Gestion de l'eau : "Le plus gros enjeu, c'est l'adaptation au changement climatique"

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Guillaume Choisy, le directeur général de l'Agence de l'eau Adour-Garonne.
Guillaume Choisy, le directeur général de l'Agence de l'eau Adour-Garonne. (Crédits : Rémi Benoit)
Sécheresses plus marquées et afflux d'eau plus violents : le bassin Adour-Garonne s'achemine vers un climat plus méditerranéen à l'horizon 2050. Guillaume Choisy, le directeur général de l'Agence de l'eau, revient sur ces changements profonds, les adaptations nécessaires et l'impératif de réutiliser les eaux usées.

La Tribune : Quels sont les enjeux prioritaires sur le bassin Adour-Garonne ?

Guillaume Choisy : L'Agence investira 1,6 Md€ sur les six prochaines années [contre 1,9 Md€ sur 2013-2018, NDLR] ce qui permettra de générer avec les collectivités de 4 à 5 Md€ de travaux. Il reste des choses à faire en matière d'assainissement et de traitement des eaux domestiques mais le plus gros enjeu est l'adaptation au changement climatique : 55% de nos subventions seront fléchées vers ce sujet en lien avec les Régions et les agriculteurs. A l'horizon 2050, la pluviométrie devrait rester autour de 94 milliards de m3 d'eau par an mais elle se répartira de manière différente en tendant vers un climat méditerranéen avec des périodes de sécheresses et des périodes d'afflux d'eau, parfois violents. On anticipe en période d'étiage 50 % d'eau en moins dans nos cours d'eau et 50 % d'enneigement en moins dans les montagnes. Les précipitations plus intenses entraîneront une érosion plus importante portant des enjeux de pollution.

Comment anticiper ces changements profonds ?

Il y a plusieurs axes. Le premier est d'amplifier les économies d'eau qui représentent déjà 100 millions de m3 sur une consommation totale de 800 M de m3 sur le bassin. Ainsi, malgré la croissance de la population, la consommation reste stable grâce à des usages et des équipements plus sobres. Le deuxième axe, c'est d'améliorer les réseaux qui ont 25 % de déperdition d'eau aujourd'hui en Adour-Garonne, contre 22 % en moyenne nationale, notamment parce qu'en dehors de Toulouse et Bordeaux nous avons beaucoup de réseaux en zones rurale et montagneuse dont l'entretien est plus coûteux puisqu'ils sont longs et desservent moins d'abonnés. C'est pour cela que 82 % de nos investissements seront en zones rurales. L'objectif à terme est de tendre vers 10 % seulement de déperdition. Pour cela il faut améliorer le taux de renouvellement des réseaux, notamment via l'Aquaprêt à taux zéro proposé par la Banque des territoires qui permet désormais aux collectivités d'amortir leurs investissements sur 60 ans. Enfin, nous travaillons sur la baisse de l'artificialisation des sols et sur le recensement et la préservation des zones humides.

Qu'en est-il de la réutilisation des eaux usées ?

La France est en retard sur ce sujet qui est pourtant un enjeu important : nous devons nous efforcer de donner plusieurs vies à l'eau. Aujourd'hui, nous ne réutilisons qu'environ 0,01 % de l'eau quand nos voisins européens sont à plus de 20 % et qu'Israël, la référence en la matière, est à 90 %. Les eaux usées, une fois traitées, ne vont jamais dans les réseaux d'eau potable, il s'agit d'alimenter l'irrigation agricole, l'arrosage ou le nettoyage urbain. On y travaille à Bordeaux et Toulouse, notamment pour réinjecter ces eaux dans les zones humides plutôt que directement dans le fleuve. Alors que l'agriculture espagnole, notamment pour les tomates et les fraises, a recours à un tiers d'eau réutilisée, en France on en est loin même si on réfléchit au sujet en particulier pour le maïs et les cultures arboricoles. Au niveau du bassin Adour-Garonne cela pourrait représenter 14 millions de m3 par an.

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Au cours des prochains jours, nous publierons notre dossier complet, "Eau, électricité, alimentation : les plans du Grand Bordeaux pour sécuriser sa croissance" paru dans La Tribune Hebdo datée du 5 avril 2019. Il est possible de consulter la version numérique en format pdf ici.

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a écrit le 13/05/2019 à 15:16 :
Aux États Unis, temple de la privatisation je pense que nous sommes tous d'accord, l'eau étant considéré comme un bien stratégique, et pour cause, est une régie publique.

Pourquoi si ce n'est pour donner de l'argent aux multinationales et surtout à leurs actionnaires, en France elle est privée d'autant que du coup nous avons vu son prix plus que doubler et sa qualité drastiquement baisser ?

ET si ils arrêtaient enfin de nous prendre pour des idiots ? L'eau est ce que nous consommons le plus, ce qu’intègre le plus notre corps et nous l'avons abandonné à des seuls intérêts financiers.

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