L'alliance à Bordeaux de Philippe Poutou avec La France Insoumise menace le NPA d’implosion

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Petra Bernus (NPA Révolution permanente) vient de claquer la porte du collectif Bordeaux en luttes, dont elle était la porte-parole, donnant le signal de la crise du NPA en Gironde.
Petra Bernus (NPA Révolution permanente) vient de claquer la porte du collectif Bordeaux en luttes, dont elle était la porte-parole, donnant le signal de la crise du NPA en Gironde. (Crédits : Appa/ Eric Barrière)
Le collectif Bordeaux en luttes, porté sur les bancs de l'opposition municipale au palais Rohan lors des dernières élections, a scellé une alliance jusqu'ici unique en France, entre la France Insoumise et le NPA. Une entente mise à mal en Gironde par le courant NPA Révolution permanente qui estime que Bordeaux en luttes est en pleine dérive. C'est pourquoi la militante NPA Petra Bernus vient de claquer la porte de ce collectif dont elle a été la porte-parole. Le rapprochement à Bordeaux de Philippe Poutou, figure de proue du NPA, avec la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon ne passe pas. D'autant qu'il pourrait se traduire par des listes communes NPA-France Insoumise aux prochaines élections régionales. (réactualisé 23/11/20)

Depuis plusieurs mois les tensions s'accumulent au sein du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), parti d'extrême-gauche fondé en 2009 à l'initiative d'Olivier Besancenot,  figure de proue de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Les promoteurs de cette transformation, à laquelle va adhérer Philippe Poutou, constituent désormais une sorte de canal historique au sein du NPA. Le quotidien Le Monde a dévoilé cet été la profondeur de la nouvelle crise qui mine désormais le NPA, dans une tectonique des plaques où la somme des contradictions semble avoir atteint un seuil critique.

Lire aussi : Avec Philippe Poutou Bordeaux devient laboratoire de la nouvelle gauche anti-capitaliste

Dans ce contexte délétère, l'élection municipale de Bordeaux pourrait constituer le catalyseur fatal entraînant l'implosion du NPA et ceci à cause d'un succès politique inespéré. En s'engageant dans la création du collectif Bordeaux en luttes, avec La France Insoumise (LFI), initiative dans laquelle le coordinateur local de LFI, Clément Agostini, a joué un des rôles clés, le NPA de la Gironde, mené par Philippe Poutou, a mis les tendances qui le composent sous forte tension.

Pourquoi Petra Bernus a quitté Bordeaux en luttes

Dans l'interview qu'il a accordé il y a quelques semaines à La Tribune, Philippe Poutou est revenu sur cette situation, validant son rapprochement gagnant avec La France Insoumise pour les municipales à Bordeaux (9,4 % au second tour, trois élus municipaux) et dénonçant au passage le sectarisme des autres tendances au sein du NPA, qui étaient, selon lui, hostiles à ce rapprochement. Des tendances, qu'il juge minoritaires, qui n'empêcheront pas le mouvement impulsé de se poursuivre. Entretien qui a créé un émoi certain au sein de la Fédération de la Gironde du NPA. Jusqu'à accélérer le départ de Petra Bernus, étudiante à l'université Bordeaux Montaigne, tout juste âgée de 20 ans, du collectif Bordeaux en luttes, dont elle a été la porte-parole, et de la tendance à laquelle elle appartient : le NPA Révolution permanente.

"Nous avons participé à l'élaboration et à la fondation du collectif Bordeaux en luttes : une initiative qui faisait déjà débat au sein du NPA. Notre participation s'est faite sur la base d'un protocole d'accord pour une "liste de lutte qui regroupe des militants issus d'horizons politiques larges (politiques, syndicaux et a partisans). Elle ne fait pas apparaître de logo distinctif d'organisations.

Nous étions organisés sur un programme anticapitaliste autour de la figure de Philippe Poutou, ouvrier licencié de Ford Blanquefort. Nous avons estimé dès le départ que cela allait au-delà d'une simple association entre la France Insoumise et le NPA. Ce dont nous ne voulions pas", rembobine Petra Bernus, interrogée par La Tribune.

Accident viral ou bascule politique ?

L'attaque virale de Covid-19 a-t-elle joué un rôle politique, avec ses conséquences sanitaires socialement très négatives et sa puissante aura anxiogène, ou le port de la Lune est-il devenu mûr pour un renversement politique de longue haleine ? Quoi qu'il en soit le succès municipal de la troïka bordelaise Philippe Poutou (NPA), Evelyne Descubes-Cervantes (France Insoumise) et Antoine Boudinet (Gilet jaune) est un cas unique en France.

Et donc, selon certains, l'exemple de ce qui pourrait bien fonctionner dans le futur ailleurs dans le pays, ce dont Philippe Poutou s'est félicité dans nos colonnes.

Philippe Poutou candidat Bordeaux

Quand Philippe Poutou est devenu officiellement candidat aux Municipales

Mais les militants du NPA-Révolution permanente reprochent à l'ancien ouvrier de Ford Aquitaine Industries, mais aussi candidat par deux fois à l'élection présidentielle, d'avoir fait de Bordeaux en luttes la matrice d'une nouvelle structure politique durable destinée à servir le rapprochement du NPA avec LFI, et non un collectif destiné à faire opposition au maire EELV de Bordeaux, Pierre Hurmic.

Le NPA-Révolution permanente n'est pas fan de la France Insoumise

Pour la tendance NPA-Révolution permanente girondine, cette dérive "réformiste" a pris un visage : celui du député LFI du département de la Gironde, Loïc Prud'homme.

"Nous avons exprimé notre désaccord avec le fait que le député France Insoumise de la Gironde, Loïc Prud'homme, soit présent sur la liste décidée par Bordeaux en luttes. Même à la dernière place cela nous a posé un certain nombre de problèmes.

Parce que nous ne sommes pas d'accord avec ses prises de positions à l'Assemblée nationale, notamment lorsqu'il a voté, avec l'ensemble des députés insoumis, les 45 milliards d'aides aux entreprises pendant le confinement. Nous refusons tout soutien à une liste EELV, PCF, PS... ce qu'il a fait à Pessac (Gironde/Bordeaux Métropole -NDLR)", déroule Petra Bernus.

Lire aussi : Municipales à Bordeaux : les premiers colistiers de Bordeaux en Luttes avec Philippe Poutou

Peut-être un ticket NPA/France Insoumise pour les régionales

La menace pour le NPA est d'autant plus tangible, pour la tendance qu'elle représente, que, les choses ont encore évolué depuis cet été et se précisent à l'approche des futures élections régionales.

"Oui, Philippe Poutou n'est pas opposé à des regroupements entre le NPA et la France Insoumise pour les régionales. Ce qui aggrave les tensions internes, car cette politique est loin d'être majoritaire au sein du parti et pourrait accélérer la dynamique vers une scission au sein du NPA dont nous ne voulons pas. Et oui, malheureusement Bordeaux en luttes est devenu une sorte de laboratoire de cette politique", décortique l'ex porte-parole de Bordeaux en luttes.

Pour autant Petra Bernus voit plus loin que l'excellent score municipal du collectif Bordeaux en luttes.

"Notre tendance veut éviter la scission du NPA et veut ouvrir le débat sur la construction d'un projet de grand parti révolutionnaire. Un projet qui ne soit pas simplement anticapitaliste mais clairement centré sur la lutte des classes", déroule cette dernière, en rappelant la force du mouvement des Gilets jaunes ou encore des grèves dans les transports.

Quand les élections ne sont qu'une tactique révolutionnaire

Parmi les problèmes de fond subsiste celui de la vision révolutionnaire de la politique. Une conception dont semblent bien s'éloigner Philippe Poutou et ses camarades issus pour la plupart de la LCR, en validant la stratégie du jeu démocratique républicain par les élections.

"Nous sommes opposés à l'électoralisme, car l'histoire a démontré que ce n'est pas par les urnes qu'on obtient des droits, et des avancées conséquentes, mais par de grands mouvements sociaux, voire des révolutions. En ce sens, pour nous, les élections et même les postes d'élus ne sont qu'un appui au service de la lutte", éclaire de son côté Petra Bernus.

Une vision révolutionnaire impossible à vendre à n'importe quel parti républicain.

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