Center Parcs Aquitaine : pour le Ceser, c'est pas gagné...

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Le projet de Center Parcs dans le Lot-et-Garonne représente un investissement de 170 M€
Le projet de Center Parcs dans le Lot-et-Garonne représente un investissement de 170 M€ (Crédits : D.R)
Le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) vient d’examiner les termes du protocole d’accord liant le Conseil général du Lot-et-Garonne et le groupe Pierre & Vacances SA en vu de la réalisation d’un Center Parcs Aquitaine. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet qui “pèserait” 170 M€ d’investissement et 300 emplois directs suscite, de la part du Ceser, de nombreuses réserves.

Le projet Center Parcs du Lot-et-Garonne devrait à l'horizon 2019 voir s'ouvrir, sur 127 hectares situés à cheval sur les communes de Pindères et de Beauziac, dans le massif des Landes de Gascogne, un village de 400 cottages et un pôle de loisir et de services, dont un centre Aqualudique (Aqua Mundo) de 12.000 m2, moyennant un investissement total estimé à 170 M€. Il vient d'être soumis, sur saisine du président du Conseil régional Alain Rousset, à un examen de la part du Conseil économique, social et environnemental régional. Plus précisément, c'est le protocole d'accord qui doit être signé entre le Conseil général de Lot-et-Garonne et la société Pierre & Vacances SA qui a été soumis à l'examen du Ceser et de ses commissions "finances régionale et territoriales", "formation et emploi" et "cadre de vie et solidarités".

Un protocole qui apporte des précisions sur les modalités de mise en œuvre de ce projet, sur la maîtrise foncière, la maîtrise d'ouvrage, l'exploitation, les procédures et autorisations, sur les modalités financières et sur les engagements respectifs des différentes parties.

Si ce protocole est tout à fait semblable à ceux que l'opérateur porteur du projet Center Parcs a déjà signé avec d'autres conseils généraux pour les Center Parcs de Saône-et-Loire ou encore du Jura, il suscite néanmoins beaucoup d'interrogations et de réserves de la part du Ceser.

Projet "hors sol" ? Sans plus-value touristique ?

En premier lieu, l'assemblée de la société civile estime que le projet est "hors sols" en décalage avec les orientations stratégique régionales en matière de tourisme. Pour le Ceser, contrairement à d'autres équipements touristiques qui ont bénéficié d'un co-financement régional (Lascaux 4, Cité des Civilisations du Vin...) l'implantation choisie par Center Parcs répond à une stratégie de gamme du groupe Pierre & Vacances, mais pas dans une stratégie de filière qui valorise l'offre patrimoniale de la région. Pour le Ceser, le projet de Center Parcs n'apporte aucune réelle plus-value à l'offre touristique.

Le Ceser remet pas en cause la partie du protocole qui prévoit que la Région et le département s'engagent à accompagner, par une mobilisation de fonds publics, Pierre & Vacances dans ses actions de promotion du site. Mais il estime que si l'Aquitaine et son image de marque peuvent constituer un argument commercial pour le groupe, l'inverse est moins vrai.

En stigmatisant une mobilisation de fonds publics qui ne serait pas pertinente dans le cadre de la politique de valorisation du patrimoine touristique, le Ceser s'interroge sur le modèle économique du projet, dans un "contexte de rigueur des budgets publics".

Une défiscalisation "aide publique déguisée" ?

Sans remettre en cause les retombées fiscales (1,3 M€ /an) et économiques (5 M€/an selon les estimations), le Ceser s'interroge sur le financement de la partie hébergement (400 cottages) assurée par des investisseurs privés, institutionnels ou particuliers, avec possibilité de défiscalisation. L'assemblée note la présence, parmi les investisseurs institutionnels de banques, des mutuelles mais aussi de la Caisse des Dépôts. Elle estime que le produit de défiscalisation équivaut à une aide publique déguisée, assumée par l'État. Dans le cas de l'investisseur CdC, elle s'interroge sur la mobilisation d'une partie de l'épargne destinée au financement de projets d'intérêt général, comme le logement social, au profit d'un projet bénéficiant à un groupe privé. Là aussi, elle parle de captation indirecte de fonds d'intérêt public.

Démarche environnementale et emploi en questions

Le Ceser estime que le groupe Pierre & Vacances et ses engagements en matière de développement durable et d'environnement sont des arguments recevables, mais l'assemblée estime qu'au regard de problèmes rencontrés par d'autres sites de la marque Center Parcs, la consommation d'eau, le bilan énergétique d'une eau de baignade garantie à 29°, la consommation d'espaces naturels nécessitent des éventuelles mesures compensatoires et, en tout cas, "une extrême vigilance des autorités publiques à cet égard".

En phase de travaux, le complexe devrait générer entre 250 et 500 emplois, puis 300 emplois (dont 80% en CDI) en phase d'exploitation. Dans un bassin de vie qui compte un taux de chômage de plus de 30% chez les jeunes et de 13% en ce qui concerne le chômage global, la création d'autant d'emplois est capitale. Le Ceser note cependant que la majorité des emplois concernés sont à petits salaires et à horaires faibles, notamment parmi les personnels de nettoyage (40% de l'effectif). Le Ceser a sorti la calculette et annonce que le ratio aides publiques / emploi créé s'élève à 130.000 euros par emploi...

"Le même niveau d'investissement consenti sur ce territoire au profit d'acteurs locaux pourrait certainement générer une autre dynamique de développement porteuse d'un nombre d'emplois plus conséquent".

Le protocole d'accord n'a pas encore été signé, et cela risque de prendre plus de temps que prévu car au-delà des constats, doutes et interrogations née de l'étude du dossier, le Ceser insiste sur la nécessité, selon elle, d'une information et d'une concertation en amont, impliquant la société civile locale et les habitants. Le Ceser suggère une mobilisation particulière du Conseil de développement du Pays Val de Garonne-Gascogne ou, à tout le moins, la mise en place d'une structure locale de concertation et d'expertise citoyenne.

Moins de 24h après la publication du rapport du Ceser, le président du Conseil général de Lot-et-Garonne Pierre Camani a réagi vivement, descendant en flammes la méthodologie du Ceser.

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Commentaires
a écrit le 11/03/2015 à 21:05 :
On doit pouvoir faire beaucoup mieux avec autant d'argent public, et certainement plus en phase avec le territoire.... rien de bien étonnant dans ce constat, mais c'est bien de le voir clairement établi...

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