Philippe Moulia, Eiffage : "Notre économie n'est pas en crise, elle est en mutation"

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Philippe Moulia, directeur général d’Eiffage Construction Nord Aquitaine
Philippe Moulia, directeur général d’Eiffage Construction Nord Aquitaine (Crédits : Objectif Aquitaine / Appa)
Immobilier, investissements publics et privés, aménagement du territoire… Ces dossiers, Eiffage, 4e groupe européen du BTP et des concessions, les suit de près. Philippe Moulia, directeur général d’Eiffage Construction Nord Aquitaine, fait le point.

Quel est le périmètre d'intervention d'Eiffage Construction Nord Aquitaine ?
L'entité Eiffage Construction Sud-Ouest couvre l'Aquitaine, le Poitou-Charentes et Midi-Pyrénées, un territoire très vaste que nous avons réparti entre plusieurs structures. Eiffage Construction Aquitaine Nord opère sur la Gironde, la Dordogne et le Lot-et-Garonne. Nous y employons 450 personnes, et notre chiffre d'affaires annuel atteint presque les 100 millions d'euros.

Comment avez-vous vécu l'année 20131 ?
Comme tout le monde, nous sentons les effets de la crise financière, notamment de la contraction des crédits. Le monde de la construction est positionné sur des cycles longs, de l'ordre de 18 mois, ce qui explique que la situation est très compliquée depuis 2012. 2013 n'a fait que confirmer cette mauvaise tendance et les écarts entre les territoires aquitains se sont accrus. Sur notre périmètre, Bordeaux et sa communauté urbaine continuent à jouer un rôle moteur. Le volume d'affaires a tiré les chiffres vers le haut mais la nature des prix est très mauvaise et les marges des entreprises se sont considérablement amoindries. La Dordogne est dans une situation délicate, notamment en raison d'un tissu économique fragile, et prend de plein fouet l'absence de grands projets structurants. Le Lot-et-Garonne souffre mais moins que la Dordogne.

« Ce qui nous enfonce dans une léthargie économique, c'est l'état d'esprit »

Les perspectives sont-elles meilleures pour 2014 ?
Le contexte politique national, avec des élections qui approchent, ne doit pas être mis de côté. Nous verrons après si les tours de vis budgétaires se poursuivent. Dans tous les cas, nous ne tablons pas sur une reprise des investissements privés en 2014. Nous espérons donc que la puissance publique pourra intervenir, sans quoi nous pourrions toucher le fond de la piscine. La bonne nouvelle est que notre région est plutôt bien gérée et pourrait donc bénéficier d'une reprise avant les autres. La moins bonne est que l'Aquitaine a principalement une économie de services donc la reprise y sera sans doute moins forte qu'ailleurs.

Il faut donc garder le moral ?
Ce qui nous enfonce dans une léthargie économique, c'est l'état d'esprit. Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas en crise, nous sommes en mutation. A nous de réagir en fonction de ce qui nous entoure sans être crispés sur nos anciens schémas. Cela dépend de chacun d'entre nous. Il est surprenant de voir qu'à l'étranger, en Asie par exemple, cette position de blocage français n'est pas du tout comprise. « Vous êtes performants dans de nombreux domaines, que se passe-t-il chez vous ? » : voilà ce qu'on entend. Nous risquons de manquer le train mondial.

Vous militez pour une commande publique forte mais vous ne pouvez ignorer l'état des finances de l'Etat et des collectivités…
Nous sommes bien sûr conscients de ces difficultés. D'une part, il reste beaucoup de réformes structurelles et d'économies à faire. Par ailleurs, il est important de rappeler que quand un emploi est créé dans notre secteur, trois créations de postes sont générées dans l'industrie. Je crois aussi que la construction de logements doit se réinventer. Les dépenses de logement ne peuvent plus représenter le quart, voire le tiers du budget des ménages. Nous accusons là un véritable retard par rapport à nos voisins européens.

De nombreux châteaux bordelais mènent actuellement de gros travaux. Comment se positionne Eiffage sur ce marché ?
Nous sommes intervenus assez tôt sur ce marché. Les acteurs du Bordelais sont bien positionnés sur l'échiquier mondial au prix de gros investissements. Nous considérons aujourd'hui que le marché des investissements des châteaux atteint 120 à 140 millions d'euros annuellement. Eiffage Construction Nord Aquitaine en capte environ 15 %, un chiffre amené à progresser.

« Bordeaux doit éviter l'effet de mode »

 

La ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux - Paris sera mise en fonction en 2017. Qu'en attendez-vous ?
La plupart des gens ne mesure sans doute pas l'impact qu'aura cet événement. Je note déjà que l'on parle systématiquement de Paris - Bordeaux et pas assez à mon goût de Bordeaux - Paris. Pour les Girondins, pour les Aquitains, la capitale à deux heures de train va changer beaucoup de choses. La LGV peut nous apporter une véritable diversification de nos activités mais aussi un coup de pouce en matière de tourisme. Notre région est très attrayante à plus d'un titre, pour son climat, pour son positionnement, pour la mer, la montagne, la campagne…

Quels seront les territoires qui pourraient bénéficier de cette dynamique touristique ?
Ce qui était compliqué avant sera beaucoup plus aisé en 2017. Partir de Paris le vendredi soir, démarrer un circuit de visites le samedi matin, repartir le dimanche soir… Le secteur hôtelier, et notamment plusieurs grandes chaînes, se pose des questions sur la typologie de ces visiteurs et étudie tout cela de près. Ça, c'est nouveau. Plusieurs zones géographiques pourraient en profiter car, accessibles plus rapidement depuis la capitale, elles prendront un nouveau sens. Je pense bien sûr au bassin d'Arcachon, à Saint-Emilion, au Médoc et à une zone allant jusqu'à Lacanau…

Vous appelez également à modérer les opérations de marketing territorial menées par les acteurs bordelais. Que craignez-vous ?
Je me demande simplement si nous ne sommes pas en train d'atteindre le point au-delà duquel il ne faut pas aller. Je ne dis pas que l'on en fait trop sur Bordeaux, son classement Unesco, sa douceur de vivre, sa mutation… mais gardons-nous de l'effet de mode et n'allons pas dans nos discours au-delà de ce que nous pourrons faire ou absorber. Attention donc à ne pas avoir la tête qui chauffe et les chevilles qui enflent !

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