Obvy, le nouveau moyen de paiement bordelais pour les places de marché

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Charles-Henri Gougerot-Duvoisin, Jérémy Di Méglio, Steve Llong-Taï et Laurent Vessière ont fondé Obvy en juin 2017. La startup est accompagnée depuis plus d'un an par Unitec et depuis peu par la pépinière éco-créative des Chartrons
Charles-Henri Gougerot-Duvoisin, Jérémy Di Méglio, Steve Llong-Taï et Laurent Vessière ont fondé Obvy en juin 2017. La startup est accompagnée depuis plus d'un an par Unitec et depuis peu par la pépinière éco-créative des Chartrons (Crédits : Obvy)
Dans le monde du commerce entre particuliers, les arnaques sont monnaie courante. Sécuriser les achats et les ventes d'1€ à 50.000€ sur les plateformes de petites annonces, c'est le pari que font les 4 fondateurs de l'application bordelaise Obvy, dont son PDG Charles-Henri Gougerot-Duvoisin.

Comment l'application Obvy est-elle née ?

"Charles-Henri Gougerot-Duvoisin - L'origine du projet est liée au développement de cette nouvelle économie de masse, bien que nous aspirions déjà à travailler dans la finance auparavant. On compte plus de 30 millions de pratiquants du commerce entre particuliers en France et plus de 69 millions de transactions par an. Ce marché est hyper dynamique et soutenu par des acteurs de poids comme Leboncoin, Paru Vendu ou encore Facebook Marketplace. Mais les utilisateurs sont encore trop souvent confrontés à des chèques en bois ou des faux virements, quand il ne s'agit pas de faire l'appoint ou de rendre la monnaie. Au-delà des questions de sécurité, nous souhaitions aussi développer une application qui s'oriente vers une économie responsable pour favoriser le pouvoir d'achat et minimiser l'impact environnemental lié à la surproduction et à l'obsolescence."

Comment fonctionne ce nouveau mode de paiement ?

"Mettons que je sois acheteur et que je repère sur une plateforme de marché ou dans mon environnement un objet vendu par un particulier. Je demande alors au vendeur son identifiant Obvy afin de placer l'argent nécessaire à mon achat dans un coffre inviolable, sorte de compte sécurisé. C'est ce qu'on appelle le cantonnement de fonds. Il s'agit d'une véritable innovation qui sécurise le paiement pour les deux intéressés. Nous pouvons alors nous rencontrer et procéder au paiement si tout est en règle. Pour cela, je scanne avec mon smartphone le code reçu par le vendeur, ce qui débloque l'argent que j'ai déposé dans le coffre inviolable. Je peux ainsi repartir avec mon achat, l'aspect purement pécuniaire étant donc mis de coté lors de la rencontre. L'argent perçu par le vendeur arrive dans son application Obvy, il peut choisir de la stocker en attendant d'autres ventes ou de la virer directement sur son compte. Le montant des transactions peut aller d'1€ à 50.000€, le vendeur et l'acheteur peuvent jusqu'au dernier moment annuler la transaction sans frais."

Pourquoi les Français choisiraient-ils d'utiliser Obvy alors qu'ils restent très attachés aux espèces ?

"Il y a une réelle crainte qui subsiste de la part des particulier lorsqu'ils décident de vendre ou d'acheter par le biais des sites de petites annonces. On estime que 60%* des gens ont peur d'être attaqués ou de subir une négociation forcée. Et pour certains ménages, un écart de 20 € peut faire la différence à la fin du mois. L'application offre aussi une traçabilité des ventes et achats, une sorte de ticket de caisse digital qui permet à un utilisateur lésé de se retourner. Nous avons également mis en place un système de notation des utilisateurs qui participent à la création d'un réseau de confiance."

Sur quel modèle économique fonctionne Obvy ?

"C'est un business model payant mais abordable pour tous. La commission sera à la charge de l'acheteur et s'élèvera à 3,5% pour les paiements en carte bancaire et à 2,5% pour les virements SEPA. Pour les achats de plus de 1.200 €, nous avons fixé une commission plafonnée à 29€. Par ailleurs, pour que ce modèle économique fonctionne, nous avons besoin d'un grand volume d'utilisateurs."

Comment les plateformes de petites annonces ont-elles accueilli votre projet ?

"L'accueil fut bienveillant car nous avons le potentiel d'aider cette économie. C'est un système qui a été long à développer. Nous avons dû nous appuyer sur les lois bancaires, ce qui n'est pas le coeur de métier des places de marché. Nous nous démarquons aussi de PayPal qui ne propose pas de service de cantonnement de fonds ni d'un système de QR code pour sécuriser l'achat. Notre application sera dès la fin du mois de mars intégrée dans une quinzaine de plateformes de marché, dont l'une du top 3 français, ainsi que dans les petites annonces de certains médias."

Comment entendez-vous lutter contre les transactions illégales ?

"Notre partenaire Mangopay est chargé du cantonnement de fonds mais aussi de la sécurité bancaire. Nous avons également mis en place notre propre système de sécurité pour détecter les comportements anormaux des flux financiers. Par ailleurs, l'organisme du ministère de l'Economie et des Finances Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestin) est aussi chargé de lutter contre le blanchiment d'argent. Nous devons bien sûr nous préparer à essuyer des critiques liées à la déclaration des ventes, ce sur quoi nous travaillons actuellement."

Quelles sont vos ambitions ?

 "Nous envisageons de toucher 1% du marché français d'ici trois ans et nous souhaitons aussi nous développer à l'international et dans un temps proche en Espagne et au Portugal. Notre application peut fonctionner avec des devises étrangères et elle est déjà opérationnelle en France, en Belgique, au Luxembourg et dans les dom-tom."

Va-t-on vers une dématérialisation plus poussée de la monnaie ?

"Il y a une tendance globale qui s'oriente vers la dématérialisation du paiement, on appelle ça la mouvance cashless. Applepay a d'ailleurs beaucoup oeuvré en ce sens. Mais l'argent liquide rassure aussi et permet d'avoir un plus grand contrôle de ses pulsions. Les billets ont encore de très belles années devant eux, et je ne suis pas pour l'hégémonie de la cryptomonnaie qui est encore soumise à la fluctuation."

* Source : Primeminister, Baromètre 2016 du Commerce collaboratif

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