Bordeaux s'affirme en pionnière de la circulation intelligente

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(Crédits : C-The Difference)
Cela peut être difficile à croire vu les embouteillages quotidiens mais l'agglomération bordelaise se positionne comme un leader mondial des systèmes de transports intelligents coopératifs. Dans le cadre d'un projet européen, une application pour votre smartphone est déjà disponible pour fluidifier le trafic, prioriser les véhicules d'urgence et paver la voie aux futures voitures autonomes. Une innovation qui a besoin de la participation massive des automobilistes bordelais. Explications.

GLOSA. Cet acronyme ne vous dit peut-être rien mais il pourrait bientôt contribuer à vous sortir des embouteillages qui paralysent quotidiennement l'agglomération bordelaise ! Le Green Light Optimal Speed Advisory (conseil de vitesse optimale au feu tricolore) est en effet au cœur d'un appel à projet européen remporté l'an dernier par Bordeaux Métropole et la ville néerlandaise d'Helmond pour développer les systèmes de transports intelligents coopératifs (C-ITS). A l'aide d'une communication accrue entre les véhicules et les infrastructures, ce projet vise à fluidifier le trafic routier en permettant de connaître la couleur du prochain feu tricolore et donc d'adapter la conduite en conséquence.

Une innovation encore en développement qui peut sembler mineure mais qui ouvre la voie à de multiples services. Tandis qu'Helmond se concentre sur la gestion du trafic des poids-lourds sur un axe principal, Bordeaux expérimente le dispositif en conditions réelles à l'échelle d'une agglomération entière.

Une application déjà disponible

Concrètement, cette innovation prend la forme d'une application Android, disponible sur le PlayStore depuis juin 2017 et baptisée "C The Difference", du nom de l'appel d'offres européen. Elle fonctionne seule ou en surcouche sur Waze ou GoogleMaps. Le principe : dès que vous approchez de l'une des 370 intersections de l'agglomération bordelaise répertoriées dans l'application (soit 1.525 feux tricolores), celle-ci vous donne trois informations : la couleur actuelle du feu, celle qu'il aura lorsque vous l'atteindrez et la vitesse recommandée pour que vous puissiez passer au vert.

C The Difference 2

C-The Difference 1

Dans les mois qui viennent, l'application devrait aussi vous avertir en cas de travaux ou d'accidents, diffuser des messages relatifs à l'état du trafic et vous indiquer les places disponibles dans les parkings souterrains et les parc-relais tram.

Un consortium public-privé

Cette expérimentation grandeur nature s'inscrit dans le cadre de l'appel d'offres européen "C The Difference" remporté conjointement par Bordeaux Métropole et la ville d'Helmond (Pays-Bas, 90.000 hab.) dans le cadre d'un consortium liant, en France, le Cerema et l'Ifsttar(*) et la PME Geoloc Systems, installée au milieu des vignobles des Graves sur le Technopole Bordeaux Montesquieu à Martillac. La Commission européenne finance le projet à hauteur de 1,3 M€ de septembre 2016 à septembre 2018. "Nous avons capitalisé sur l'organisation du salon mondial des transports intelligents à Bordeaux en 2015 pour nous positionner sur ce projet qui s'appuie sur le système Gertrude de régulation et de fluidification de la circulation mis en place dès 1981 dans la métropole bordelaise", explique Eric Monceyron, qui pilote le projet à Bordeaux Métropole.

Mais la candidature bordelaise avait aussi un autre atout dans son jeu avec la société Geoloc Systems, créée en 1999 et spécialisée dans le transport intelligent et la gestion du trafic. "Un test grandeur nature et en conditions réelles à l'échelle de toute une agglomération est une première mondiale pour un système de transport intelligent coopératif", se réjouit André Perpey, le fondateur et dirigeant de Geoloc Systems qui emploie 10 salariés pour un chiffre d'affaires qui devrait frôler les 550.000 euros cette année.

Interface et partage des données

Mais concrètement comment ça marche ?

"Le système Gertrude, qui centralise le fonctionnement des feux tricolores, nous envoie à chaque seconde l'ensemble des phases, c'est-à-dire la couleur actuelle du feu et le temps jusqu'au prochain changement. Sur notre plateforme on prend cette information et on la transforme dans un standard GLOSA coopératif dont le signal pourra être capté par les smartphones via le réseau 3G/4G", explique André Perpey, dont l'équipe développe l'application C The Difference.

"L'enjeu de cet appel d'offres de la Commission européenne est d'aboutir à terme à un format standard unique pour tous les pays membres de l'UE de manière à ce qu'un conducteur qui va de Bordeaux à Prague puisse recevoir les informations pertinentes tout au long de son voyage avec une seule et même application", fait valoir Eric Monceyron, de Bordeaux Métropole. Pour y parvenir, André Perpey insiste sur deux aspects déterminants : "L'interopérabilité au niveau européen et l'accès aux données des différents gestionnaires publics et privés de trafic et d'infrastructures."

Une évaluation participative en 2018

L'application Android n'affiche pour l'instant qu'une grosse centaine de téléchargements quand il faudrait entre un millier et 3.000 pour avoir des retours d'expérience suffisamment riches pour mener une évaluation scientifique. "Plus le nombre de participants est important, plus l'information transmise est de qualité. C'est la logique même d'un système coopératif. On invite donc tous les automobilistes bordelais à essayer l'application", lance Eric Monceyron.

Un appel relayé par Abdelméname Hedhli et Hasnaa Aniss, en charge de l'évaluation du projet à l'Ifsttar, qui souhaitent disposer de suffisamment de données : "Nous allons mesurer à partir de début 2018 l'impact de ce dispositif sur la sécurité, le trafic et l'environnement, notamment via les temps de passage aux intersections et les émissions de gaz à effet de serre." Les deux chercheurs précisent que la collecte de ces données sera anonymisée dans le cadre d'un protocole d'accord avec la Cnil.

Si l'on en croit des évaluations précédentes, cet outil devrait permettre de fluidifier le trafic en évitant les effets d'accordéon liés aux accélérations/décélérations inutiles et de diminuer la consommation de carburant jusqu'à -10 % pour un véhicule léger. Les premiers résultats sont attendus pour fin 2018.

Faciliter l'accès des véhicules d'urgence

D'ici là d'autres services seront mis à l'essai comme, par exemple, la priorisation des feux tricolores pour faciliter le passage des véhicules d'urgence, ce qui nécessite une technologie un peu différente proche du réseau Wifi. "Il faut équiper les feux et les véhicules de balises communicantes de manière à faire passer le feu au vert quand le véhicule d'intervention arrive mais aussi de dégager les intersections en amont. C'est un cas d'usage complexe qui nécessite un gros chantier technique", détaille André Perpey.

Six véhicules des pompiers sont déjà équipés et ils devraient être une vingtaine au printemps prochain tandis qu'une vingtaine de feux devraient l'être également sur les grands axes de délestage, en particulier les boulevards pour desservir le CHU de Pellegrin.

Les véhicules autonomes à l'horizon

L'intérêt de ces applications fondées sur le principe Glosa est donc multiple et constitue aussi une manière concrète d'anticiper le déploiement des véhicules intelligents et/ou autonomes. "Quelle que soit la technologie retenue, un véhicule autonome a besoin d'être connecté, d'être coopératif avec les autres véhicules et avec son environnement. Nos travaux actuels préparent donc l'architecture et les standards des voitures du futur. Ils ont un potentiel énorme", souligne André Perpey.

Les constructeurs Renault et PSA, tout comme Volvo, commencent à intégrer de tels systèmes directement dans leurs véhicules tant l'enjeu du véhicule connecté est jugé important et imminent. Les deux Français mènent déjà des évaluations grandeur nature avec chacun un millier de véhicules intelligents équipés. Car le temps presse, la feuille de route de la Commission européenne fixe l'horizon 2019 pour "déployer des véhicules pouvant parler entre eux et avec les infrastructures de transport sur les routes de l'UE". D'autant que la perspective du déploiement du réseau 5G à partir de 2020 devrait aussi bouleverser la donne tant sur le plan technique, en démultipliant les possibilités de communication entre véhicules, que sur le plan économique avec l'arrivée des opérateurs téléphoniques qui ne manqueront pas de se positionner sur ce créneau de la mobilité intelligente.

(*) Le Cerema est le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement, dépendant des ministères de la Cohésion des territoires et de la Transition écologique. L'Ifsttar est l'Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux, dépendant des ministères de la Transition écologique et de l'Enseignement supérieur.

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a écrit le 07/12/2017 à 7:41 :
Cela fait des années qu'en Chine les panneaux sur les autoroutes sont interactifs et qu'ils montrent quelle rue à la sortie sont bouchées (indiqué en rouge, orange ou vert) et sur lesquelles on peut circuler normalement.
La France veut à nouveau copier les autres et dire qu'ils ont inventé le monde.
a écrit le 05/12/2017 à 17:52 :
Fonctionne seulement à partir d'Android 5.0, c'est malin.....
a écrit le 05/12/2017 à 17:16 :
Cet article est une farce ! Bordeaux est auto-embouteillée à cause même de Gertrude qui fait partie du problème et certainement pas de la solution. Gertrude ne régule rien du tout mais engorge la ville en ne tenant aucun compte de le densité et de la direction du trafic dans l'agglomération en fonction des heures.
a écrit le 05/12/2017 à 16:07 :
Pour résoudre les problèmes de circulation il faut savoir quand même qu'il y a un pont en construction (le futur pont Simone Veil)un pont fermé aux véhicules (le pont de pierre) un pont ferme très régulièrement pour le passage des bateaux (le pont chaban-delmas) un pont qui vient d'être limité à 50 à l'heure (le pont Saint-Jean) donc bordeaux et embouteillée normal tant que Monsieur Juppé fera ce genre de projets aberant ça continuera.... Parisiens, venez à Bordeaux !

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