L'agriculture et l'agroalimentaire face à une crise du recrutement

 |   |  871  mots
L'agriculture et l'agroalimentaire représentent près de 14 % des emplois français
L'agriculture et l'agroalimentaire représentent près de 14 % des emplois français (Crédits : Fotolia)
"Les exploitants s'arrachent les candidats entre eux." Le constat fait à l'occasion du salon de l'agriculture à Bordeaux est sans appel : les secteurs agricole et agroalimentaire manquent de candidats à l'emploi. Les deux filières souffrent d'une mauvaise image et n'attirent pas les travailleurs, malgré des emplois qualitatifs et les efforts des centres de formation.

Les problématiques de recrutement dans les mondes agricole et agroalimentaire ont été présentées à l'occasion du Job dating agri-agro organisé par la Fédération nationale des syndicats d'exploitations agricoles (FNSEA) mercredi 16 mai, au salon de l'agriculture de Bordeaux. "Sur la grande région, on a une multitude de productions : on a donc besoin de tous les types de profils. Beaucoup d'offres d'emploi restent non satisfaites. Les emplois sont de qualité, avec des salaires intéressants mais il n'y a malheureusement pas les candidats en face", explique Arnaud Tachon, le président de la commission emploi-formation de la FNSEA.

"Tous les exploitants utilisent Internet aujourd'hui, des stations météo pour les traitements, pour réduire les intrants au strict nécessaire ; il y a aussi le guidage des tracteurs : il faut savoir utiliser des hautes technologies qui nécessitent une formation spécifique. Pour tous ces nouveaux métiers, il faut un nouveau public."

Néanmoins, la carence de candidat ne s'explique pas seulement par un manque de travailleurs qualifiés, elle concerne tous les métiers de la filière.

"Les chiffres peuvent paraître abyssaux. Dans le domaine agricole, en Gironde, je ne sais pas exactement mais il doit y avoir en permanence 100-150 offres sans candidat. On est quasiment à 1 candidat pour 2 offres d'emploi. Les exploitants se les arrachent entre eux au salaire. On va en chercher en Bretagne pour l'élevage par exemple, sans ça, des élevages ferment parce qu'on n'a pas les compétences à y mettre."

Les mêmes besoins se dessinent pour la filière industrielle de l'agroalimentaire, comme le confirme Véronique Hucault, déléguée générale de l'Aassociation régionale des industries alimentaires (Aria) : "Pour ce qui est des offres vacantes, on sait aujourd'hui que dans l'année 2018 il y aura 8.000 emplois à pourvoir, et 50 % auront du mal à l'être." L'enquête annuelle "Besoins en main d'œuvre" 2018 de Pôle Emploi recense 7.833 projets de recrutement dans le secteur en Nouvelle-Aquitaine, dont 55,6 % ne se concrétiseront pas. "On a vraiment besoin de toutes les compétences, des vendangeurs aux ingénieurs qualifiés. Derrière on a tous les outils nécessaires pour les former", ajoute Arnaud Tachon.

"L'agriculture n'est pas has been, au contraire"

L'agriculture offre une palette d'emplois attractifs et qualifiés, cependant souvent méconnus. Selon la FNSEA, sur les 2,35 millions d'embauches potentielles en France en 2018, le secteur de l'agriculture représente 1 intention de recrutement sur 10, soit plus de 233.000 projets de recrutement. Les employeurs rencontrent des difficultés : candidatures insuffisantes, absence des compétences attendues, manque d'expérience et de motivation, mauvaise image du secteur... " Notre secteur souffre d'une image d'Epinal. Mais l'agriculture n'est pas has been, au contraire", avance Arnaud Tachon. "Le plus gros déficit ce serait sûrement dans la production. Seulement 20 % des étudiants à Sciences Agro en ingénierie veulent travailler en lien avec la production agricole ; ça pose question."

Pour Véronique Hucault, les difficultés rencontrées dans l'agro-alimentaire et dans l'agriculture sont similaires : un problème d'image et de notoriété des formations professionnelles.

"Dans l'agro-alimentaire, l'image négative peut venir du fait que l'alimentaire touche au corps. Dès lors qu'il y a un problème technique, cela prend d'énormes proportions, regardez le cas de la vache folle. Quand ça touche à la santé, c'est extrêmement grave. Alors que nous avons énormément de moyens pour la sécurité sanitaire, nutritionnelle ; ça reste peu valorisé versus les problèmes qu'il peut y avoir. [...] Les établissements communiquent beaucoup plus sur le produit que sur eux-mêmes, contrairement à l'aéronautique par exemple, sur l'ambiance qu'il peut y avoir ou la qualité des emplois."

L'enjeu de la formation

Dans un contexte de réformes gouvernementales (assurance chômage, apprentissage, retraites), les enjeux de la formation sont centraux pour la FNSEA qui participe à l'élaboration de leur contenu. Vincent Cherel est directeur de la formation de la filière alimentaire (IFRIA), un "CFA de branche, géré par les industries » selon lui, "toutes filières confondues ; TPE, PME, grands groupes comme Danone ou Lactalis. Nous avons actuellement 200 jeunes formés du bac au bac +5. Priorité sur la transformation et le conditionnement, et sur la production, qui rassemblent 60 % des effectifs de la filière. Pour la rentrée prochaine, nous avons 150 offres à pourvoir en contrat d'apprentissage."

Pour Arnaud Tachon comme pour Véronique Hucault, il est important que les centres de formation restent sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine. "La vraie crainte que j'ai, c'est que nos centres de formation ne restent pas ici. Le Sauternais, le Médoc... Nous devons conserver les techniques locales. Ailleurs, les réseaux sont différents, il n'y a pas les mêmes dynamiques. La mobilité des jeunes serait un problème en plus à gérer."

Les chiffres clés

  • 8,5 millions d'hectares dédiés à l'agriculture en Nouvelle-Aquitaine, soit 15% de l'espace national
  • Agriculture et forêt occupent 84 % de l'espace régional avec 76.400 exploitations
  • 49.000 salariés dans la filière alimentaire régionale, 4.500 établissements dont 95 % de PME pour un chiffre d'affaires global de 28 milliards d'euros
  • 29 % des exploitants sont des femmes en France
  • Agriculture et agroalimentaire représentent près de 14 % des emplois français

Chiffres FNSEA et IFRIA

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/05/2018 à 12:30 :
Le niveau des encadrants (petit chef) est parfois tellement faible qu'ils ne connaissent même pas leurs tables de multiplication ( niveau CE2). Ne savent pas davantage distinguer leur droite de leur gauche: " il faut tourner le bouton du côté de la porte".
Il ne faut pas s'étonner de l'absence totale de management digne de ce nom.

"Toujours plus vite, plus de rendement" impliquent de Troubles Musculo Squelettiques, des arrêts maladies.

Un jour vous travaillerez, et pas le lendemain selon le bon vouloir du petit chef. Un jour vous ferez 7 heures le lendemain vous partirez au bout de 5 heures 30 selon le seul bon vouloir du petit chef.
Si la machine dysfonctionne la mauvaise qualité du travail qui en découle vous sera directement imputable.

Les corbeaux et le canapé fonctionnent très bien dans ce genre de boite.

Aucun contrôle.

La direction laisse faire et ne veut rien voir ou entendre. Il ne faut pas s'étonner du résultat.
Réponse de le 23/05/2018 à 12:45 :
@ girondins

+ Permanence de stups, racisme anti blanc (soumission exigée), dénonciations au chefaillon...

avec ça si vous vous voulez y aller, allez-y !
a écrit le 22/05/2018 à 10:27 :
""L'agriculture n'est pas has been, au contraire""

L'agriculture bio n'est pas has been elel est indispensable et vitale mais l'agro industrie avec toujours de produits chimiques qui nous empoisonnent toujours plus n'est pas attirante. Voulez vous que je vous parle de cet agriculteur d'une ferme test des années 70 qui est devenu aveugle à 45 ans ? Ou bien de ceux qui ont sulfaté sans maques mourant de cancers de la moelle osseuse vous savez le fameux "moellon", les agriculteurs leur ont même donné un petit nom car tellement commun.

Il n'y a bien qu'à la FNSEA que l'on ne peut pas comprendre ça hein...

"Pratiques criminelles dans l’agroalimentaire" https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/HERMAN/57901

Démantelons la FNSEA et l'agriculture se portera de suite beaucoup mieux.
a écrit le 22/05/2018 à 0:13 :
Une activité empoisonnée?
en fait je comprends la réticance de nombreux employés agricoles à qui on demande d‘aller répandre des miliers de litres de pesticide et autre herbicide. Ils sont empoisonnés de fait de leur activité, il est temps que l‘agriculture style FNSEA où producteur de vins intensifs en aquitaine change de modèle. Qui voudrait faire un métier où on finit empoisonné?
a écrit le 18/05/2018 à 21:32 :
Je travaille dans une société de transformation de légumes.
En effet l'image est mauvaise. A qui la faute ?
Travail au froid et à l'humidité, pas d'horaires ( environ 10 h par jour et énormément de samedis travaillé et pas payés en heures supplémentaires !!!), pas de considération de la part de l'employeur (nous ne sommes pas des collaborateurs mais de simples exécutants de base sans cervelle), le salaire est faible.
Donc il y a un turn-over incessant de personnel ce qui implique une perte de temps et d'énergie à former sans cesse les nouveaux arrivants qui ne restent pas.CQFD.
En effet l'image est mauvaise.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :