L’Aquitaine, poids lourd de la future région

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Bordeaux pourrait être la capitale d'une nouvelle Floride européenne, dominée par les seniors
Bordeaux pourrait être la capitale d'une nouvelle Floride européenne, dominée par les seniors (Crédits : Agence Appa)
Modifié 23/11/2015 - 10 h 10 / Retour sur l'analyse du profil de la future région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes faite par le politologue Jean Petaux, qui diagnostique notamment une "Floridisation" du territoire.


C'est dans le cadre de l'exposition "Ce que Bordeaux fut, ce que Bordeaux sera", organisée par l'association "Les dossiers d'Aquitaine" (1), qui se poursuit jusqu'au dimanche 29 novembre à l'espace Mably, 3 rue Mably, à Bordeaux, que Jean Petaux, notamment politologue et docteur habilité à diriger des recherches en sciences politiques, à Sciences Po Bordeaux, a donné une conférence intitulée "Les sept piliers d'ALPC". Une référence faite à l'autobiographie du mythique officier Thomas Edward Lawrence, alias Lawrence d'Arabie, auteur de "Les sept piliers de la sagesse". C'est ainsi que l'enseignant-chercheur en sciences politiques a figuré les dynamiques à l'œuvre dans la future grande région, caractérisées par "cinq piliers forts" et "deux piliers faibles".

La Gironde au centre du jeu

Le quinté gagnant sur lequel pourra s'appuyer la future région est ainsi constitué par l'agriculture, l'aérospatial, le binôme culture-patrimoine, l'enseignement supérieur et les sports. Tandis que les deux piliers faibles sont les déséquilibres démographiques et les complexités politiques. Après avoir rappelé que "l'Aquitaine représente presque toujours 60 % de la future région, quelle que soit la variable (population, richesse, etc.)", Jean Petaux a souligné le poids déterminant des déséquilibres démographiques. Sur une population globale de 5,8 millions d'habitants, la future région compte un peu plus de 4 millions d'électeurs, dont près de 58 % se trouvent en Aquitaine, 30 % en Poitou-Charentes et 12 % en Limousin.

"A elle seule la Gironde totalise plus de 1 million d'électeurs, soit 25 % de l'électorat de la grande région. A l'autre extrémité se trouve la Creuse, qui ne compte que 75.000 électeurs, soit moins de 2 % de l'électorat de la future région. Il est donc facile de comprendre que l'élection se gagnera en Aquitaine. Ce qui signifie qu'elle se gagnera encore et toujours en Gironde" analyse Jean Petaux.

Le Limousin perd 19 élus

L'évolution démographique de ces dernières années va peser, et lourdement, sur l'assemblée régionale qui sortira des urnes le 13 décembre prochain.

"Il y aura 183 conseillers régionaux. La nouvelle carte électorale n'a pas fait baisser le nombre des élus. Nous aurons 102 élus pour l'Aquitaine, avec un gain de 17 siège pour la région correspondant à la hausse de sa population depuis 2010, 57 sièges pour Poitou-Charentes, soit un gain de 2 sièges, et 24 sièges pour le Limousin, qui enregistre une perte de 19 sièges. La Gironde gagne 10 élus, la Creuse en perd 3. La population de la Creuse, 121.000 habitants, représente l'addition de celles des villes de Mérignac et Pessac (Bordeaux Métropole). Ce qui pose le problème de la représentation du territoire" décortique le politologue.

En plus de ces déséquilibres, la future région a un autre problème, celui des complexités politiques.

De la Floridisation

"Cette région elle a trop d'une très grande", s'amuse Jean Petaux, en rappelant qu'avec 84.060 km2 ce sera la plus vaste de France, devant la Guyane (83.534 km2), mais aussi un peu plus grande que l'Autriche (83.855 km2). "C'est la 3e région la plus attractive après Languedoc-Roussillon et Corse, mais c'est aussi la région leader pour le nombre des plus de 60 ans et la plus faible pour les moins de 20 ans. C'est le syndrome de la "Floridisation" : on attire plus les retraités. Ce qui pose un problème de dynamisme, du point de vue de la population active" résume le politologue.

L'étendue géographique de la future région, avec par exemple une distance de 547 kilomètres entre Hendaye, au sud, et Boussac, au nord de la Creuse, "soit 6 h 28 de route en voiture" donne une idée des enjeux à venir.

La Corrèze, "département iconique"

L'orientation politique est un autre des angles caractéristiques de la future région.

"Quand on reporte sur les circonscriptions législatives le vote exprimé au deuxième tour de la présidentielle de 2012, on s'aperçoit que 49 circonscriptions de la grande région on voté pour François Hollande et 3 pour Nicolas Sarkozy. La région était alors très marquée à gauche. Les choses vont changer avec les élections départementales de 2015. L'élection précédente avait donné 10 départements pour la gauche et 2 pour la droite. En 2015, on compte 7 départements pour la droite et 5 pour la gauche. Y a-t-il eu bascule ? Les élections départementales ne sont pas les élections régionales. La numéro deux de l'ambassade du Royaume-Uni, qui était à Bordeaux il y a quelques jours. Elle a dit, "le département iconique de cette région c'est la Corrèze, à cause de Jacques Chirac, à cause de François Hollande". Or je vous rappelle qu'il n'y aura que 8 représentants de la Corrèze dans le futur conseil régional", a malicieusement lancé Jean Petaux.

La future région sera le leader national en agriculture, mais là aussi la Gironde va peser lourd. "L'agriculture de la future région ALPC va se situer devant celles de Bavière et d'Andalousie, avec 9,4 Md€ de chiffre d'affaires, dont 4 Md€ générés par le seul vin de Bordeaux...".

(1) L'association, qui édite "La Revue des dossiers d'Aquitaine et d'ailleurs", organise aussi des expositions et conférences, et développe une activité éditoriale avec la publication d'ouvrages dans une dizaine de collections (Beaux livres, Mémoire et patrimoine, etc.).

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