Immobilier, transports, football... rentrée chargée pour Alain Juppé

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Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, lors de sa conférence de presse de rentrée le 14 septembre 2018
Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, lors de sa conférence de presse de rentrée le 14 septembre 2018 (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
Le maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole a fait le point, ce vendredi matin devant la presse et entouré par les conseillers métropolitains, sur les principaux dossiers de la rentrée concernant son territoire. De la vente future des Girondins de Bordeaux aux difficultés de transports et de stationnement, l'élu a approfondi les fronts sur lesquels il est engagé. Morceaux choisis.

Bordeaux, ville de travaux

Après avoir évoqué une fréquentation touristique stable cet été, Alain Juppé est passé à un sujet "moins sexy", de son propre aveu, mais pourtant crucial : les travaux qui constellent la ville et perturbent tant la circulation que l'activité des commerçants. "J'ai formulé la demande expresse de ne pas ouvrir de nouveaux chantiers hors urgences", indique le maire, qui enjoint également les entreprises du BTP à reprendre plus rapidement la voirie une fois leurs travaux effectués.

Les transports

Sur le front de la ligne à grande vitesse, Alain Juppé s'est réjoui des bons résultats de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Paris, "qui est devenue un train du quotidien" pour nombre d'entrepreneurs et salariés, mais a aussi souligné qu'il n'avait aucune nouvelle concernant la prolongation de la ligne vers Toulouse, dont le calendrier est toujours aussi incertain. Alors qu'on se dirige, sous réserve de financement de la ligne, vers un phasage en deux temps, Alain Juppé aurait "préféré voir d'abord réalisé le tronçon Bordeaux - Agen" plutôt que Toulouse - Agen mais on comprend qu'il s'en contentera si cette prolongation finit par voir le jour.
Rappelant au passage que selon la dernière enquête Ifop sur le climat municipal, 93 % des Bordelais ont dit être satisfaits d'y vivre, Alain Juppé dit avoir fixé au rang des priorités "l'amélioration des déplacements quotidiens". Pour cela, "il faut agir à trois niveaux" :

  • L'échelle nationale : "L'Etat est propriétaire de la rocade, a rappelé l'élu. Mais nous en finançons 50 %. 18 des 25 plus gros bouchons dans la métropole sont localisés sur la rocade, même s'il y a eu des avancées." Le président de Bordeaux Métropole a expliqué avoir écrit à la ministre des Transports Elisabeth Borne en lui demandant un transfert de la propriété de la rocade de l'Etat vers la Métropole. Quid de la création d'un grand contournement autoroutier qu'il défend depuis plusieurs années ? "Je laisse le dossier sur la table pour les prochaines années."
  • L'échelle régionale : Alain Juppé attend beaucoup des travaux du Syndicat mixte intermodal de Nouvelle-Aquitaine, mis sur les rails en juillet dernier. Et notamment un meilleur cadencement des TER.
  • L'échelle métropolitaine : l'extension du réseau de transports en commun est en particulier citée, avec les nombreux projets en cours dont l'extension du tramway. Sur le sujet, une trentaine de nouvelles rames vont être injectées sur le réseau d'ici 2020. Le président de Bordeaux Métropole espère également pouvoir implanter un nouveau dépôt, peut-être sur la rive droite. Le plan vélo a également été abordé, avec le souhait de voir des pistes cyclables plus larges et non interrompues. Et Thales en a pris pour son grade : "Nous avons confié le marché de la billetique sans-contact des transports en commun à une petite société d'électronique peu connue, du nom de Thales", a ironisé Alain Juppé, "profondément mécontent". "Les tests ne sont pas encore totalement satisfaits, ce qui aura généré deux ans de retard." Par conséquent, la "tarification sociale" attendra début 2019.

Construire ou pas

Densification de l'habitat ou étalement urbain ? Alain Juppé choisit la première option : "Nous sommes dans une agglomération sous tension et sans doute même en pénurie de logements. Je pense qu'il faut continuer à construire." Mais dans le même temps, les maires des communes alentours ne se bousculent pas pour autoriser de nouveaux programmes, à l'instar du maire de Pessac Franck Raynal qui défendait il y a quelques jours sa vision du "slow building". Alain Juppé a également rappelé que qui dit nouveaux programmes immobiliers dit nouveaux équipements, voiries... et donc factures à l'avenant pour les mairies. Pour l'instant, la politique volontariste semble avoir du mal à séduire nombre d'élus des 28 communes de la métropole, l'œil rivé au taux d'endettement de leur commune alors que les dotations de l'Etat se raréfient. "Nous ne voulons pas construire pour Airbnb" : le maire de Bordeaux a aussi eu un moment pour la plateforme et ses consoeurs, accusées de "changer la nature des quartiers" et d' "être une cause de l'éviction des étudiants" du cœur de la métropole.

Le stationnement

Alain Juppé estime avoir "commis une erreur" en menant sur le même front l'extension du stationnement payant sur tout un quartier en même temps que la refonte de la méthodologie de contrôle. Pour mémoire, une société privée est désormais chargée de vérifier que les automobilistes ont bien réglé leur stationnement. Auparavant, "le stationnement était payant, pas payé", a illustré le maire, affirmant qu'il ne croyait guère au chiffre de 50 % d'automobilistes réglant la note qui était avancé par le passé. "Nous sommes maintenant à 95 %", annonce Alain Juppé. Les deux dossiers seraient donc "entrés en collision" et l'élu confirme le moratoire décrété sur l'extension des zones de stationnement payant, "sauf demandes expresses de riverains d'une rue ou d'un quartier".

Ford Aquitaine Industries

L'usine Ford Aquitaine Industries est menacée depuis que le constructeur américain a annoncé vouloir s'en retirer. FAI emploie 800 salariés à Blanquefort. "Il nous faut garder notre cohésion pour que la reprise de l'usine se fasse dans les meilleures conditions possibles", a jugé Alain Juppé. Confirmant du même coup, si besoin était, que Ford ne reviendra pas sur sa décision.

Les Girondins de Bordeaux et son repreneur américain

C'est peut-être LE sujet de la rentrée. Les Girondins sont depuis plusieurs semaines tout en haut de l'affiche, pas (encore ?) pour leurs résultats footballistiques mais plutôt parce que l'identité du futur repreneur du club interroge. Le fonds américain General American Capital Partners (GACP) attend que Bordeaux Métropole se réunisse en conseil le 28 septembre pour que la vente soit confirmée. Alain Juppé et Joe DaGrosa, président de GACP, se sont rencontrés hier jeudi à la mairie de Bordeaux. "Je me suis toujours abstenu de m'immiscer dans le fonctionnement du club, a rappelé le président de Bordeaux Métropole, mais ce qui m'importe c'est que les garanties apportées par M6 au moment de la signature du partenariat public - privé (concernant le loyer du stade Matmut Atlantique, NDLR) soient confirmées par GACP. » Alain Juppé attendait trois types de garanties, quel que soit l'avenir sportif du club :

  • la confirmation que GACP paierait ces 3,7 millions d'euros de loyer annuel ;
  • La participation financière à l'entretien de la pelouse ;
  • la redevance au prorata du chiffre d'affaires réalisés par les Girondins préservée.

Sur ces trois points, Alain Juppé dit avoir obtenu satisfaction, matérialisée notamment par une lettre d'intention validée, des capacités juridiques de GACP à s'engager confirmées par un expert indépendant, et des comptes du fonds certifiés et transmis. Une délibération sera donc présentée le 28 septembre en conseil métropolitain pour que les obligations du groupe M6 soient transférées à GACP.

Reste un point plus éthique : le fait que GACP rachète le club via une société certes française mais rattaché à une holding basée au Luxembourg. L'élu d'opposition à la mairie de Bordeaux, Matthieu Rouveyre, est aussitôt monté au créneau, agitant la menace d'une volonté de la part de GAPC d'échapper au moins en partie aux impôts français. Alain Juppé a doublement répondu, glissant au passage un message aux clubs des supporters qui craignent de leur côté que le rachat des Girondins serve au blanchiment "d'argent sale", selon leurs mots : "Si toutes les sociétés implantées au Luxembourg étaient considérées comme recyclant de l'argent sale, cela ferait des dégâts !" Le maire dit n'avoir "aucune raison de douter" de GACP et estime même que ce rachat "est une chance pour le club" : "Tout ça est absurde. Je ne comprends pas trop cette campagne, le mot « argent sale » est grave. Le club repart dans des conditions plus favorables car la dette de 60 M€ du club envers M6 sera effacée."

L'avenir municipal d'Alain Juppé

A chaque conférence de presse de rentrée, la question revient. Et sans surprise, Alain Juppé n'a toujours pas confirmé qu'il serait candidat à la réélection à la mairie. L'élu affirme n'avoir pas pris de décision et repousse toute annonce "au milieu de l'année 2019". C'est six mois de moins par rapport au calendrier initialement avancé, c'est aussi 6 mois de plus pour faire - éventuellement - campagne. "Ce n'est pas une question à l'ordre du jour, même si elle vous taraude", a répondu Alain Juppé dans un sourire.

L'instant cocasse

Sur la fin de la conférence de presse surgit une nouvelle question dans le public : "Souhaitez-vous que Virginie Calmels reste à vos côtés ?" Allusion à leurs relations réputées difficiles depuis que la première adjointe au maire et vice-présidente de Bordeaux Métropole a rallié Laurent Wauquiez dans la course à la présidence des Républicains, avant de se voir éjectée de la vice-présidence du parti. Alain Juppé répond à la question par l'affirmative. Pour preuve, "elle est là, d'ailleurs !", lance-t-il avant de tourner la tête et de s'aperçevoir que Virginie Calmels, présente au début de la conférence de presse au premier rang tout à sa gauche, s'est éclipsée discrètement. "Ah non, elle est partie. On va encore imaginer des choses...", sourit le maire devant les rires de la salle, avant de lui adresser un bon point : "Virginie Calmels nous a beaucoup apporté sur le plan du développement économique."

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