Le salon des Outsiders veut révéler les pépites du vignoble de Bordeaux

 |   |  969  mots
Jean-Marc Quarin au Salon des Outsiders entre les acteurs François Berléand, à gauche, et Gérard Jugnot, à droite.
Jean-Marc Quarin au Salon des Outsiders entre les acteurs François Berléand, à gauche, et Gérard Jugnot, à droite. (Crédits : DR)
Le salon des Outsiders c’est la carte de visite parisienne de Jean-Marc Quarin, un dégustateur indépendant dont une étude suisse sur les dégustations de bordeaux en primeurs fait le numéro un européen. Son objectif : promouvoir les bordeaux qui valent plus que leur étiquette.

Jean-Marc Quarin, qui se définit comme un dégustateur indépendant de vins de Bordeaux, auteur du Guide Quarin, publié pour la première fois en 2011, organise les 17 et 18 novembre prochains la 5ème édition du salon des Outsiders, à Paris, dans le cadre du palace Shangri-La, non loin du Trocadéro, avec Fabrice Léger, cofondateur de la manifestation. Auteur du Guide Quarin, qui est depuis devenu un site régulièrement mis à jour, Jean-Marc Quarin applique une philosophie originale mais sans doute pas totalement isolée dans la vision qu'elle donne des bordeaux.

"Dans le guide, qui fait 900 pages, j'ai répertorié 329 propriétés coups de cœur et créé le concept d'outsider, qui désigne des vins qui sont supérieurs à ce que laisse paraître leur étiquette. Des vins peu connus que je compare à des châteaux connus, explique le dégustateur. Je parle d'outsiders parce que si vous êtes dans une appellation bordelaise sans réputation et que vous faites des efforts, poursuit-il, les négociants ne paieront pas le prix que valent vos vins. J'encourage les vignerons qui font bouger les lignes et qui sont sans célébrité. Les grands crus c'est moins de 2 % de la production mais 25 % du chiffre d'affaires du vignoble...".


Des vins entre 6,80 € et 80 €

Dégustateur indépendant, Jean-Marc Quarin veut aussi faire œuvre de pédagogie et fait de la formation. Le salon des Outsiders s'inscrit dans une approche du vin qui se veut agréable pour découvrir des bordeaux sous-cotés, sur une échelle de prix que l'organisateur situe entre 6,80 € et 80 €. Les 100 couverts dressés au Shangri-La pour le dîner inaugural du salon des Outsiders, signé par un chef étoilé, accueilleront sans doute peu, voire pas du tout, d'amateurs de bordeaux à 10 € qui prennent tous les jours le métro et qui sont si chers au consultant Stéphane Derenoncourt.

Reste qu'à 20 € le ticket d'entrée, le salon devrait quand même attirer un bon nombre de curieux et de passionnés. A l'heure où de nombreux grands crus sont devenus des produits d'investissement internationaux, avec des cotes financières monstrueusement élevées suite à la spéculation sur les marchés américain puis chinois, comme le décrypte le documentaire "Red obsession", Jean-Marc Quarin a très probablement raison en estimant qu'il défriche un créneau à fort potentiel, et détaille sa stratégie.

Une circulation entre cabernet et merlot

"Un rapport qualité-prix ça n'intéresse pas les gens qui ont les moyens. Par contre le concept d'outsider ça leur plaît car c'est valorisant pour tout le monde. Il y a des crus classés que j'ai déclassé et qui grincent des dents. Je m'adresse à des buveurs de vin, pas à des spécialistes et je veux réinventer le concept de salon, en changeant la façon de présenter les choses" éclaire Jean-Marc Quarin.

Le dégustateur bordelais, qui a sélectionné 32 outsiders en cette année 2017, a simplifié la circulation dans le salon et l'appréhension des châteaux. Pour cela il a divisé l'espace en deux goûts (rouges) : rive gauche (Graves, Pessac-Léognan, Médoc...) -avec des vignobles dominés par le cabernet-, et rive droite (Côtes de Bourg, Pomerol, Saint-Emilion...), territoires d'élection du merlot. C'est grâce au succès rencontré à Paris avec le salon de l'Outsider que le dégustateur a lancé en juin 2016 "Les Rencontres Jean-Marc Quarin" à Lausanne, à l'hôtel Beau Rivage, avec l'appui du quotidien francophone "Le Temps".

Jean-Marc Quarin au niveau de Robert Parker

Même s'il n'y a aucun rapport entre les deux événements, comme tient à le souligner Jean-Marc Quarin, le climat de Lausanne semble lui réussir plutôt bien. Car sa notoriété a été renforcée par l'étude "Dégustateurs de vin, classements, et tarification en primeur" réalisée à l'Ecole hôtelière de Lausanne par les professeurs Philippe Masset, Jean-Philippe Weisskopf et Mattieu Coussutt, qui fait de lui un dégustateur de très haut niveau dans le monde feutré des primeurs.

Publiée dans le "Journal of Wine Economics" (Journal de l'économie du vin), à New-York, média à but non lucratif produit par l'Association américaine de l'économie du vin (AAWE), où interviennent des professeurs des universités d'Adelaïde (Australie), Bruxelles, Harvard, New-York et Princeton, cette étude fait ainsi de Jean-Marc Quarin le seul dégustateur européen à pouvoir tenir tête à Robert Parker ! L'étude de l'Ecole hôtelière de Lausanne n'est pas centrée sur ce duel entre hommes et aborde bien d'autres aspects de la dégustation des primeurs.

Dix ans d'analyses de primeurs décortiquées

Il n'empêche que la question de l'influence des dégustateurs, qui pourrait sembler anecdotique étant donné la puissance du fondateur de "Wine Advocate", devenu un des étalons du bon goût bordelais, n'est pas inintéressante. Parmi la demi-douzaine de dégustateurs individuels dont l'influence a été décortiquée par les professeurs de Lausanne, deux sont britanniques (Neal Martin, Jancis Robinson), trois étatsuniens (Robert Parker, James Suckling, Stephen Tanzer), Jean-Marc Quarin étant le seul français.

In fine les auteurs de l'étude, qui ont analysé sur une période de dix ans (millésimes 2003 à 2012) "les notes de 12 experts relatives à 122 châteaux bordelais", qui représenteraient plus de 90 % du marché des ventes en primeur, estiment que les deux dégustateurs ayant la plus grande influence sont Robert Parker et Jean-Marc Quarin. Ce que fait savoir Fabrizio Bucella, professeur à l'Université libre de Bruxelles et sommelier, dans le billet de son blog du Huffington Post daté de mars 2016 : "quand leurs notes montent de 10 %, les prix des vins s'envolent de 7 %" souligne-t-il pour éviter toute ambigüité. Ce qui semble faire de Jean-Marc Quarin un outsider qui gagne à être connu.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :