Jean-Noël Stock : “Thales s'adapte à la génération Y”

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Jean-Noël Stock, directeur adjoint support et service client de Thales, lors du salon européen de la maintenance aéronautique militaire (ADS Show) de Mérignac
Jean-Noël Stock, directeur adjoint support et service client de Thales, lors du salon européen de la maintenance aéronautique militaire (ADS Show) de Mérignac (Crédits : Pascal Rabiller)
Aujourd’hui, le groupe GA livre officiellement au groupe Thales son nouveau campus situé à Mérignac. Nouveau parce qu’il est le troisième construit en France, nouveau aussi parce qu’il réinvente le mode de management de Thales. Jean-Noël Stock, directeur adjoint support et service client de Thales, explique le fondement de cette révolution.

"We are all now, entertain us - nous sommes là, amusez-nous" (1) : il n'est pas commun de voir un décideur du monde aéronautique citer Kurt Cobain, feu le chanteur du groupe US Nirvana, tête de file du mouvement grunge dans les années 90. C'est pourtant ce qu'a fait, Jean-Noël Stock, directeur adjoint support et service client de Thales, lors du salon européen de la maintenance aéronautique militaire (ADS Show) de Mérignac près de Bordeaux en abordant, pour La Tribune, l'actualité immédiate du groupe français au rayonnement mondial, leader, entre autred, de l'électronique de défense.
Une actualité qui passe, aujourd'hui, par la livraison du nouveau campus Thales à Bordeaux, plus exactement à Mérignac, au cœur de la zone aéroportuaire. Il s'agit en fait du troisième campus français du groupe Thales.

Un campus bordelais ouvert et collaboratif et... 0 bureau

"Nous avions déjà créé un campus, "Cristal", à Gennevilliers, un second, "Helios", à Vélizy. Ces deux campus ont une architecture assez proche de celui de Mérignac. La différence, c'est que ce dernier campus répond de la manière la plus aboutie, à la volonté de Thales d'adopter un mode de fonctionnement biomimétique dans son organisation et son management", précise l'ancien président de Thales Solutions Asia, qui a également dirigé le site Thales de Pessac (1.000 collaborateurs).

Un site qui s'apprête à migrer, comme celui du Haillan (1.000 collaborateurs) vers le nouveau campus réalisé par le groupe GA.

"Révolution de la structure décisionnaire"

"Il y a des années que Thales réfléchit au regroupement de ces deux entités sur un seul et même site, mais nous n'avons pas voulu nous contenter d'additionner les hommes et les compétences, de réaliser un alignement comptable uniquement. Ce campus est beaucoup plus que cela. C'est aussi une révolution totale de notre structure décisionnaire. Après avoir benchmarké des entreprises ou organisations un peu partout dans le monde, et notamment dans la silicon valley, nous avons décidé de créer un monde totalement ouvert. Un univers de travail qui supprime les bureaux, le cloisonnement des équipes. Tout a été pensé, à Bordeaux, pour que les compétences se mélangent, collaborent, échangent des idées en permanence... notamment autour des nombreuses machines à café du site... En fait, le seul bureau dotée de quatre murs du campus... c'est le PC sécurité !", sourit Jean-Noël Stock.

Une volonté d'ouverture qui peut surprendre quand on sait l'activité duale du groupe Thales, à la fois civile et militaire...

"C'est vrai, cela surprend, mais c'est une obligation. La révolution numérique impacte aussi les gouvernements et les militaires, nos clients donc, et les utilisateurs de nos solutions, si on s'en tient à la partie militaire de nos activités. Elle impacte aussi nos équipes en interne. Le rajeunissement de nos équipes, de plus en plus constituées de ce qu'on appelle la génération Y, explique le fait que de nouvelles aspirations émergent en matière de management. Cette génération de collaborateurs a besoin de challenges exaltants.
Elle veut prendre du plaisir à travailler : comme le disait de manière avant-gardiste Curt Cobain, cette génération est là et elle veut qu'on l'amuse... ce campus est pensé pour que cette aspiration nous rende aussi plus compétitifs, plus inventifs... Nous avons compris, ces dernières années, que les multiples transformations technologiques en cours nous offrent des opportunités que nous ne saisirons pas si nous n'évoluons pas en profondeur", assure Jean-Noël Stock.

Une évolution de Thales qui est également en cours dans le cœur de métier de Jean-Noël Stock : la maintenance aéronautique ou MRO (Maintenance, Repair and Operations).

MRO : l'enjeu de l'utilisation maximum des solutions Thales

"Notre ambition dans ce domaine, c'est que les utilisateurs fassent le plus possible usage de nos solutions. En clair, qu'elles correspondent au plus près à leurs attentes, leurs besoins, et surtout qu'elles équipent des aéronefs en condition de pouvoir voler. Il y a à ce jour trop d'aéronefs cloués au sol. Le défi du MRO pour Thales, c'est d'être capable de développer des systèmes de maintenance qui intègrent toutes les composantes de la chaine aéronautique et qui permettent une immobilisation minimale des avions pour cause de maintenance.
Pour faire en sorte que nos solutions soient utilisées, nous devons aussi former leurs utilisateurs en permanence, et plus seulement au moment de la livraison des équipements. Des utilisateurs qui, eux aussi, sont de plus en plus souvent des personnes issues de la génération Y. Ils ont des attentes différentes de celles de leurs aînés. Ils aiment voir leur environnement professionnel évoluer, intégrer de plus en plus d'innovations. Nous voulons être capables de répondre à cette envie."

Une quête de la nouveauté, de l'innovation qui explique aussi le bonheur de Thales avec la signature du plus important contrat à l'export de Dassault (qui est actionnaire à hauteur de 25 % du groupe Thales) via les Rafale indiens.
En effet, outre le fait que les solutions Thales représentent 25 %, voire plus parfois, de la composition d'un Rafale, il se trouve que les Indiens, contrairement aux contrats export précédents, veulent un avion "maison", et choisir les  solutions technologiques qu'il va embarquer. Cela veut dire, pour Thales, le développement et la mise au point de nouveaux systèmes d'autoprotection, de radars...
Bref, sur ce contrat aussi, les ingénieurs de Thales vont avoir de quoi "s'amuser"...

(1) Smell like teen spirit, titre phare de l'album Nevermind (1991)

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