FineHeart lève 15 millions d'euros pour lancer les essais chez l'humain de sa pompe cardiaque

Ce nouveau tour de table financier réunit le groupe aéronautique basque Lauak, le spécialiste des dispositifs médicaux Doliam et la holding des fondateurs de la startup. Au total, FineHeart, basée à Bordeaux, vient de réunir 15 millions d'euros pour financer la phase d'essais cliniques chez l'humain de son système de restauration du débit cardiaque. Les premières implantations sont prévues en 2022 pour une mise sur le marché espérée en 2025.

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Arnaud Mascarell, le CEO de Fineheart (à gauche), lancera les essais cliniques chez l'humain de sa pompe cardiaque en 2022.
Arnaud Mascarell, le CEO de Fineheart (à gauche), lancera les essais cliniques chez l'humain de sa pompe cardiaque en 2022. (Crédits : FineHeart)

Quel est le point commun entre des dispositifs médicaux implantables chez l'humain et l'aéronautique civile ? Réponse : la mécanique de haute-précision et l'indispensable fiabilité des pièces. C'est probablement ces éléments et le besoin impératif de se diversifier qui a convaincu le groupe aéronautique Lauak, de participer à la levée de fonds en série B de la startup FineHeart, spécialisée dans le traitement de l'insuffisance cardiaque grâce à une pompe sans fil implantable et rechargeable par induction.

Lauak se diversifie dans la santé

"Notre investissement dans FineHeart illustre notre volonté de diversification de nos activités pour participer à l'industrialisation, la production et la mise sur le marché de produits de santé à très haute valeur ajoutée. Depuis sa création, notre groupe, spécialisé dans l'aéronautique, a basé son développement sur l'innovation, forgeant ainsi une expertise reconnue au plan mondial dans la production de pièces de précision de haute qualité", témoigne ainsi Mikel Charritton, co-gérant du Groupe Lauak.

Basé à Ayherre, dans les Pyrénées-Altlantiques, le groupe basque Lauak Aérostructures France, dirigé par les frères Charritton, a été, comme d'autres sous-traitants aéronautiques, frappé de plein fouet par la crise sanitaire et l'arrêt quasi-total de l'aéronautique civile qui a entraîné une baisse de 40 % de son activité. L'an dernier le groupe a généré 120 millions d'euros de chiffre d'affaires, loin des 194 millions d'euros initialement attendus et des 180 millions d'euros de 2019. L'entreprise qui emploie 1.800 collaborateurs sur dix sites dans cinq pays a initié fin 2020 un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) aboutissant à 600 licenciements économiques dont 200 en France sur ses sites d'Hasparren (Pyrénées-Atlantiques) et de L'Isle-Jourdain (Gers). "On réfléchit à notre diversification, notamment dans le domaine spatial et de la défense. Nous étions sans doute trop centrés sur nos métiers. Nous avons aussi du savoir-faire dans la maintenance et la réparation que nous devons développer", expliquait ainsi Mikel Charritton au quotidien Sud Ouest fin 2020.

L'investissement dans Fineheart est donc un premier pas concret de cette stratégie de diversification puisqu'il s'agit de la seule participation à ce jour de Lauak hors du champ de l'aéronautique. Au-delà du soutien financier, l'objectif est aussi d'apporter son expertise à Fineheart et, in fine, de fabriquer tout ou partie des pièces mécaniques de la future pompe qui devrait être produite à plusieurs milliers d'exemplaires.

35 millions d'euros levés depuis 2010

Les deux autres investisseurs sont la Holding des fondateurs de FineHeart, qui regroupe des souscripteurs privés internationaux majoritairement issus de la cardiologie, et Doliam, spécialiste des technologies médicales et des dispositifs implantables. Ce groupe industriel, qui emploie 350 salariés en France et aux Etats-Unis, était déjà partie prenante de la levée de fonds de 5,44 millions d'euros opérée par FineHeart fin 2019.

"Je suis très heureux d'avoir finalisé cette levée de fonds avec des investisseurs très complémentaires et très impliqués pour accompagner la croissance de FineHeart sur le long terme, avec pour ambition commune de faire de la société un référent mondial en dispositifs médicaux pour la cardiologie", se félicite Arnaud Mascarell, CEO et co-fondateur de FineHeart. "Ce consortium d'actionnaires est original et novateur : au-delà du support financier, il allie un savoir-faire technologique d'excellence de renommée mondiale à une grande expertise médicale."

Ces trois investisseurs ont rejoint les actionnaires historiques que sont Irdi, Aquiti, Galia, Broadview Ventures et M Capital. Au total, depuis sa création en 2010, Fineheart a levé plus de 35 millions d'euros pour financer le développement de sa pompe cardiaque miniaturisée et sans-fil baptisée Icoms Flowmaker et visant à traiter les dizaines de milliers de patients atteints des formes les plus sévères d'insuffisance cardiaque chaque année.

Soutenir plutôt que remplacer

L'entreprise basée à Pessac et à Tours emploie 40 salariés et devrait grimper rapidement à une cinquantaine de collaborateurs. Protégé par plusieurs dizaines de brevets et ayant validé sa phase pré-clinique, Icoms Flowmaker suit un chemin différent des pompes cardiaques classiques. "Contrairement aux autres pompes qui cherchent à remplacer le fonctionnement du cœur, nous venons le soutenir. C'est-à-dire qu'Icoms se synchronise avec les pulsations cardiaques naturelles et vient les assister", explique Arnaud Mascarell.

FineHeart

Le fonctionnement d'alimentation sans-fil de la pompe Icoms Flowmaker (crédits : FineHeart).

La pompe Icoms d'une dizaine de centimètres est reliée à une batterie d'une durée de douze heures pour 8 cm de long sur 8 mm d'épaisseur. Celle-ci est placée sous la peau au niveau du pectoral ou de la hanche et est rechargeable sans-fil.

Financer les essais cliniques dès 2022

FineHeart a obtenu en avril dernier un premier succès pré-clinique avec l'implantation puis le retrait de sa pompe cardiaque sur un veau. Ces 15 nouveaux millions d'euros serviront principalement à financer "la phase d'essais cliniques chez l'humain qui devrait débuter en 2022, probablement aux Etats-Unis sur trente à quarante patients pour les insuffisances cardiaques très sévères", précisait à La Tribune Arnaud Mascarell en février dernier.

Lire aussi 4 mnInsuffisance cardiaque : FineHeart valide sa charge par induction et vise l'étude clinique

Le temps de mener ces études cliniques et d'obtenir les autorisations de mise sur le marché aux Etats-Unis puis en Europe, FineHeart vise un lancement commercial en 2025. A terme la startup bordelaise s'adresse à un marché extrêmement vaste :

"Icoms Flowmaker pourrait traiter 200.000 patients atteints d'insuffisance cardiaque sévère chaque année. FineHeart cible dans un premier temps les 50.000 patients les plus sévères, éligibles à une assistance cardiaque mais pourtant non traités par les dispositifs d'assistance actuels. Cela représente un premier marché potentiel de plus de 5 milliards de dollars", selon le CEO.

Des estimations réalisées en 2020 dans seulement sept pays - Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - et qui ne prennent donc pas en compte le vieillissement naturel de la population d'ici à 2025 ni les autres pays développés ni le prometteur marché chinois.

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