pas fourni ou peu de bouteilles de tels crus est particulièrement plaisan.

Chez CELLIER DES DAUPHINS aussi ils stockent hein... -_-

Le charme du vin c'est la vie et la vie c'est pas calibrée, libérez le de l'agro-industrie svp.

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