Municipales à Bordeaux : Pierre Hurmic et les écologistes lancent leur campagne

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Pierre Hurmic, avocat de 64 ans, sera le chef de file des écologistes lors des élections municipales de mars 2020
Pierre Hurmic, avocat de 64 ans, sera le chef de file des écologistes lors des élections municipales de mars 2020 (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
Il se dit "prêt à aller au bout", est persuadé que "l'écologie est une force propulsive" pouvant déboucher sur une alternance à la mairie de Bordeaux. Mais s'il est ouvert aux renforts, il faudra que ces derniers se rassemblent sous la bannière écologiste. Pierre Hurmic a lancé officiellement sa campagne pour la mairie de Bordeaux ce jeudi matin, dessinant plusieurs mesures radicales de lutte contre le péril climatique, assumant sa posture de chef de file et insistant sur l'union des mouvances écologistes derrière lui.

Il avait annoncé sa future candidature il y a quelques jours dans les colonnes de notre confrère 20 Minutes. Il n'y avait donc plus de suspense à proprement parler, mais Pierre Hurmic était malgré tout attendu ce jeudi matin, au Magasin général de Darwin, pour esquisser les premières lignes de sa campagne. L'élu d'opposition à la mairie de Bordeaux et conseiller métropolitain a tout d'abord replacé cette conférence de presse dans le calendrier de l'Appel de Bordeaux, lancé trois mois avant exactement, le 26 juin. Depuis, cet appel au rassemblement transpartisan derrière les valeurs écologistes a été signé par près de 500 personnes. "En trois mois, nous n'avons pas chômé. Le processus de rassemblement n'est pas encore abouti mais il est en cours. Déjà, nous avons réussi à rassembler la galaxie écologiste avec Europe Ecologie Les Verts, Cap21, Génération Ecologie... sous une même bannière." Cette union des forces étant, de son point de vue, "une condition sine qua non pour la conversion écologiste de la ville". A ses côtés, Hélène Richet, coordinatrice de Génération Ecologie et élue à Saint-André-de-Cubzac, a confirmé qu'un accord a été signé entre les différents mouvements "autour d'un travail commun et d'engagements précis".

"Très officiellement, je m'engage en tant que tête de liste" : Pierre Hurmic pouvait difficilement être plus clair ce jeudi matin. Se disant "soucieux de faire de la place aux jeunes qui marchent pour le climat", l'avocat âgé de 64 ans ne tend pas la main aux autres partis de gauche, mais aux individualités : "L'urgence écologique demande de dépasser le cadre des partis politiques. De nouvelles têtes s'engagent, Bordeaux connaît un virage politique" impulsé entre autres par le départ surprise d'Alain Juppé pour le Conseil constitutionnel. Pierre Hurmic et ses soutiens affichent quant à eux "une vision fondamentalement pragmatique et populaire, cohérente et déterminée, audacieuse" poursuivant un double objectif : "Diminuer l'empreinte carbone et adapter la ville au changement climatique". Ils imaginent ainsi une capitale girondine "plus sobre, plus conviviale, plus juste socialement, plus agréable à vivre". En cas d'accession au pouvoir, celui qui joue aujourd'hui le rôle de contre-pouvoir avec d'autres entend, pour débuter, "déclarer Bordeaux en état d'urgence climatique. D'autres villes l'ont fait, pourquoi pas nous ? Le premier budget municipal déclinera très vite une politique de résilience. Les décisions prises jusqu'à présent sont une calamité. On ne peut pas se contenter d'une politique des petits pas, ou des petits pots." Allusion malicieuse aux arbres en pot installés temporairement cet été sur la place Pey-Berland...

Les bases du programme

Pierre Hurmic et son équipe annoncent d'ores-et-déjà "six mesures fortes et radicales" qui dessinent les premières bases de leur programme :

  • Stopper net toute artificialisation des sols sur le territoire
  • Rééquilibrer la place de la voiture dans la ville dans l'espace public. "Elle absorbe 70 % des espaces alors qu'elle ne concerne que 49 % des déplacements", soutient Pierre Hurmic.
  • Bâtir un plan Marshall pour développer une piétonisation plus soutenue et apaisée
  • Faire de l'amélioration de la qualité de l'air une priorité : "35,7 % des Bordelaises et Bordelais sont exposés à des dépassements de seuil, un jour sur quatre la qualité de l'air est mauvaise !"
  • Organiser de nouvelles bases immobilières : "La politique de l'offre menée par l'actuelle municipalité est devenue un eldorado des promoteurs. Nous voulons réquisitionner les logements vacants, expérimenter l'encadrement des loyers, favoriser l'habitat participatif et les foncières solidaires."
  • "Passer d'une démocratie intermittente à une démocratie permanente avec de nouveaux outils" établis à l'issue d' "assises du pouvoir partagé"

Oui à une union, mais avec l'écologie en chef de file

Pierre Hurmic et ses soutiens l'ont martelé à plusieurs reprises : ils y vont "pour gagner" :

"Nous sommes aujourd'hui la 2e force politique locale, en témoigne le bon score des écologistes lors des dernières élections européennes à Bordeaux. Nous autres écologistes, nous prêchions dans le désert depuis longtemps. Mais le désert avance et nous sommes de mieux en mieux entendus. Nous n'avons jamais été aussi légitimes."

La question du jeu des alliances avec d'autres forces de gauche est bien sûr sortie lors de la conférence de presse. D'autant plus que des passerelles existent : Pierre Hurmic le reconnaît lui-même, sur la question de l'immobilier les propositions du PS sont proches. Sur ce point, Pierre Hurmic et son équipe se montrent catégoriques : ce sera aux autres de se rallier sous la bannière écologiste :

"Je ne veut pas de la vieille tambouille du passé. Il n'y aura pas de discussions entre appareils politiques. Je suis mon chemin, soit ça les intéresse, soit ce n'est pas le cas. Si on peut fédérer, tant mieux mais le préalable sera de signer l'Appel de Bordeaux et de faire de l'urgence écologique une priorité. Mais il serait inconcevable qu'à Bordeaux, on n'ait pas une liste tirée par un ou une écologiste. Une coalition de partis ne nous fera pas sortir de cette voie. Quant à moi, j'ai une certaine légitimité, une cohérence, une expérience."

Tout en prenant bien soin de replacer le sujet dans un contexte global : "Ce n'est pas une candidature personnelle ni celle d'Europe Ecologie Les Verts, c'est une aventure réunissant la famille écologiste. Si d'autres veulent y participer, ils sont les bienvenus. On discute, mais à partir de cette trame-là." Quid de Vincent Feltesse, l'ancien président de la Communauté urbaine de Bordeaux, candidat lui aussi et qui prône entre autres un gel des opérations urbaines d'aménagement ? "Il le dit lui-même, il est dans son couloir. Et il est difficile de discuter avec les gens qui sont dans leur couloir."

Pierre Hurmic, chef de file écologistes municipales Bordeaux avec sess soutiens

Pierre Hurmic entourés de représentants de différents soutiens et mouvements écologistes lors de l'officialisation de la campagne à Darwin (photo ¨La Tribune / Mikaël Lozano)

Supprimer la cogestion

Dans son couloir, le mouvement mené par Pierre Hurmic l'est lui aussi, assurément. Il aura l'occasion de présenter ses bases lors du Forum pour l'alternance organisé par Bordeaux Maintenant, EELV, Génération.S, le Mouvement des progressistes, Nouvelle Donne, le Parti communiste, le Parti radical de gauche, le Parti socialiste, Place publique, les Radicaux de gauche. Samedi 28 septembre de 10h à 17h30, une consultation citoyenne autour des priorités pour 2020 est programmée à la salle Pierre Tachou, 44 rue Joseph Brunet à Bordeaux Bacalan. Plusieurs ateliers s'y tiendront toute la journée. "Les formations organisatrices du forum souhaitent faire du résultat de ce travail collectif, la première étape d'une convergence de toutes les bonnes volontés écologistes et sociales de la ville", indiquent-elles. Il y sera peut-être question de la cogestion, en vigueur à la Métropole de Bordeaux, basée sur une gestion coopérative de la communauté entre forces de gauche et de droite. Une mécanique que les écologistes veulent balayer :

"L'addition des égoïsmes des maires ne fait pas une politique d'intérêt général, cingle Pierre Hurmic. La cogestion n'est plus adaptée. La Métropole ne peut plus être un club de maires et de leurs représentants venus faire du troc : « Je te vote ton stade, tu me votes ma piscine. » Pas avec un budget d'1,7 milliard d'euros."

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