Bordeaux Unitec et l'agence AEC vers un mariage ?

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A droite de l'image, l'Auberge numérique d'AEC. A gauche, le Centre Condorcet de Pessac, siège de Bordeaux Unitec
A droite de l'image, l'Auberge numérique d'AEC. A gauche, le Centre Condorcet de Pessac, siège de Bordeaux Unitec (Crédits : AEC / Bordeaux Unitec)
La technopole Bordeaux Unitec et l'agence aquitaine du numérique AEC ont débuté des travaux qui devraient les mener vers leur rapprochement. Fusion ou simple partenariat stratégique, si le futur n'est pas tranché, les deux conseils d'administration ont donné leur aval pour explorer ces pistes.

L'idée revient à Stéphane Rochon. Nommé il y a trois mois directeur général de la technopole Bordeaux Unitec, basée à Pessac, il a mené à son arrivée un audit poussé avant d'établir son plan stratégique, validé en conseil d'administration. Y figure notamment la piste d'un rapprochement avec AEC, l'agence aquitaine du numérique.

"Mon diagnostic était qu'il manque des briques à Bordeaux Unitec, explique Stéphane Rochon. Nous sommes très bons sur l'accompagnement, l'accompagnement, et l'accompagnement. En 25 ans, nous avons accompagné 340 entreprises, 319 se sont créées, et leur taux de survie sur toute cette période est très élevé, à 72 %. Si l'on ajoute les différents partenaires, les acteurs de l'écosystème, nous arrivons à un total de 600 à 800 entreprises, mais on n'anime pas ce réseau qui est pourtant très riche ! Quand ils sortent de chez nous, on ne les revoit plus. De son côté, AEC est très fort en veille, en animation et aussi en accompagnement comme le montre notamment son incubateur de projets, l'Auberge numérique. Un rapprochement a donc beaucoup de sens, avec un objectif de prendre les projets économiques plus tôt et les accompagner plus tard."

Le conseil d'administration de Bordeaux Unitec a donné son aval au projet en décembre dernier. Celui d'AEC vient de lui emboîter le pas il y a quelques jours. Un groupe de travail va se réunir prochainement pour plancher sur trois hypothèses. La première, rien ne bouge. La 2e, les deux structures s'orientent vers un partenariat plus étroit, sachant qu'elles collaborent déjà. La 3e, elles fusionnent pour donner naissance à un acteur plus important de l'accompagnement des jeunes entreprises.

Une évolution logique ?

Dans ce dossier, la question des hommes compte. Stéphane Rochon, aujourd'hui patron de Bordeaux Unitec, connaît bien AEC : il en a été un salarié de 1995, à sa création, jusqu'au début des années 2000, avant d'embrasser une carrière d'entrepreneur. Président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset est aussi le président d'Unitec. Et la collectivité régionale est le principal financeur des deux structures, qui disposent d'un budget similaire (entre 1 et 1,2 M€ par an) et qui emploient 9 personnes chacune.

"Cela fait longtemps que nous travaillons ensemble avec Bordeaux Unitec et beaucoup de grosses startups ont bénéficié d'un double accompagnement, précise le directeur général d'AEC, Jean-François Laplume. Unitec fait le constat que quand une jeune entreprise termine son accompagnement, ils n'en entendent plus parler, contrairement à nous chez AEC où nous avons créé une communauté autour de l'Auberge numérique. Un mariage de nos compétences serait une évolution historique assez logique pour AEC. Que cela débouche sur une fusion ou un partenariat, il faudra avoir l'aval du financeur principal, des autres partenaires mais aussi l'assentiment des équipes."

Stéphane Rochon est pro-fusion et s'en explique :

"Ce serait un mariage d'amour, et pas contraint par les financeurs. Nos structures sont complémentaires et quand c'est possible, j'estime qu'on ne doit pas s'épuiser à s'interfacer. Attention, le but n'est pas de déshabiller la politique numérique de la Région, opérée par AEC qui couvre ce seul secteur, mais d'apporter aussi les compétences de Bordeaux Unitec dans la santé et dans les technologies et sciences de l'ingénieur. Une fusion nous permettrait d'examiner entre 110 et 120 dossiers d'entreprises innovantes chaque année, ce qui est considérable. L'objectif est de faire du 1 + 1 = 3 à iso-budget."

"Avis plutôt favorable" au Conseil régional

"Nous travaillons déjà sur l'organisation et beaucoup d'éléments opérationnels sont prêts. Mais il faudra que l'assemblée plénière de la Région se prononce", précise Jean-François Laplume, dans la mesure où AEC est une agence dépendant du Conseil régional.

Ce dernier ne devrait pas s'opposer à un rapprochement.

"Nous travaillons actuellement sur une feuille de route avec les structures qui ont placé le numérique au cœur de leurs activités", ajoute Mathieu Hazouard, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine délégué au très haut débit et à l'économie numérique. "Qu'il y ait un rapprochement entre AEC et Bordeaux Unitec, j'y suis plutôt favorable, dans la mesure où cela ne se fait pas à marche forcée. Tout le monde doit s'entendre sur la trajectoire prise et il n'est pas question de dépouiller qui que ce soit. Fusion ou rapprochement, rien n'est tranché et rien ne presse."

Au-delà de la question des compétences de chacune des structures, le contexte est aussi important. Il est double. D'abord, Bordeaux Unitec vient d'être choisie par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine pour s'occuper de l'accélérateur de startups prévu dans le plan stratégique Startups Région. Très centrée sur la métropole bordelaise jusqu'à présent, elle va donc se teinter d'une coloration "nouvelle région" qu'elle n'avait pas pour le moment, contrairement à AEC. Ensuite, AEC est en charge de la préfiguration de l'animation de la Cité numérique, qui ouvrira ses portes en fin d'année à Bègles près de Bordeaux. Ce "lieu totem de l'économie numérique" verra des entreprises de toutes tailles s'y installer.

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"Nous travaillons depuis trois ans sur ce projet, détaille Jean-François Laplume. Chez AEC nous avions déjà l'idée d'un partenariat avec Bordeaux Unitec dans ce cadre. Nous serions plus forts à 20 personnes qu'à 9 pour poursuivre ce rôle, et cela nous rassurerait sur le modèle organisationnel de production de services pour les startups."

Mathieu Hazouard abonde dans le même sens : "On a la Cité numérique en ligne de mire et il faut qu'Unitec et AEC y aient leur place. AEC est assez outillée et tous les acteurs disent qu'elle fait du très bon travail. La question est : est-ce qu'on franchit une étape supplémentaire et qu'on met les bouchées doubles ?" Au passage, il tend aussi la main à Digital Aquitaine, pôle d'excellence du numérique en Aquitaine, "qui est un réseau de professionnels mais avec qui des synergies sont possibles".

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