Laurent Marti : "Gérer un club pro, encore plus compliqué qu’une entreprise ! "

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Laurent Marti, chef d'entreprises et président de l'Union Bordeaux-Bègles
Laurent Marti, chef d'entreprises et président de l'Union Bordeaux-Bègles (Crédits : Agence Appa)
Travailler au développement de ses deux sociétés Top Tex et Kariban en France et en Belgique tout en ayant un œil sur la concurrence, gérer le développement et le recrutement de l’Union Bordeaux-Bègles : Laurent Marti est un homme occupé. Son flair l'a fait réussir en affaires, lui qui s’est lancé à 20 ans, et fait aujourd’hui les beaux jours du club de rugby. Rencontre avec un homme qui jongle entre affaires et sport avec passion.

Laurent Marti était l'invité ce matin du Petit Déjeuner interactif de La Tribune - Objectif Aquitaine, en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, à l'hôtel Mercure Cité mondiale de Bordeaux. Près de 200 personnes ont assisté à l'intervention du chef d'entreprises et président de l'Union Bordeaux-Bègles interrogé par Jean-Philippe Dejean et accueilli par Jack Bouin, directeur général du Crédit agricole d'Aquitaine. Morceaux choisis.

L'aventure entrepreneuriale

"En 1988, à 20 ans, je monte Publitel à Bergerac, je fais des Bic et briquets publicitaires. En 1994, je reprends un grossiste distributeur de textiles toulousain, Top Tex. Aujourd'hui, Top Tex (siège à Villeneuve-Les-Bouloc - 31) est présent en France et en Belgique via Top Tex Benelux. Notre métier, c'est de stocker des tee-shirts, polos, casquettes... et de les vendre ensuite aux ateliers de sérigraphie, aux brodeurs. Nous ne faisons pas de marquage, nous sommes un distributeur de textile vierge multi-marques comme une des plus connues Fruit of the Loom. En 1995, je décide de créer ma propre marque Kariban car moi qui distribuais du textile, j'étais souvent confronté au manque de choix. Je suis donc allé à l'Ile Maurice, où à l'époque l'activité textile était importante, et je faisais produire là-bas des tee-shirts et des polos... de rugby, déjà (rires) ! Kariban s'est développé via mes sociétés de distribution puis les produits ont été commercialisés par d'autres distributeurs. Top Tex et Kariban, c'est aujourd'hui 110 M€ de chiffre d'affaires et 200 salariés. En France, l'activité Top Tex représente 54 M€ et en Belgique, 20 M€. Kariban, c'est les 36 M€ restants."

Ses projets de développement pour Top Tex et Kariban

"Depuis deux-trois ans, nous nous sommes lancés sur le marché américain mais ce n'est pas une réussite. Cela aurait pu être mieux mais j'ai malheureusement le problème de la limite du temps. Le temps passé dans mes entreprises ? Un jour et le reste de la semaine, je le consacre à l'Union Bordeaux-Bègles... Si aujourd'hui, j'arrive à gérer mes entreprises et mon engagement dans le rugby, c'est que ces deux entreprises sont arrivées à maturation. Il n'empêche que le marché bouge. En fin de semaine dernière, j'ai appris que mon fournisseur allemand vient de racheter un centre de distribution en Belgique. Donc celui qui est mon fournisseur devient aussi mon concurrent. Ces deux derniers jours, je n'ai pas trop pensé au rugby et j'ai enchaîné les réunions au siège à Toulouse pour définir une stratégie. A l'heure actuelle, nous sommes encore en pleine réflexion."

UBB : objectif 20 M€ en 2015-2016

"Cette année, nous allons finir à une saison à 17 M€ de budget. On était sur un prévisionnel de 15,8 M€. Nous n'avons eu aucun problème pour équilibrer ce budget, il y aura même un petit bénéfice à la fin pour la 4e année consécutive. Mais l'UBB entame une nouvelle phase et elle commence dès la saison prochaine où nous prévoyons un budget à 20 M€. Pourquoi ? D'abord, il nous faut conserver nos meilleurs joueurs. La patte de l'UBB c'est d'avoir su aller chercher des joueurs pas forcément connus mais de talent qui nous ont amené à ce niveau-là et qui aujourd'hui nous situent entre les 6 et 8es places de Top 14. C'est une belle réussite sportive tout de même mais ces gens-là, ils sont regardés et attaqués donc vous vous devez de remettre leur salaire à niveau donc ça c'est la 1re dépense en général. La 2e dépense, c'est que nous avons mené un recrutement ambitieux. Nous avons pour la saison prochaine 5-6 recrues haut de gamme : Adam Ashley-Cooper (centre, Australie), Jean-Marcellin Buttin (arrière, Clermont), Sekope Kepu (pilier, Australie), Steven Kitshoff (pilier, Afrique du Sud), Daniel Braid (3e ligne, Nouvelle-Zélande), Jean-Baptiste Dubié (3/4, Mont-de-Marsan)... A 80 %, c'est la masse salariale des joueurs qui fait augmenter le budget.
Combien ça coûte de faire venir un Ashley-Cooper ? Non je ne peux pas le dire, j'ai trop honte d'avoir donné autant d'argent... (rires). Le salaire moyen en Top 14, c'est 12.000 € net par mois, à l'UBB on est un peu en dessous. Ashley-Cooper ? Lui, il fait monter la moyenne !"

"Toulon : ils comptent très mal !"

"La mairie de Bordeaux nous accompagne à hauteur de 450.000 euros pour la partie pro plus 50.000 euros pour la formation et 100.000 euros d'achat de places. C'est pas mal ! Le Département et la Région, c'est très faible. La Métropole, elle est complètement absente du circuit. Nous sommes le club le moins aidé par les collectivités locales derrière Castres. C'est sûr qu'on est loin des 5 millions d'euros donnés à Toulon (qui vient de remporter son 3e Championnat d'Europe d'affilée - NDLR) par les collectivités locales. Toulon, c'est un terreau fertile pour le rugby. C'est une ville de rugby ! 
La Ligue nous impose un salary cap (budget dédié aux salaires des joueurs) de 10,5 M€ maximum, ce à quoi je suis favorable. Nous sommes à 7 millions d'euros. Après, il faut bien compter. Toulon, ils sont 1ers du classement mais ils comptent très mal. Ils doivent faire 5+3+5 = 10,5."

Nouveau Stade : reste plus qu'à signer si le contrat arrive

"Cette année, nous allons jouer 13 matchs à Chaban-Delmas et 3 matchs dans le Nouveau Stade (réception de Toulouse, Toulon et Clermont - NDLR). Enfin, si on arrive à signer avec eux. Pour moi, on était d'accord oralement mais ils n'arrivent pas à m'envoyer le contrat. Nous espérons récolter les 3 millions d'euros de budget supplémentaire grâce aux opérations financières faites via Chaban-Delmas et le Nouveau Stade. A Chaban-Delmas, nous allons avoir la gestion de la buvette (auparavant, les Girondins de Bordeaux s'en chargeaient et reversaient des royalties à l'UBB - NDLR), plus d'abonnés aussi. Le paradoxe, c'est que nous avons pour la 2e année consécutive le 1er public de Top 14 avec une moyenne de 28.000 spectateurs mais nous sommes aussi les derniers en nombre d'abonnés. Après, cela s'explique aussi par le fait qu'on jouait à Chaban-Delmas et au stade André Moga à Bègles. Nous devrions aussi avoir plus de partenaires. Cela part très bien. Je table sur + 1 M€ venant du partenariat soit entre 50 et 70 partenaires de plus. La gestion d'un club sportif professionnel, c'est plus difficile à gérer qu'une entreprise même les plus petites. Les partenaires, c'est comme des clients sauf qu'on leur offre du plaisir. Nous comptons presque 400 partenaires. Un partenaire, c'est très sensible et exigeant mais c'est normal car ce qu'ils achètent c'est de l'immatériel. Et ils viennent pour la partie plaisir mais aussi pour faire du business. A nous de faire en sorte qu'ils soient bien reçus et de mettre en place des actions pour que les gens se rencontrent et fassent du business."

Des partenariats avec le monde de l'aéronautique ?

"L'aéronautique au même titre que la filière viticole est un acteur important de la région. Yann Rozes, le directeur commercial de l'UBB, a eu l'excellente idée d'imaginer décliner UBB Grands Crus et de créer UBB Aéro. Cela ne sera pas une association à part comme l'est UBB Grands Crus, qui est gérée par des personnes extérieures au club et réunit 130 adhérents qui cotisent et fournissent du vin qui sera vendu aux enchères. L'idée d'UBB Aéro est en train d'être développée."

Saison sportive 2014-2015

"C'est une saison frustrante. Elle est révélatrice de certains aspects du club qu'il faut améliorer. Ils se sont un peu endormis en cours de saison. Je vais demander un changement d'état d'esprit à l'intersaison. Ce n'est pas encore mort pour la 6e place (synonyme de qualification pour les phases finales - NDLR). La 7e place est également intéressante car cela signifie aller affronter le vainqueur du barrage entre Gloucester et une autre équipe anglaise. L'enjeu : une place qualificative pour le Championnat d'Europe. Et une qualification change la donne financièrement.
La saison à venir s'annonce délicate. Il va falloir gérer la Coupe du monde (du 18 septembre au 31 octobre en Angleterre et au Pays de Galles - NDLR). Certains joueurs ne vont arriver que le 1er décembre, il va falloir intégrer les nouveaux joueurs étrangers et cela prend du temps."

Qui pour manager le XV de France

"Personne ne sait rien. Raphaël Ibañez (manager de l'UBB - NDLR) a fait la une des journaux pendant des semaines. On l'annonçait à la tête du XV de France alors qu'il n'en était rien. Hier, la Fédération française de rugby annonçait qu'elle avait retenu 8 profils sur les 66 candidatures reçues et qu'elle allait auditionner les candidats dans le courant du mois de mai. Raphaël fait-il partie de ces huit noms ? Je n'en sais rien. Oui j'ai lu que mon homologue toulousain, Jean-René Bouscatel (1) a demandé à avoir une réponse avant la fin de la semaine quant au choix du manager. Déjà, on a progressé puisque la Fédération voulait à la base désigner le manager en août-septembre. Chose à laquelle je m'opposais comme beaucoup car cela veut dire que tu as ton manager et on vient te le prendre en pleine saison.
Guy Novès, je ne crois pas à cette piste. Déjà, je ne pense pas que la Fédération ait pris de décision et qui plus est, elle recevrait en mai des candidats alors que son choix en faveur de Novès est fait, ou alors ce serait d'un amateurisme et d'une malhonnêteté extraordinaire. Je pense que Pierre Camou (président de la Fédération française de rugby - NDLR) s'en fout complètement des déclarations de Jean-René Bouscatel. Quant à mes relations avec la Fédération, elles sont bonnes puisque quasi inexistantes !"

(1) Jean-René Bouscatel a menacé de ne pas libérer Guy Novès de son contrat, qui a posé sa candidature pour le poste de manager du XV, faute de réponse avant la fin de la semaine. Il refuse d'être "baladé" pendant un mois et ne veut pas constituer un staff en juin quand il n'y a plus personne.

Le compte-rendu complet du Petit Déjeuner avec Laurent Marti est à retrouver dans le prochain numéro de La Tribune - Objectif Aquitaine, à paraître le 18 juin chez votre marchand de journaux ou sur abonnement).

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Commentaires
a écrit le 08/05/2015 à 1:40 :
President Marti,
faite de Chaban un second Moga ou les jeunes puissent envahir le terrain et voir leurs joueurs le au coup de sifflet.
Cordialement
Montecatine laurent

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