Changements globaux : quelles conséquences économiques dans le Sud-Ouest ?

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L'agroalimentaire et l'agriculture seront soumises aux changements climatiques
L'agroalimentaire et l'agriculture seront soumises aux changements climatiques (Crédits : Agence Appa)
Elévation de la température, sécheresse, raréfaction de l'eau, évolution de la démographie et des modes de vie... auront fatalement des conséquences économiques dans le Sud-Ouest. Pour partager les connaissances et débattre sur notre capacité collective à nous adapter aux changements globaux prévisibles, l'Agence de l'eau Adour-Garonne organise, le 28 novembre à Bordeaux, une rencontre de tous les acteurs politiques et socio-économiques du Grand Sud-Ouest. Exercice délicat de prospective avec Françoise Goulard, experte en charge de l'innovation et du conseil scientifique de l'Agence.

Que doit-on entendre par « changements globaux », et que se prépare-t-il ?

"Nous prenons plusieurs grands volets en compte : pour faire court, le climat, l'énergie et sa consommation, l'évolution démographique et celle des modes de vie, et l'agriculture. Dans le Sud-Ouest, sur le bassin Adour-Garonne, les différents modèles disent tous la même chose et évoquent une hausse de la température de l'air, en moyenne annuelle, de 1,5 à 2,8 % d'ici 2050. Ce qui signifiera plus d'évapotranspiration, et donc moins de ressources en eau. Les débits des cours d'eau seront réduits de 20 à 40 %, jusqu'à - 50 % à l'étiage. La question est plus incertaine pour les précipitations, mais il faut s'attendre de 30 à 60 % de neige en moins au même horizon."

Moins de ressources, mais plus d'habitants ?

"Le territoire du bassin Adour-Garonne est effectivement attractif. Toujours d'ici 2050, il pourrait accueillir 1,4 million d'habitants en plus. Cela change la donne : il faudra faire mieux avec moins."

Quid de l'énergie ?

"Il nous faudra aller vers de l'eau moins énergivore, et de l'énergie moins gourmande en eau ! Le bassin Adour-Garonne compte environ un millier d'usines hydroélectriques, pour une valeur estimative de leur chiffre d'affaires de 630 millions d'euros. De fait, cette activité devrait progresser avec la transition énergétique impulsée, mais l'eau va devenir rare. Il y aura une équation à résoudre."

Quels impacts auront ces changements globaux sur le Sud-Ouest ?

"Il s'agit d'un territoire à dominante agricole avec pas moins de 120.000 exploitations recensées sur le bassin Adour-Garonne, dégageant un chiffre d'affaires, toutes productions directes, de 12 milliards d'euros dont 3 pour la viticulture. Si l'on inclut l'industrie agroalimentaire et les signes officiels de qualité, ajoutons 16 milliards d'euros. Le lien à l'eau est forcément majeur avec 10 % des terres irriguées. L'impact économique réel est compliqué à évaluer. Certaines activités devront se remettre en question. Avec moins de neige, le tourisme hivernal sera perdant mais pourrait gagner en attractivité l'été en tant que lieu ressourçant, naturel. Miser sur le tout-sports d'hiver ne sera plus possible. La façade littorale restera elle aussi touristique, mais devra sans doute s'adapter si les avant et après-saisons sont de plus en plus belles. Les opérateurs pourront proposer une offre plus étalée et pourront se positionner sur de nouveaux services avec le vieillissement de la population.
Concernant l'agriculture, les surfaces irriguées vont se réduire. Les agriculteurs chercheront à sauver avant tout les productions à forte valeur ajoutée, le maraîchage, les cultures semencières, au détriment par exemple du maïs irrigué."

Un mot sur le coût de l'inaction ?

"Nous allons justement lancer prochainement une étude sur ce coût de l'inaction. Ce qui est sûr, c'est que tout le monde devra faire des efforts. La question de l'eau potable et de l'assainissement sera un sujet important pour les collectivités. Des choses peuvent être entreprises dès maintenant : mesures d'économies afin de limiter le gaspillage de l'eau, et restauration de notre milieu environnemental. Nos cours d'eau supporteront mieux les changements climatiques s'ils sont en bon état. La balle est dans le camp des élus."

"Eau et changements globaux : quels choix possibles pour le Sud-Ouest ?" Colloque destiné aux acteurs politiques et socio-économiques du Sud-Ouest, organisé le vendredi 28 novembre au Centre de congrès Cité mondiale, 18 parvis des Chartrons à Bordeaux. Contact, inscription gratuite et obligatoire : [email protected]
Programme sur  www.eau-adour-garonne.fr

Etablissement public, l'Agence de l'eau Adour-Garonne a pour objectif de préserver et gérer au mieux les ressources en eau des bassins de l'Adour, de la Garonne, de la Dordogne et de la Charente. Dans son périmètre : les Pyrénées et le Massif central, 120.000 km de cours d'eau, des ressources souterraines importantes et une frange littorale de 650 km. L'agence emploie 260 collaborateurs et compte cinq délégations territoriales : Bordeaux, Pau, Brive, Rodez et Toulouse.

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