"Les impacts de la LGV Bordeaux-Paris peuvent être positifs comme négatifs"

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Gilles Pinson, responsable scientifique du Forum urbain, chef de file du Master Stratégies et gouvernances métropolitaines à Sciences Po Bordeaux
Gilles Pinson, responsable scientifique du Forum urbain, chef de file du Master "Stratégies et gouvernances métropolitaines" à Sciences Po Bordeaux (Crédits : Agence Appa)
Chef de file du Master "Stratégies et gouvernances métropolitaines" à Sciences Po Bordeaux, Gilles Pinson est également responsable scientifique du Forum urbain*, centre de référence sur les problématiques urbaines. Il analyse les effets potentiels de la mise en service de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Paris en juillet 2017, qui mettra les deux villes à 2h04.

A six mois du lancement de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Paris via Tours, comment jugez-vous la situation bordelaise ?

"Le problème de Bordeaux, ce n'est pas sa très forte attractivité résidentielle, c'est bien son attractivité économique qui n'atteint pas le même dynamisme. On sait bien que l'emploi, notamment celui du conjoint pour les familles nouvellement arrivées, n'est pas au même niveau, même si la situation s'améliore. Il existe un vrai décalage entre ces deux sujets, rendant Bordeaux similaire à un mirage économique, un château de sable. La tentation est de croire que l'arrivée de la LGV va tout changer, mais il n'est pas sûr qu'elle ait des effets très nets."

Vous dites que rien n'est certain ?

"En matière d'économie, il n'y a aucun automatisme. Nantes a bénéficié d'effets positifs avec la délocalisation depuis Paris d'activités dites de back office, ce qui a permis le développement de l'emploi tertiaire intermédiaire. Mais les impacts peuvent être positifs comme négatifs. L'enclavement a parfois du bon : il n'est pas exclu par exemple que des activités à très haute valeur ajoutée, des emplois de cadres de haut niveau partent à Paris. Avec la capitale française à deux heures de Bordeaux, certains entrepreneurs, cadres, consultants, enseignants... vont faire le calcul et se dire qu'ils n'ont plus réellement besoin de vivre en région bordelaise. Paris, c'est là que l'info circule, que le business a lieu, que les perspectives de carrière se font. Il sera toujours possible de revenir facilement à Bordeaux dès que nécessaire."

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Le désenclavement ferroviaire peut malgré tout avoir des effets positifs ?

"Bien sûr. On peut ainsi espérer un "désenclavement", justement, des milieux professionnels bordelais, assez réputés pour être fermés. Je les regarde de près et j'y vois beaucoup d'autochtones. La LGV peut permettre une meilleure circulation du savoir et du savoir-faire, dans les entreprises mais aussi dans l'enseignement supérieur et les collectivités territoriales. Si rien n'est certain, les conséquences peuvent être multiples. On peut aller jusqu'à penser que la LGV, en favorisant l'arrivée de nouvelles populations, modifie les équilibres politiques en vigueur depuis des décennies à Bordeaux."

Poitiers et Angoulême ne deviendront pas des métropoles

Le quartier Bordeaux Euratlantique cherche à attirer un maximum d'entreprises. On parlait un temps de 50 % d'emplois endogènes et 50 % d'exogènes créés grâce à la LGV. Que pensez-vous de ce discours ?

"Ce type d'annonces vise notamment à faire croire que les différents projets urbains en cours, Euratlantique, Bassins à flots, Bastide Niel... ne se font pas concurrence. La seule chose peut-être certaine, c'est qu'on risque de voir des délocalisations d'entreprises à l'intérieur même de la métropole. Personne ne contrôle ce genre d'effets. Il importe donc avant tout de continuer à investir dans ce qu'on appelle l'économie des fondations, en faveur de la qualité de vie : des services publics, petite enfance, transports en commun... qui marchent bien."

Que peuvent espérer des territoires comme le Libournais ou encore le bassin d'Arcachon ?

"Difficile à dire. Il est toutefois probable qu'ils soient progressivement considérés comme la banlieue de Bordeaux par de nouveaux arrivants qui les incluraient dans leurs stratégies immobilières."

Angoulême et Poitiers, qui seront desservies par la grande vitesse, peuvent-elles être les grandes gagnantes de la LGV Océane ?

"Grâce au TGV Atlantique, Le Mans a très largement profité de la délocalisation depuis Paris des activités de back office que l'on évoquait plus tôt. Pour Poitiers et Angoulême, la situation géographique est différente. Elles ne sont pas assez grandes et pas assez éloignées des autres pôles d'attraction existants pour bénéficier des mêmes effets que les métropoles, et devenir elles-mêmes des métropoles. Mais encore une fois, ce n'est pas une science exacte. Ce qui est systématiquement constaté en revanche, c'est que si la politique d'aménagement par la grande vitesse booste certains territoires, elle en coule d'autres. Guéret et Limoges peuvent s'inquiéter."

* Le Forum urbain est un projet d'innovation sociétale porté par Sciences Po Bordeaux dans le cadre de l'Initiative d'excellence de l'université de Bordeaux. Il fédère une quarantaine de chercheurs issus de 5 laboratoires et de différentes disciplines : science économique, histoire, science politique, sociologie et géographie.

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Sortie Edition Bordeaux 3

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Commentaires
a écrit le 19/12/2016 à 18:53 :
Bonsoir

Le vrai enjeu c'est la mobilité urbaine et extra urbaine dans la métropole bordelaise. C'est à mon sens le vrai frein aux effets positifs de la LGV.
Il suffit d'écouter les gens travaillant sur Paris pour s'apercevoir qu'ils seraient en majorité partant pour notre métropole qui manque cruellement d'une "super rocade". Bien à vous. Jovial.
a écrit le 19/12/2016 à 16:06 :
L'intégration professionnelle des néo-bordelais sera l'un des points abordés lors de cette conférence sur la situation économique à Bordeaux : http://cacgironde.fr/after-cac33-affaires-connexions. Rdv mardi 31 janvier 2017 dès 19h à la Halle des Douves de Bordeaux, dans le cadre de L'After Affaires & Connexions du CAC33 (entrée libre).

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