Le numérique au service du citoyen, ou l'utilité des technologies

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Christophe Vandenkoornhuyse, Agnès Passault, Nicolas Vincent, Emmanuelle Durand-Rodriguez, Gilles Babinet, Gilles Capy et Agnès Grangé
Christophe Vandenkoornhuyse, Agnès Passault, Nicolas Vincent, Emmanuelle Durand-Rodriguez, Gilles Babinet, Gilles Capy et Agnès Grangé (Crédits : PR)
Après avoir parlé d’individualisme connecté, les intervenants conviés à s’exprimer sur le Forum Smart City de Bordeaux ont clôturé la journée sur le thème “Le numérique nous connecte-t-il ?”. La question s’est portée sur l’utilité pour les citoyens, le mieux étant de se concentrer sur ce qu’apportent les technologies plutôt que sur ces technologies elles-mêmes.

"On communique beaucoup mais on est de plus en plus intermédié : de moins en moins libre de choisir notre information, le monde dont s'occupent les machines devient opaque. A cela s'ajoute la gouvernance algorithmique où les décisions sont prises par des programmes", rappelait Francis Jutand, directeur scientifique de l'Institut Mines Télécom en charge de la recherche et de l'innovation, membre du Conseil national du numérique, en préambule du dernier débat du Forum Smart City à Bordeaux "Le numérique nous connecte-t-il ?", animé par Emmanuelle Durand-Rodriguez, rédactrice en chef de La Tribune - Objectif News. Si pour lui il est bien d'échanger, il convient également de savoir ce que l'on échange, de faire une co-évolution, en réfléchissant à l'évolution cognitive. Cette métamorphose impacte en tout cas profondément notre société, il faut se projeter loin mais agir dès maintenant pour construire des choses concrètes, comme le rappelait également dans l'introduction de ce débat Nicolas Curien, membre de l'Académie des technologies et du Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Innovation de rupture

C'est également la question que posait Carlo Ratti, directeur du Senseable Lab du MIT, qui intervenait en direct depuis Boston : "Nous parlons de ville raisonnable et sensible : quel impact sur les gens ?" Parmi des projets très différents, "nous travaillons à la mobilité dans notre ville et nous essayons de simuler l'impact de différents modes de déplacement comme le partage des trajets." Pour Carlo Ratti, il est évident que le numérique nous connecte : "Ce qui est intéressant, c'est comment Facebook nous permet de faire facilement ce que l'on faisait déjà avant : être en contact avec nos amis. C'est pareil pour accéder à la connaissance : il faut se concentrer sur l'application humaine de ces technologies et non sur la technologie elle-même."

Gilles Babinet, french "digital champion" qui représente à ce titre les enjeux du numérique pour le pays auprès de la Commission européenne, a expliqué qu'au cours de ses multiples voyages, il a longtemps eu à supporter le french bashing, selon la règle du 75/35 : 75 % de taxation et 35 heures. Il note un changement notable depuis un an : "On me parle d'initiatives visibles comme la French Tech, l'école "42" de Xavier Niel, la Halle Freyssinet (futur incubateur d'entreprises numériques qui ambitionne d'accueillir 1.000 startups, NDLR) et plus récemment le succès de la délégation française au CES qui a été remarquée (Consumer Electronics Show, salon international de l'électronique grand public, à Las Vegas, NDLR)." Pour lui il faut servir de cette évolution. L'enjeu est de voir émerger une innovation de rupture par rapport à l'innovation incrémentale. Et de citer Uber, BlaBlaCar, qui contribuent à moins de voitures dans la ville, ou encore Airbnb, "le plus grand hôtel dans le monde... qui n'a jamais construit d'hôtel". Rappelant que la French Tech était un outil intégré à cette logique de mouvement citoyen et pas seulement un outil de compétition, il a estimé qu'il fallait penser au Hackathon comme à l'Agora du XXIe siècle.

Les usages au centre des débats

Harout Chitilian depuis Montréal, est ensuite intervenu à distance pour parler du projet mis en place là-bas de ville intelligente et numérique pour 2014-2017 qui concerne cinq domaines d'intervention : la mobilité, le service aux citoyens, le cadre de vie, la vie démocratique et le développement économique. 23 millions de dollars seront affectés à la démarche de smart city dans les années à venir. Le choix des projets se fera en fonction de cinq critères : impact sur les éléments structurels, contribution aux orientations stratégiques, impact sur les citoyens ; coût, effort, retour sur investissement ; délai de réalisation. Depuis l'Inde, c'est Karuna Gopal qui est intervenue pour expliquer que son pays développe un protocole de ville intelligente pour parvenir à construire 100 villes intelligentes.

Pour la France, Grégoire Lochard, directeur innovation produits de Berger-Levrault, a confirmé que cette question des usages se pose de plus en plus : "Les collectivités travaillent depuis longtemps sur les systèmes d'information et elles ont dans leurs systèmes une matière dont elles ont l'idée qu'elle pourrait déboucher sur du service." Pour Gilles Babinet, "Au-delà de la technologie, c'est la relation entre les individus et les institutions qui est complètement remise en cause. L'enjeu est de repenser les principes même de la relations démocratique." Mais "il faut investir dans le collectif, l'efficacité collaborative même s'il y aura toujours des enjeux de pouvoir, de leadership", estime Francis Jutand.

La question des usages est également au centre des préoccupations d'ERDF, comme le précise Gilles Capy, directeur Sud-Ouest : "Le premier service que l'on doit à une smart city est d'assurer le service 24 h/24, 7 j/7. Comment imaginer une smart city sans électricité ?" L'idée est de permettre au réseau de s'auto-réguler, d'être résilient. Dans cet esprit d'innovation, ERDF a lancé un appel à projets : "Il existe dans les territoire des startups qui vont favoriser nos innovations. Aujourd'hui, on demande à nos agents de s'affranchir des barrières techniques et de rêver aux nouveaux usages dont ils auront besoin." Christophe Vandenkoornhuyse, directeur du développement et de la relation client à Crédit agricole Cards & Payments, a pour sa part témoigné de l'évolution des technologies de paiement sans contact ou des portefeuilles électroniques qui permettent de ne pas saisir son numéro de carte bancaire sur Internet. En matière de service également Telespazio a, par la voix de Nicolas Vincent, vice-président France, témoigné de son ambition de voir Mobilicity devenir un standard de la géolocalisation en ville, avec ce projet qui veut fournir les positions partout pour mieux gérer les flux, pour le transport intelligent par exemple. Agnès Passault, dirigeante d'Aquitem et d'Aliénor.net est également intervenue tout comme Agnès Grangé, directrice régionale de La Poste, qui a piloté la coordination avec les acteurs économiques dans le cadre de la candidature de Bordeaux au label French Tech.

En conclusion de la journée, Virginie Calmels, adjointe au maire de Bordeaux, a annoncé la tenue d'un nouveau Forum Smart City à Bordeaux l'an prochain, sur le thème de l'e-education.

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Commentaires
a écrit le 06/04/2015 à 19:18 :
création de nouveaux besoins rien de de plus ! Nous en sommes rendus là ... y compris voyages pour touristes "friqués" dans l'espace !
a écrit le 05/04/2015 à 16:29 :
Pour connaitre le resultat du developpement du numerique lisez 1984....
Réponse de le 06/04/2015 à 18:22 :
En effet, Fred. Par contre, Anonymous n'est pas né par hasard, mais répond bien à une menace. De même, le réseau sécurisé d'échanges bancaires SWIFT s'est déjà fait piraté 2 fois officiellement. Les puissants ont très bien compris qu'il avait laissé un jouet dangereux aux mains des peuples. Soit, lorsque Linux ou TOR seront interdits, là nous pourrons vraiment dire que nous sommes en dictature.
Réponse de le 06/04/2015 à 19:44 :
le logiciel libre est loin d’être mort, même si les nouveaux bios rendent l'installation plus délicate sous l' hégémonie de windaube ! Par contre le paiement sans contact des cartes bancaires est un scandale voulu !!!!!!!!!!!!!!! De toutes façons ... trackers et coockies sont là pour fliquer la population mondiale !

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