Locations étudiantes : l'offre accuse une baisse de 21% à Bordeaux !

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La population étudiante s'est accrue de 23 % depuis dix ans à Bordeaux
La population étudiante s'est accrue de 23 % depuis dix ans à Bordeaux (Crédits : Université de Bordeaux)
"Catastrophique", "extrêmement préoccupante"... Pour la troisième rentrée consécutive, la recherche d'un logement à louer à Bordeaux Métropole ressemble à un parcours du combattant pour les étudiants de l'académie. La faute à une baisse de 21 % du nombre de logements mis sur le marché locatif bordelais, selon l'Unis. Un véritable assèchement de l'offre face à une demande toujours croissante.

"On n'a plus rien à vous proposer..." Cette phrase, de nombreux étudiants bordelais et néo-bordelais à la recherche d'un logement l'ont entendu ces dernières semaines tant la situation est tendue sur le marché locatif en cette rentrée 2018 à quelques semaines de la reprises des cours à l'université. "La situation est catastrophique. On reçoit en moyenne cinq à six personnes par jour désespérément à la recherche d'une location étudiante et on n'a tout simplement rien à leur proposer. C'est la même pénurie que l'an dernier", rapporte Olivia Lachambre, responsable de l'agence Guy Hoquet Bordeaux Chartrons. Signe inquiétant, cet assèchement du marché est intervenu particulièrement tôt cette année : dès la mi-juillet, voire même début juillet ! "Ceux qui sont au courant de la situation ont pris une location dès le mois de juin pour être sûr d'avoir un appartement à la rentrée... quitte à payer deux mois pour rien", explique la professionnelle.

"La situation est extrêmement préoccupante"

Un témoignage confirmé par les données collectées par Daniel Seignat, gérant de l'agence Actia Concept et président de l'Unis (union des syndicats de l'immobilier) régionale, qui rassemble 40 adhérents à Bordeaux :

"La situation est extrêmement préoccupante sur le marché locatif étudiant. Tous nos membres nous disent qu'ils n'ont plus de quoi répondre à la demande depuis le mois de juillet alors qu'il y a encore quatre ans on ne constatait pas de pénurie avant la mi-septembre."

Et pour cause, alors que la situation était déjà très tendue à la rentrée 2017, l'Unis indique qu'à la fin août 2018 l'activité locative de ses membres est en recul de 21 % à Bordeaux par rapport à l'an dernier. Une offre qui s'assèche considérablement alors même que la population étudiante s'est accrue de 23 % depuis dix ans, soit un gain de plus de 18.000 étudiants. Bordeaux compterait désormais plus de 95.000 étudiants, selon le magazine "l'Etudiant".

L'impact des locations Airbnb se fait ressentir

Les effectifs des étudiants inscrits à l'Université de Bordeaux pour 2018/2019 sont estimés à 56.000, sans afflux massif à ce stade. La tendance devrait donc être similaire à celle de l'an dernier : l'Université avait observé un gain de 900 étudiants. "Nous sommes très préoccupés par la situation des étudiants en recherche de logement et nous lancerons dans les prochains jours un nouvel appel aux personnels de la communauté universitaire pour les inciter à proposer des chambres ou des logements via notre plateforme dédiée", indique l'Université de Bordeaux. L'an dernier, c'est le recteur de l'académie de Bordeaux, Olivier Dugrip, qui avait publiquement demandé aux propriétaires privés de louer leur bien à des étudiants.

Et pour cause, il semble bien qu'une partie non négligeable de ces propriétaires se soit évaporée, attirée par la rentabilité des locations meublées touristiques de type Airbnb. Pour Daniel Seignat, le phénomène est apparu de manière très nette lors de l'Euro 2016 de football et n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis. Selon l'observatoire piloté par Matthieu Rouveyre, près de 10.000 offres de logements entiers sont actives à Bordeaux sur Airbnb, sans compter ses concurrents. Beaucoup sont des studios ou des petits appartements du centre-ville, habituellement très prisés des étudiants.

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Mais pour le président de l'Unis, d'autres facteurs entrent également en jeu dont une "fiscalité dissuasive pour les propriétaires vis-à-vis de l'activité locative classique" et un marché qui tend à se rigidifier de lui-même : "Comme le marché locatif est objectivement plus tendu, les étudiants, et les locataires en général, sont plus frileux et attendent d'avoir trouvé un autre logement avant de déposer leur préavis, qui a été réduit à un mois. Mais, du coup, leur appartement n'arrive pas non plus sur le marché et c'est le serpent qui se mord la queue", analyse Daniel Seignat.

De son côté, le Crous Bordeaux Aquitaine (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires), qui dispose de 7.500 places dans ses résidences étudiantes à Bordeaux Métropole et loge environ 10 % des étudiants de l'Université, affiche également complet. Une nouvelle résidence de 257 places vient d'être mise en service à Pessac pour la rentrée 2018/2019. Le contrat de plan Etat - Région prévoit bien la construction de 2.000 logements supplémentaires d'ici à 2020 mais, dans l'immédiat, le Crous confirme seulement l'ouverture d'une nouvelle résidence de 400 places, à Pessac, pour septembre 2019 et la réhabilitation de 300 logements, qui sera lancée à cette date toujours à Pessac. La pénurie risque donc d'avoir encore de beaux jours devant elle.

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Commentaires
a écrit le 06/09/2018 à 18:07 :
Oui parce que sans ses étudiants Bordeaux perdrait vite son âme c'est une certitude.

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