Jean-François Clédel, Medef Gironde : "Les entreprises ont du mal à reconstituer leurs marges"

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Jean-François Clédel, président du Medef Gironde
Jean-François Clédel, président du Medef Gironde (Crédits : Christophe Viaud)
Le Medef Gironde organise demain jeudi 23 octobre, dans les murs de Kedge Business School, sa 14e Université. L'occasion de dresser un pré-bilan de 2014 et d'évoquer les tendances de l'économie avec son président, Jean-François Clédel.

Nous ne sommes pas encore au bout de 2014, mais quel premier bilan tirez-vous de 2014 ?

"Avant tout, nous avons la chance d'être en Aquitaine, une région où l'économie se porte mieux qu'ailleurs. 2014 a été marquée par de belles dynamiques dans le numérique par exemple. Dans le BTP, les grands chantiers ne manquent pas actuellement mais les PME souffrent et de gros acteurs de la filière s'inquiètent au sujet de l'existence de projets d'envergure à plus long terme. En matière de tourisme, Bordeaux semble avoir été préservée, ce qui n'est pas le cas d'autres territoires. Des questions se posent aussi dans le monde du vin, qui voit la Chine ne plus importer de très grands crus. L'aéronautique présente deux visages : certaines entreprises sont en pleine croissance mais d'autres, qui ont investi sur des programmes ayant du mal à décoller comme l'A380, ont plus de mal. Et l'aviation d'affaires ne va pas du tout. Globalement, on peut dire que le niveau d'investissement est trop faible, une tendance à relier au recul des ventes."

Le frémissement que certains avaient cru déceler en milieu d'année ne s'est finalement pas traduit par une véritable croissance ?

"Il y a effectivement eu le sentiment d'un frémissement avant l'été mais il résultait peut-être de la nomination du gouvernement Valls. La France est aujourd'hui un challenger à l'échelle du monde, elle a des atouts : du savoir-faire, des technologies, de l'impôt qui rentre. Mais il faut prendre des mesures nécessaires et mettre un terme aux politiques court-termistes et dispendieuses. Le Medef soutient la réforme territoriale mais elle doit se traduire par une baisse des dépenses, autrement dit une réduction du nombre d'échelons de compétences.
Je ne vois pas d'amélioration de l'activité économique sans une politique volontariste en direction du bâtiment et des travaux publics. Le revers de la médaille est qu'elle aggraverait la situation des comptes publics."

Quid du financement ?

"Les encours sont en croissance, mais on nous remonte qu'il est plus difficile de trouver du crédit pour les TPE et PME que pour les grands groupes. Gardons également en tête que si dans d'autres pays la prise de risque du monde bancaire est supérieure, les taux sont aussi plus élevés de 1 à 2 points. Si l'on veut que les banquiers prennent davantage de risques, il faut l'avoir en tête."

Les enquêtes d'opinion se suivent et se ressemblent, toutes évoquant le tout petit moral des chefs d'entreprise.

"La faible rentabilité décourage ceux qui se sont engagés. Les entreprises ont vécu une terrible crise à partir de 2009, d'ordre séculaire. La plupart s'en sont sorties mais beaucoup ont du mal à reconstituer leurs marges. Les salaires ont augmenté plus vite que la croissance des charges sociales en taux et en valeur absolue. Le patrimoine et la transmission sont taxés en majeure partie. Tout cela est très démotivant pour tous."

Une inquiétude à court terme ?

"Nous attendons les décrets d'application relatifs à la loi Hamon sur la cession des entreprises. Loi qui prévoit l'obligation pour les chefs d'entreprise de communiquer à tous leurs salariés leur volonté de céder la société au moins deux moins avant la clôture de la cession. C'est une catastrophe qui va mettre un terme à toutes chances de cessions. Les opérations de ce type se font dans le plus grand secret car nous savons tous qu'au-delà des salariés, les fournisseurs et les clients sont très sensibles à ce type d'information. Et ce n'est pas une clause de confidentialité qui suffira à éviter que la nouvelle se propage à l'extérieur des murs de l'entreprise."


La 14e Université des entreprises

Centrée sur la thématique "Ces révolutions qui nous attendent", la 14e Université du Medef de la Gironde fera la part belle au numérique. L'université sera ouverte en présence d'Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de la Communauté urbaine, Thibault Lanxade, membre du conseil exécutif du Medef, président du Pôle entrepreneuriat et croissance, Philippe Lemoine, en particulier président de la fondation Internet nouvelle génération et vice-président de la commission Innovation et recherche du Medef, et Laurent Sellier, directeur général Sud Europe division papier de Smurfit Kappa. Serial entrepreneur, Gilles Babinet s'est  investi avec succès dans la filière numérique avant de devenir porte-parole (Digital champion) de la France auprès de la Commission européenne. Il interviendra à l'ouverture et à la clôture mais aussi au fil des divers "speachs" prévus dans la journée. Calibrées sur un format d'une heure, ces séquences, qui remplacent les ateliers traditionnels, s'articulent sur l'intervention pendant 30 minutes d'un spécialiste puis une interaction d'un temps égal avec la salle.

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