Bordeaux : le citoyen au centre du projet urbain

 |   |  1146  mots
Francis Pisani, Michel Sudarskis, Alain Turby et Philippe Sajhau
Francis Pisani, Michel Sudarskis, Alain Turby et Philippe Sajhau (Crédits : Appa)
La deuxième conférence du Forum Smart City Bordeaux était consacrée à la question "Quel projet urbain pour quels citoyens ?". Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, est intervenu à cette occasion.

Comment définir une ville intelligente une fois admis en préambule qu'il s'agit d'une ville dans laquelle les technologies sont partout ? Les intervenants de la deuxième table ronde de Forum Smart City, consacrée à la question "quel projet urbain pour quels citoyens ?", étaient d'accord pour dire qu'il ne s'agit pas d'un concept statique mais d'un processus, une série de pas grâce auxquels les villes deviennent vivantes et résilientes. Autour de Francis Pisani, journaliste et modérateur, sont intervenus Adrien Aumont (KissKissBankBank), Michel Sudarskis (Inta, Association internationale du développement urbain), Jorge Pérez Jaramillo (ville de Medellín en Colombie), Alain Turby (maire de Carbon-Blanc et conseiller métropolitain délégué à la Métropole numérique), Stéphan de Faÿ (EPA Bordeaux-Euratlantique), Philippe Sajhau (IBM France) et Alain Juppé (maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole).

Francis Pisani rappelait que de plus en plus de gens sont contre, pas convaincus ou simplement méfiants : faut-il renoncer aux technologies parce qu'elles représentent un danger ? C'est ne pas les comprendre, a-t-il estimé avant de rappeler les tensions entre Datapolis et Participolis. Jorge Pérez Jaramillo a témoigné de l'expérience de la ville de Medellín en Colombie autour du concept de "La ville pour la vie. C'est un grand défi pour l'intelligence collective, c'est en transformant la ville que nous transformons la société." L'urbanisation y a été utilisée comme un outil stratégique pour sortir de la violence. Elle s'est mise ne place dans une démarche co-créative qui a permis à la ville de passer du statut de la plus violente à celui de la plus innovante.

"Notre force est d'avoir un projet à long terme qui est partagé et qui met en place une stratégie pour la vie, un projet urbain de douze ans pour une ville plus compacte et plus intégrée, une stratégie de planning multi-échelle, urbaine et métropolitaine."

Une ville comme Medellín peut montrer qu'il est possible de dépasser n'importe quelle ville avec une démarche participative et démocratique.

Logique de maîtrise d'usage

Adrien Aumont a pris le relais pour parler lui de financement participatif. Le fondateur de la plate-forme de crowdfunding KissKissBankBank, d'Hello Merci (prêt solidaire à taux zéro) et de Lendopolis (financement participatif pour les PME-TPE) estime que "L'impact sociétal de ces plates-formes va bien plus loin que le financement : il s'agit aussi de développement personnel grâce à la force du lien social du crowdfunding. Adrien Aumont estime que nous sommes passés d'une fracture numérique à une fracture d'usage : il s'agit désormais de faire aimer cette nouvelle technologie et ses usages."

Une évolution confirmée par Philippe Sajhau, vice-président en charge de l'initiative Smarter Cities chez IBM. Pour lui la ville intelligente est un processus, ce qui change est l'explosion des données. Il y avait 4 milliards d'objets connectés il y a deux ou trois ans, 80 milliards sont attendus en 2020. L'arrivée des tablettes et smartphones a considérablement contribué à modifier la fracture numérique. Rappelant l'appétence des citoyens pour la mobilité, Philippe Sajhau a estimé que "cette innovation doit être porteuse de performance et de réduction des dépenses". Alain Turby, maire de Carbon-Blanc (33) et conseiller communautaire délégué à la "Métropole numérique", a rappelé que l'ADN de Bordeaux Métropole est inscrit dans l'hétérogénéité de ses territoires et qu'il s'agit là d'un bouquet métropolitain de 28 communes aux enjeux et réalités sociologiques différents. Un paramètre essentiel pour réfléchir à la ville intelligente."

Pour Michel Sudarkis (Inta), la démarche de smart city doit permettre de détecter ce qui est possible et reconnaître ce qui est souhaitable. Pour lui, il ne fait aucun doute que "le citoyen a fait le choix d'une ville intelligente. Le risque est de ne pas réussir à faire que les habitants s'approprient les innovations et deviennent plus isolés." Un phénomène d'individualisme connecté qui accompagne le développement du numérique.

Stéphan de Faÿ rappelant en préambule qu'Euratlantique représentant 2,5 millions de mètres carrés à construire et que devant un tel chiffre "on a tous en tête l'enjeu qu'il y a à mettre de l'intelligence dans la ville." Le directeur général de l'établissement public d'aménagement a noté deux changements majeurs : "Notre rôle n'est pas forcement de faire de l'intelligence dans la ville mais de rendre la ville capable de le faire, avec des infrastructures qui permettent de démultiplier  l'intelligence (en mettant des capteurs  dans les logements par exemple). Par ailleurs plus que jamais nous devons être dans une logique non pas descendante mais qui prend en compte la logique de maîtrise d'usage, c'est-à-dire à partir du citoyen et de l'entreprise." Ce qui implique une autre façon de travailler : "On dit aux gens qu'on est ouvert aux suggestions, on accueille les projets avec le regard de la bienveillance même si nous ne comprenons pas, et les idées préconçues tombent." Il a cité l'exemple d'un projet de 27.000 m2 pour un site qui sera le totem de la French Tech pour accueillir les entreprises : "On voulait y mettre un data center mais les entreprises ne voulaient pas d'un data center partagé."

Après ces échanges de points de vue et d'expérience, c'est Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, qui a conclu avec un aperçu de ses échanges avec les étudiants de Sciences Po la veille : "A la question d'un étudiant me demandant comment sortir de la crise, j'ai répondu qu'il ne s'agissait pas de sortir de la crise mais d'aller vers un nouveau monde et d'y trouver les chemins d'une bonne croissance : suffisante (2 à 3 %), fondamentalement différentes de celle des 30-Glorieuses. Elle sera sobre, frugale, économe des ressources, circulaire, fondée sur des comportements nouveaux des producteurs (RSE) et consommateurs."

Le numérique viendra irriguer l'ensemble et sera l'instrument de cette croissance nouvelle. Rappelant l'obtention du label French Tech et le lancement de Bordeaux Cité digitale à qui il souhaite donner une dimension métropolitaine, Alain Juppé a insisté sur la volonté de mailler en très haut débit la métropole et l'arrivée du TGV en 2017 ("Une date très importante... pour le TGV ", a-t-il malicieusement commenté...). Et si Bordeaux est en général sur le podium de tous les grands classements nationaux, elle est aussi la troisième ville la plus embouteillée de France : "Il faudra voir à l'occasion d'ITS (Congrès des Systèmes de transports intelligents, du 5 au 9 octobre à Bordeaux) des prototypes de mobilité intelligente qui permettront à la ville de progresser", avant de donner rendez-vous également pour la prochaine Semaine digitale en mars 2016.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/04/2015 à 23:01 :
Et juste une petite remarque. Je commence à en avoir ma claque de lire des infos sur Bordeaux, capitale de l'intelligence ceci ou cela. ça devient indigeste et grotesque.
a écrit le 03/04/2015 à 22:33 :
Euratlantique construira 2,5 millions de m2... destinés à accueillir 25.000 emplois et 25.000 nouveaux habitants !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :