Europlasma mis en redressement a six mois pour éviter le pire

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Coulée de déchets d'amiante vitrifiés à Inertam.
Coulée de déchets d'amiante vitrifiés à Inertam. (Crédits : Agence Appa)
Auteur et propriétaire en particulier du seul brevet permettant de neutraliser définitivement les déchets d'amiante, grâce à la torche à plasma, mais capable aussi de lutter contre la radioactivité faible ou moyenne par le même moyen, le groupe landais Europlasma vient d'être mis en redressement judiciaire. Il est aussi en train de développer un nouveau type de production d'électricité via la gazéification de déchets et biomasse.

Le groupe Europlasma, à Morcenx (Landes), coté en bourse, spécialisé dans les énergies propres, comme la neutralisation définitive et la valorisation des déchets d'amiante, vient d'entrer dans une nouvelle crise qui ce coup-ci pourrait lui être fatale. Techniquement le groupe landais, fondé en 1992 et dont Jean-Eric Petit, directeur général, est le patron opérationnel, a déclaré le 22 janvier l'ensemble de ses sociétés constituantes en cessation de paiement : d'Europlasma SA à Cho Tiper SAS en passant par Inertam SAS ou Cho Power...

C'est ainsi que le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan a déclaré le groupe Europlasma en redressement judiciaire, avec une période d'observation de six mois. Une annonce devenue officielle le 25 janvier à la clôture des marchés. Au 4e trimestre 2018 Europlasma n'a pas pu trouver de solution pour se refinancer par le biais d'une nouvelle augmentation de capital et d'une cession partielle. Le groupe s'est ainsi trouvé dans l'incapacité de rembourser les 6 M€ d'obligations qu'il avait émises et qui arrivaient à échéance fin 2018. Insolvabilité qui a mené à la mise en cessation de paiement puis au dépôt de bilan

L'arme fatale de la lutte contre l'amiante

Le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan a nommé un administrateur judiciaire et le groupe doit mettre à profit les six prochains mois pour débloquer cette situation qui sinon entrainera son effondrement définitif. Ces six mois de délai laissent à ce groupe pionnier une petite chance de survivre. Europlasma, dont le modèle repose sur l'usage d'une technologie efficace mais gourmande en énergie, celle de la torche à plasma, doit faire face, en particulier sur le marché de l'inertage des déchets d'amiante, à de très gros opérateurs de la gestion des déchets qui affichent des prix souvent inférieurs de 30 % à ceux du groupe landais. Du simple fait qu'ils choisissent d'enfouir les déchets d'amiante (ce qui ne supprime pas leur dangerosité intrinsèque) au lieu de les vitrifier (neutralisation définitive).

Les problèmes d'Europlasma ne se résument pas au seul marché de l'amiante puisque le groupe développe aussi des technologies très lourdes et coûteuses en investissements, comme c'est le cas pour Cho Power, procédé de production d'électricité par gazéification de biomasse et déchets qui a convaincu plusieurs collectivités et dont le développement semblait prometteur, en particulier grâce à l'annonce des aides financières prêtes à être débloquées par l'Ademe et la Banque européenne d'investissement (BEI). Le déclenchement de la crise n'a pas permis à Europlasma de respecter le calendrier d'engagement de ces prêteurs et le groupe fera une nouvelle présentation de ses attentes à ces derniers.

Plus de 37 millions de titres échangés hier en bourse !

Europlasma doit d'abord impérativement trouver une solution pour rembourser les 6 M€ d'emprunts obligataires, atteindre la capacité de production nominale (moyennant 5 M€) de l'unité de production d'électricité par gazéification des déchets et de la biomasse Cho Morcenx, pour valider les autres projets comme Cho Tiper, dans les Deux-Sèvres. Europlasma doit aussi consacrer 3 M€ d'investissement pour augmenter la capacité de production du four bis d'Inertam et pérenniser sa rentabilité. Toutes ces marches à gravir sont-elles encore à la portée d'un groupe dont la fragilité financière est plus grande que jamais ? C'est en tout cas ce que veut croire l'équipe dirigeante, qui n'a pas été en mesure de nous répondre.

En bourse Europlasma est une des valeurs les plus spéculatives du pays. La direction du groupe, qui a demandé la suspension de l'action le 21 janvier, a obtenu des autorités sa remise en cotation ce mardi 29 janvier. Autant dire que le titre, qui atteint désormais un palier symbolique dans sa descente aux enfers, n'a pas déçu. Lors de cette journée de reprise de la cotation les échanges de titres Europlasma ont ainsi atteint le plafond intergalactique de 37,3 millions d'actions ! En progression de +7,6 %, à 0,041 euro (un peu plus de quatre centimes)... Ce mercredi l'action Europlasma cédait 1,7 % à la mi-journée, à 0,040 euro, avec 3,9 millions de titres échangés. Même si la valeur Europlasma fait désormais du rase-motte, elle garde intact son don pour enflammer les investisseurs.

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Commentaires
a écrit le 10/02/2019 à 0:12 :
La "gazéification" des déchets est bien plus performante et beaucoup moins polluante que l"incinération". De même il est plus sûr de neutraliser l'amiante définitivement que de l'enfouir. Dès lors Europlasma est à sauver car rien que le marché de la gazéification mondiale en vaut durablement la peine et les coûts de la technique ne font que baisser. Question de timing donc.
a écrit le 30/01/2019 à 18:02 :
ce quil y a de comique c'est que vous expliquez qu'elle est en faillite mais qu'il faut quand meme de l'argent pour les investissements dans leur four!
ce genre de trucs, c'est typique des boites crees par des ingenieurs / et/ou des commerciaux; la gestion a pour eux une valeur ajoutee nulle
c'est quand ca derouille qu'ils comprennent, et veulent des solutions immediates ( et gratuites, vu qu'ils n'ont plus d'argent)
le nombre de boites francaises que j'ai rencontrees et qui sont finalement sur le meme modele me fait sourire ( jaune)

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