Xavier Niel : "Plus simple d'entreprendre en France qu'aux Etats-Unis"

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Xavier Niel, patron de Free et fondateur du groupe Iliad
Xavier Niel, patron de Free et fondateur du groupe Iliad (Crédits : La Tribune Objectif Aquitaine / Mikaël Lozano)
Le patron de Free était l'invité ce vendredi matin du Conseil des entrepreneurs de Bordeaux. Le célèbre patron français a répondu franchement aux questions des entrepreneurs, défendant vigoureusement la France et son écosystème. Morceaux choisis piochés dans un discours résolument volontariste.

Plein, plein, plein. Le Palais des congrès de Bordeaux faisait salle comble ce vendredi matin pour la venue de Xavier Niel, sollicité pour intervenir par le Conseil des entrepreneurs de Bordeaux (créé par la mairie) devant 1.600 personnes. La matinée a commencé par un échange entre le grand patron et Virginie Calmels, adjointe au maire de Bordeaux en charge de l'Economie, de l'Emploi et de la Croissance durable, mais aussi administratrice d'Iliad. Bien placée donc pour décrire Xavier Niel en choisissant quelques qualificatifs : "Visionnaire, faiseur, simple et accessible." Quatre autres patrons locaux (Julien Parrou de ConcoursMania, Christophe Chartier d'Immersion, Christophe Charle d'Imagescorp et Philippe Barre de l'écosystème Darwin) l'ont ensuite interrogé.

La philosophie au démarrage
"Si on veut faire quelque chose et qu'on regarde l'accumulation de difficultés, on n'avance pas. Souvent les entrepreneurs me disent : ''Je voudrais faire ceci ou cela mais je dois d'abord remplir le formulaire Cerfa machin.'' Je leur dis de se concentrer sur leur but et tant pis pour le formulaire, ils recevront un courrier. Avancez sur ce qui est important pour vous et oubliez les petites choses sans importance."

Les clés de la réussite
"Les premières questions à se poser sont : est-ce que je connais mon marché à fond, est-ce que j'ai envie d'y aller à fond et est-ce que je suis capable d'être différenciant : qualité, prix et produit innovant. Travaillez sur ces trois éléments. Tous les marchés sont disruptables. Ca bouscule, ça soulève des questions. Le mot à la mode, c'est l'uberisation de la société, mais ça a existé à toute époque. Par exemple, les porteurs de chaise se sont mis en grève quand l'automobile est arrivée. Heureusement qu'on ne les a pas écoutés !
L'autre point, c'est qu'on est dans un monde où le bouche-à-oreille est devenu colossal. Si vous êtes capable de créer un bon produit, la viralité peut marcher à plein. Google, Waze... n'ont jamais fait de pub mais ils ont les meilleurs produits. L'effet d'entraînement du marché est très important."

Pas de fausses excuses

S'investir en politique ?
"Mon vrai métier c'est entrepreneur. Ensuite, la politique je crois que c'est un combat et en vieillissant, je ne suis pas sûr d'en avoir le courage. Je suis tellement heureux en me levant le matin de faire ce que je fais que, et c'est sans doute le contraire de l'esprit d'entreprise, je n'en ai pas le courage. Je crois aussi que les barrières droite / gauche n'ont plus de sens. Je suis parfois choqué d'entendre dans certains partis que tout le monde doit suivre la même ligne, c'est contraire à ce que je crois."

Les études vues par celui qui en a fait peu
"Je ne pousse jamais les gens à arrêter leurs études. Personnellement, j'ai eu la chance de me lancer au moment de la bulle du Minitel, j'avais le savoir-faire et c'est un heureux hasard. Je vois maintenant toutes les limites, les défauts de culture, qu'ont laissé des études non approfondies. Apprendre, c'est plus facile jeune que plus tard. A un certain nombre de moments durant ces études, on a parfois du temps, des infrastructures à disposition, et c'est peut-être le moment pour créer son entreprise. Le monde évolue sur ces sujets-là : le diplôme a moins d'importances dans les entreprises récentes."

Les fausses excuses pour ne pas se lancer
"J'entends souvent de fausses excuses : ''Je ne peux pas créer mon entreprise car je ne sors pas d'une grande école'' ou ''Je ne trouve pas d'argent''. C'est peut-être que parce que votre projet n'est pas bon car des investisseurs, il y en a beaucoup partout dans le monde. ''On ne peut ni recruter ni licencier facilement en France'' : J'ai des entreprises aux Etats-Unis, je vous promets que ça coûte aussi cher de licencier aux Etats-Unis. C'est peut-être plus compliqué en France mais pas plus cher."

Low price, pas low cost

Le low cost
"On a les plus beaux locaux de tous les opérateurs télécoms à Paris. On a la box la plus chère et la plus performante mais on est abordable. A Free on n'est pas low cost, on est low price avec un bon rapport qualité prix. On a tous des différences de perception. Nos concurrents ont des propos horribles, mais c'est le jeu. En France, ça reste encore assez soft. D'une manière générale, que vos concurrents vous critiquent, c'est le minimum."

Le succès
"L'enjeu est d'être capable d'avoir des succès, visibles, et qu'ils en entraînent d'autres. Le mérite de la Silicon Valley, ce n'est pas le climat, ce n'est pas la fiscalité, ce n'est pas le coût du travail... c'est d'avoir eu des succès qui ont donné envie à d'autres de venir. Le succès appelle le succès. Notre responsabilité, celle des médias, c'est de montrer et valoriser ces succès."

Son regard sur la France
"Je suis actionnaire d'à peu près un millier d'entreprises dans le monde, je suis dirigeant dans une quinzaine d'entre elles. J'entends souvent des patrons de startups dire : ''Je vais m'installer aux Etats-Unis.'' Quelle idée ! Il y a en France un nombre d'aides incroyable pour débuter, Bpifrance qui apporte des fonds dans les startups dans des volumes énormes. La France a un écosystème qui marche, une fiscalité qui n'est pas énorme pour les entrepreneurs. Je ne dis pas que le système est parfait. On va encore me dire que je fais de la France un paradis fiscal mais bon... Le seul problème de l'ISF, c'est que les étrangers n'y viennent pas en France, n'y investissent pas pour cette raison. Vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez de créer ici à Bordeaux. C'est beaucoup plus simple que dans la Silicon Valley : on est plus encadré, plus entouré, plus aidé."

L'attrait de l'international
"Free représente en valeur 12 à 13 % du marché local. Nous avons donc encore des perspectives de progrès. La volonté naturelle, c'est de se déployer sur d'autres marchés. Vous avez en France 4 opérateurs dont 3 pilotés par entrepreneurs. C'est vu nulle part ailleurs. Il y a des boulimiques dans le lot, on a tous des visions différentes mais au bout ça fonctionne. Le marché français est extrêmement dur et compétitif, ce qui demande aux opérateurs de gérer de manière fine. La compétition locale a créé un savoir-faire qui permet de se développer à l'international."

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Commentaires
a écrit le 19/09/2015 à 18:44 :
"Le Paris géant de Xavier Niel pour les start-up" octobre 2014.
"Le fondateur de Free crée le plus grand incubateur au monde dans le 13ème arrondissement."
"En France, les pépites du Web sortiront bientôt des murs en béton de la halle Freyssinet, où sera lancé en 2016 le plus grand incubateur de start-up au monde."
"chantier qui aboutira à la rénovation de l'édifice bâti en 1927 par Eugène Freyssinet, en un espace ultramoderne où vont fourmiller un millier de start-up"
"Les 33.000 m2 de la halle Freyssinet accueilleront des start-up en phase d'incubation. Il existe une vingtaine de structures de ce genre à Paris"
"Le numérique représente 5,5 % du PIB français et 3,3 % des effectifs salariés nationaux, selon une récente étude du cabinet McKinsey."
a écrit le 19/09/2015 à 15:16 :
Le processus de la box a déjà disparu au profit du cloud, on se demande pourquoi il s'en vend encore, par habitude. C'est une de ces latences inespérées qu'offre parfois la technologie. Niel le sait qui investit dans tous les domaines pour trouver une nouvelle pépite, une idée qui pourrait faire levier. Le réseau ne sera donc plus propriétaire, il sera mis à la disposition de tous après remboursement de la soulte d'investissement par les nouveaux entrants. Il s'agira alors de proposer un service, du contenu. Sur les 3000 heures libres par an dont chacun dispose, il lui faudra faire une offre ou trouver une participation s'il veut rester dans la IT, et les concurrents sont le monde entier. Un nouveau challenge.
a écrit le 19/09/2015 à 11:32 :
Entreprendre est possible en France, mais epuisant et demotivant.
On voit que Mr Niel ne fait pas face aux ABF, DDT, URSSAF, RSI, CC BTP.......
a écrit le 19/09/2015 à 10:30 :
Encore un titre plutôt fallacieux : avec toute notre bureaucratie et contraintes institutionnelles, depuis quand c'est plus simple d'entreprendre en France qu'aux États-Unis ?? balivernes…

Juste pour l'info, l'agence Moody's vient de dégrader la note de la France à "Aa2". Quand Moody's dégrade les notes de la Russie, du Brésil, du Japon etc on fait de grands titres et considèrent ces agences comme des paramètres de "la santé économique" des pays. Et maintenant puisqu'il s'agit de chez nous, qu'en diront-ils ??
a écrit le 19/09/2015 à 10:16 :
comme il le dit ' c'est plus facile de demarrer' - enfin quoi que, mais bon...-
le pb c'est pas tant que la boite demarre et ne marche pas.... c'est plus tard, si ca marche et que ca doit se developper!!!!
la nuance est de taille !! ( enfin ' tant que ca sera sous les 49 salaries! ;-)))))) )
a écrit le 19/09/2015 à 10:05 :
Niels est le parfait oligarque Français: tant qu'il plait au régime ses affaires prospèrent, le jour ou il déplait on lui coupe sa bande passante et son autorisation d'opérateur sous un prétexte quelconque dont le pouvoir à le secret.
a écrit le 19/09/2015 à 10:01 :
Bravo a Mr Niel pour la simplicité
a écrit le 19/09/2015 à 8:23 :
C'est bien d'être volontariste et parfois un peu de méthode Coué peut être utile. Ceci étant, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse et se cacher les faits. S'il est vrai que la France adore les entrepreneurs lorsqu'ils crèvent de faim et n'est pas avare de subventions de toutes sortes, notre pays semble détester les rares qui réussissent en faisant tout ce qu'elle peut pour qu'ils aillent sous d'autres cieux.
Quant à la comparaison hasardeuse entre la France et la Silion Valley, autant on peut reconnaitre une certaine légitimité à Niel à parler de la France autant il n'en n'a guère pour les US.
Ensuite, et cela n'enlève rien à la qualité d'entrepreneur de Niel (que j'ai connu à l'époque héroïque du Minitel et de l'audiotel), c'est un bon technicien, plein de culot et un grand sens de l'opportunité et du marketing. Mais rendons à César ce qui est César, Niel s'est plus que largement inspiré de l'offre de Softbank au Japon lorsqu'il a lancé la box qui a fait son succès. C'était la bonne offre au bon moment donc bravo.
On reste admiratif devant la société qu'il a su créer et développer mais cela n'en fait pas le détenteur de la vérité.
Réponse de le 19/09/2015 à 11:33 :
+1
a écrit le 18/09/2015 à 23:50 :
Entreprendre en France, oui c'est facile...facile à dire surtout.
a écrit le 18/09/2015 à 23:33 :
Pendant que les aigris noircissent les forums de leur aigreur, heureusement, nous avons des entrepreneurs en France qui se battent, qui développent et qui créent des emplois.
Réponse de le 19/09/2015 à 8:30 :
Niels n'a produit aucun emploi, il a cassé les prix et ruine son secteur. Les Français ont maintenant un piètre service "low cost" car les investissements ne sont plus financés. Son action est négative sur le long terme. C'est du parasitage sur fond de connivences politiques.
a écrit le 18/09/2015 à 23:30 :
avec Free il ne faut pas tomber en panne vous attendez pls semaines votre boxetc....
a écrit le 18/09/2015 à 22:16 :
Cet homme collabore avec les socialistes depuis le début. C'est un opportuniste qui attend des soutiens politiques pour ses affaires.
a écrit le 18/09/2015 à 20:50 :
Un succès à 40 Md de dette, ça dure combien de temps...???
a écrit le 18/09/2015 à 20:17 :
Xavier Niel a une vision un peu déformée de la réalité car son business model ne marche pas aux Etats-Unis.

Pour avoir crée une entreprise en France et une aux Etats-Unis, je peux affirmer que les Etats-Unis sont bien le paradis des entrepreneurs.
a écrit le 18/09/2015 à 15:51 :
Oups!
......
Merci à Monsieur Xavier Niel et à Monsieur Mikaël Lozano!
.............
"Le succès appelle le succès. Notre responsabilité, celle des médias, c'est de montrer et valoriser ces succès."
Re-oups!
Réponse de le 18/09/2015 à 19:29 :
liser le dernier numéro de L EXPRESS tout s explique ...

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