Granulats : les carrières sont-elles au fond du trou ?

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Confrontée à un manque de carrières locales capables de répondre aux besoins des chantiers de l'agglomération bordelaise, et donc à l'importation de matériaux pourtant disponibles dans la région, les professionnels des granulats tentent de sensibiliser les élus... et par extension, leurs électeurs sur la pertinence des projets de carrières.
Confrontée à un manque de carrières locales capables de répondre aux besoins des chantiers de l'agglomération bordelaise, et donc à l'importation de matériaux pourtant disponibles dans la région, les professionnels des granulats tentent de sensibiliser les élus... et par extension, leurs électeurs sur la pertinence des projets de carrières. (Crédits : Alban Gilbert - Unicem Aquitaine)
Les carrières se battent, principalement auprès des élus, pour tenter de faire savoir qu’elles sont plus vertueuses et moins gênantes qu’on ne le dit et rappeler qu’elles sont indispensables. Mission difficile qu’évoque Patrice Gazzarin, président de l’Unicem (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction) d'Aquitaine.

En juin et juillet dernier, les 2.296 maires d'Aquitaine ont pu exprimer, via un sondage (Institut Cohda), leur opinion sur la filière carrières et matériaux de construction. 515 d'entre eux l'ont fait et il en ressort que 96 % connaissent les types d'ouvrages (ouvrages d'art, bâtiments, routes...) auxquels sont destinés les matériaux et que 78 % ont conscience "que les besoins en matériaux vont se maintenir voire augmenter dans les années à venir."
Alors pourquoi sont-ils si peu nombreux à vouloir d'une carrière dans leur territoire ?

"Parce que 69 % des maires qui n'en ont pas sur leur sol ont des craintes vis-à-vis d'un projet de carrière... alors que 90 % des maires de communes pourvues en carrière déclarent que c'est une bonne chose pour leur commune" explique Patrice Gazzarin, président, en Aquitaine, de l'Unicem (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction).

Un constat qui en dit long sur l'importance de la mission d'explication et d'évangélisation que doit s'imposer la profession de carrier, et surtout résume assez bien la situation de l'activité carrière en France.

3 à 4 millions de tonnes importées chaque année

Personne ou presque ne veut voir les carrières sur son territoire, mais tout le monde ou presque veut voir le pays construire des logements, routes, ponts, des infrastructures gourmandes en granulats. Résultat, en Gironde par exemple, où, sous la pression du développement de la métropole bordelaise notamment, les besoins annuels sont évalués à 8 ou 9 millions de tonnes de granulats, il faut savoir que faute, notamment, d'avoir les carrières à proximité des chantiers, le département importe 3 à 4 millions de tonnes de régions voire de pays voisins.

"C'est dramatique" assure Patrice Gazzarin. "C'est vrai que pour certains matériaux, nous n'avons pas la ressource, mais pour les sables et graviers alluvionnaires nous avons tout ce qu'il faut... sauf les autorisations d'exploiter des carrières. Résultat, ce sont des centaines de camions que nous jetons sur les routes pour alimenter les chantiers. En termes de logistique, de trafic routier, d'environnement, c'est déplorable."

Les autorisations manquent, les territoires sont de plus en plus sanctuarisés par les élus via les PLU, et quand une possibilité d'exploitation de carrière se fait jour... il faut, au mieux, entre 5 et 10 ans pour espérer extraire la première pelletée de granulat.

"Hélas pour moi et mes concurrents, les années se suivent et se ressemblent. Si le creux d'activité de 2008 a réduit un peu la tension sur les matériaux... faute de chantiers... et donc masqué pendant quelques années la problématique, il n'empêche que tous les matins je dois prouver mon droit à existence et aussi justifier, auprès des élus, la pertinence économique et écologique d'une carrière et du circuit court pour alimenter des chantiers en matière de granulats", explique Patrice Gazzarin, également directeur régional de GSM, filiale d'Italcementi Group.
"Il est clair que les carrières ne sont pas sans impact sur le plan du bruit, de la poussière, du trafic de camions, mais nous avons beaucoup innové pour limiter au maximum ces nuisances. 84 % des maires des communes accueillant une carrière reconnaissent les efforts dans ce sens réalisés par nos carriers", ajoute le président régional de l'Unicem.

Les élus, même en milieu rural, ne semblent pas non plus très sensibles aux retombées potentielles de l'activité des carrières (3.500 emplois directs) en termes d'emploi.

7 emplois indirects pour 1 emploi en carrière

"C'est vrai que la carrière en elle-même ne génère que peu d'emplois pour son exploitation, 8 à 10 en moyenne. Mais ce que l'on sait c'est que chaque emploi direct génère 7 emplois indirects", note Patrice Gazzarin. "En ces temps difficiles pour l'emploi, nous devons faire mieux savoir que nous, carriers, recrutons en permanence et surtout, que nous faisons face à l'évolution, technique, technologique, logistique, environnementale... de nos métiers en faisant régulièrement monter en compétence nos salariés."

Il faut noter que la résistance des élus face aux projets de carrières vient parfois "d'en haut".
En créant le Parc naturel marin de l'Estuaire et de la mer des Pertuis, le ministère de Ségolène Royal a définitivement enterré les projets d'exploitation des graves de l'Estuaire.
Le titre minier exploité par GSM au large de la pointe du Verdon, qui permet d'extraire 300.000 tonnes de granulats par an, prendra fin en 2025. Dans le collimateur du maire de Royan et du président du Conseil départemental de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, son renouvellement n'est pas bien engagé...

"Les besoins sont là, alors nous irons chercher le granulat où il est... avec toutes les conséquences que cela aura sur les infrastructures routières, sur l'environnement, sur le renchérissement des coûts de construction...", conclut Patrice Gazzarin.

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