Agriculture biologique : les surfaces cultivées ont quadruplé en dix ans en Nouvelle-Aquitaine

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Avec plus de 260.000 hectares, l'agriculture biologique représente désormais 6,6 % de la surface agricole utile en Nouvelle-Aquitaine.
Avec plus de 260.000 hectares, l'agriculture biologique représente désormais 6,6 % de la surface agricole utile en Nouvelle-Aquitaine. (Crédits : PC / La Tribune)
Le mouvement de conversion à l'agriculture s'est nettement accéléré en Nouvelle-Aquitaine en 2018 pour atteindre désormais 6,6 % des surfaces utiles cultivées. La région semble ainsi en passe de rattraper son retard par rapport à d'autres territoires.

En 2018, la surface des exploitations certifiée agriculture biologique ou en cours de conversion a bondi de +20 % en Nouvelle-Aquitaine, selon les derniers chiffres de l'Observatoire régional de l'agriculture biologique (Orab)(*), qui propose une carte interactive des conversions intervenues au premier semestre. Si le bio est en croissance régulière depuis dix ans dans la région, le rythme s'est nettement accéléré depuis 2015 avec des évolution à deux chiffres. Ainsi fin 2018, la surface dédié à l'agriculture biologique dans la région aura presque quadruplé en dix ans.

"Pour 2019, tout laisse à penser que la dynamique sera similaire à celle enregistrée cette année, c'est-à-dire au moins +15 %. Cela nous permet d'être dans les clous pour atteindre l'objectif national de 15 % de surfaces bio en 2022 et l'objectif régional de 20 % en 2022", explique à La Tribune Jérôme Cinel, le directeur de l'interprofessionnelle Interbio Nouvelle-Aquitaine et membre de l'Orab.

6.428 exploitations agriculture biologique

Avec plus de 260.000 hectares cultivés en bio ou en cours de conversion, la Nouvelle-Aquitaine compte désormais 6.428 exploitations agricoles bio. La région devrait enregistrer entre 1.1000 et 1.200 conversions de plus sur la seule année 2018, contre 770 en 2017 et 742 en 2016. Une accélération qui concerne des producteurs de toute taille avec même une hausse de la surface moyenne des exploitations en conversion ces derniers mois.

"Cela correspond à une attente forte des consommateurs d'avoir plus de produits bio et locaux. Une tendance qui n'est pas propre à la Nouvelle-Aquitaine, puisque le marché français du bio a progressé de 17 % en France en 2017 pour atteindre 8,3 Md€, poursuit Jérôme Cinel. Aujourd'hui, l'argument économique joue à plein pour convaincre les agriculteurs de passer le pas. D'autant que la demande des consommateurs s'accompagne d'un mouvement de société vers moins d'intrants chimiques."

La Nouvelle-Aquitaine encore en retard

Pour autant, la Nouvelle-Aquitaine, 1ere région agricole française, ne pointe qu'à la 3e place en nombre d'hectares bio et seulement à la 8e place en pourcentage de la surface agricole utile (SAU) dédiée au bio. "Le tissu agricole et viticole régional compte beaucoup de productions de qualité plutôt rémunératrices donc la conversion vers le bio s'est faite moins naturellement qu'ailleurs. Mais aujourd'hui des coopératives se mettent au bio, ce qui permet des conversions collectives", analyse Jérôme Cinel. Fin 2017, le bio représentait 6,5 % de la SAU au niveau national contre 5,5 % en Nouvelle-Aquitaine. C'est le Sud-Est qui se montre particulièrement en avance en la matière.

Les situations restent contrastées selon les productions. La viticulture (à l'exception du Cognaçais), les fruits et légumes et certaines grandes cultures - céréales et oléagineux - figurent parmi les secteurs les plus en pointe dans la région tandis que l'élevage est beaucoup plus timide, notamment les producteurs laitiers et les élevages porcins et caprins. Et malgré les conditions climatiques particulièrement difficiles pour les vignes du Bordelais ces derniers mois - menaces liées au mildiou après les fortes pluies hivernales puis les épisodes de grêle destructeurs du printemps - l'Orab n'a pas constaté de déconversions en 2018

Maintenir une filière rémunératrice

La croissance des volumes sera-t-elle suffisante pour diminuer les coûts de production et les prix facturés aux producteurs comme aux consommateurs ?

"Tout l'enjeu pour nous est de développer le bio tout en maintenant une filière rémunératrice pour les producteurs et tous les acteurs de la chaîne de la valeur en plus du bénéfice socio-économique global. Cependant, la hausse des volumes devraient permettre, par exemple, d'optimiser les coûts logistiques", considère Jérôme Cinel.

Pour y arriver, il identifie un autre défi pour la filière : "Maintenir constamment l'amélioration et l'expérimentation de techniques efficientes et innovantes et poursuivre la R&D pour optimiser les rendements."

D'autant que des obstacles demeurent à la conversion bio, notamment sur le plan financier. Les retards de paiement des aides de l'Etat et européennes à la conversion et au maintien de l'agriculture biologique peuvent en effet atteindre trois ans, avec des conséquences parfois rédhibitoires pour les producteurs.

ORAB Nouvelle-Aquitaine

(crédits : observatoire régional de l'agriculture biologique Nouvelle-Aquitaine)

(*) L'Observatoire régional de l'agriculture biologique vise à produire des données exhaustives et partagées sur le secteur en Nouvelle-Aquitaine. Il associe les chambres d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, la Fédération régionale d'agriculture biologique, l'interprofessionnelle InterBio, l'Agence du bio, la Région Nouvelle-Aquitaine et le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation.

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Commentaires
a écrit le 12/12/2018 à 19:25 :
A un euro la pomme bio en supermarché ça vaut le coup de faire du bio, il est quand même étrange que l'on ai pas eu plus de conversion.

"Les retards de paiement des aides de l'Etat et européennes à la conversion et au maintien de l'agriculture biologique peuvent en effet atteindre trois ans"

Ah ben tiens...

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