Pourquoi la Robocup 2020 est stratégique pour la robotique française

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L'équipe Rhoban, projet de recherche scientifique du Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri), a été sacrée deux fois consécutivement championne du monde lors de la Robocup
L'équipe Rhoban, projet de recherche scientifique du Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri), a été sacrée deux fois consécutivement championne du monde lors de la Robocup (Crédits : Stefan Hoyer)
La France vient de déposer un dossier de candidature pour accueillir à Bordeaux, en 2020, la Robocup, plus grande compétition de robotique et d'intelligence artificielle au monde. L'événement, qui met aux prises des robots de tous types dont des footballeurs, accueille chaque année 40.000 visiteurs. L'objectif, au-delà de la manifestation, est de stimuler la filière robotique française et la recherche mondiale, tout en suscitant des vocations chez les plus jeunes.

Née en 1996, la Robocup s'est progressivement ancrée comme un rendez-vous drainant chaque année 450 équipes venus de 45 pays, 3.500 participants, 40.000 visiteurs, et générant selon les années entre 7 et 15 millions d'euros de retombées en six jours. Le défi initial paraissait un peu fou : réussir à créer avant 2050 une équipe de robots totalement autonomes capables de battre l'équipe humaine championne du monde de football. Chaque année, la compétition choisit un nouveau théâtre. Mettant aux prises des équipes de robots footballeurs, humanoïdes ou non, sur des terrains de dimension réduite, la Robocup a progressivement élargi son spectre avec de nouvelles "ligues" abordant d'autres dimensions de la robotique : sauvetage lors de catastrophes, logistique dans l'industrie, aide à la personne et assistance domestique. Chacune oppose des engins autonomes, donc évoluant sans aucune intervention humaine, conçus à partir des recherches menées partout sur le globe dans les domaines de la robotique, de la mécatronique, de l'informatique, de l'électronique, de la mécanique, de l'internet des objets, de l'intelligence artificielle...

Robocup

Crédit photo Bart van Overbeeke Fotografie

Reconnue notamment pour la qualité de la recherche sur ces sujets mais encore peu pourvoyeuse d'équipes, la France entend bien décrocher l'organisation à Bordeaux de la Robocup en 2020, du 23 au 29 juin. En ce sens, deux premières étapes viennent tout juste d'être franchies avec succès. Fin janvier, la Fédération Robocup Internationale vient de valider la création du comité Robocup France. L'Hexagone est donc désormais autorisé à proposer des compétitions de robotiques placées sous cette "marque" qui fait autorité. Le Comité français est présidé par le Bordelais Olivier Ly. Maître de conférences au Laboratoire bordelais de recherche en informatique, le Labri (Université de Bordeaux - CNRS - Bordeaux INP), il est aussi le chef de file de l'équipe Rhoban, double championne du monde de football dans la ligue robots humanoïdes (catégorie kid size).

Revoir l'intervention d'Olivier Ly et sa présentation de la Robocup effectuée lors de l'événement Biznext Bordeaux 2017, organisé par La Tribune (à partir de 22'30)

Une seconde étape dans ce projet vient d'être franchie avec le dépôt officiel du dossier français de candidature pour accueillir la Robocup 2020.

Verdict le 22 juin prochain

Cette candidature est pourtant partie d'une blague : un tweet amusé de la chef d'entreprise bordelaise Agnès Passault, fondatrice du groupe Aliénor - Aquitem, présente lors de la Robocup 2015. Sans y croire une seule seconde de son propre aveu, elle mettait humoristiquement au défi les passionnés bordelais de robotique de réussir à faire venir l'événement à Bordeaux en 2020. Depuis, un travail important a été mené par plusieurs chevilles ouvrières bordelaises dont Olivier Ly ou encore Jean-François Laplume. Les organisateurs ont mis toutes les chances de leur côté en s'appuyant également sur le professeur Dominique Duhaut. Nommé président du comité d'organisation français, cette sommité mondiale est l'un des cofondateurs de la Robocup en 1996 et a organisé l'événement à Paris en 1998. Il maîtrise donc le sujet sur le bout des doigts. Doigts qui sont croisés en attendant le 22 juin, date à laquelle le nom du pays hôte sera révélé lors de l'édition 2018 à Montréal. Les autres pays candidats ne se sont pas encore manifestés.

Les partisans de la candidature française entendent maintenant faire passer plusieurs messages et démontrer que loin d'être un événement bordelo-bordelais, la Robocup 2020 peut devenir un véritable stimulant pour la robotique hexagonale et ses disciplines voisines. Faire jouer des robots footballeurs autonomes certes, mais plus ou moins maladroits et incapable de dépasser la vitesse d'1 km/h, est-ce bien sérieux ?

"Il y a 25 ans, c'est le jeu d'échecs qui était mis en avant, posant des problématiques statiques et théoriques. IBM a réussi en 1997, avec Deep Blue, à battre la légende du jeu Garry Kasparov. Nous nous sommes dit que si nous arrivions à faire évoluer de manière autonome des robots derrière une balle qui bouge tout le temps, dans un univers physique et avec un adversaire qui cherche à l'empêcher de marquer, alors nous serions en capacité d'être pertinent en entreprise, au domicile du public...", explique Dominique Duhaut.

Robocup Arya

Le robot bordelais Arya, buteur de l'équipe Rhoban (photo Agence Appa)

La même remarque sur l'intérêt de robots footballeurs fait bondir Jean-François Laplume, engagé de longue date dans le montage de la candidature française et membre du comité d'organisation :

"Derrière la Robocup, il y a des enjeux économiques et sociétaux forts. Bien sûr, Bordeaux et son écosystème a intérêt à ce que la candidature française soit retenue, de manière à maximiser le business qui y sera généré pour les acteurs de la robotique, du drone, de l'intelligence artificielle... Mais l'événement présente un intérêt à long terme pour toutes ces disciplines car il permet un diagnostic partagé sur les points de blocage qui empêchent d'aller plus loin, et qui ont des conséquences sur la domotiques, les exosquelettes, les prothèses... Le football et ses règles, c'est le prétexte pour faire converger l'ensemble des recherches et de dire : voici ce sur quoi on butte, voici les objectifs communs que l'on peut établir."

Quid alors du contraste avec par exemple les robots glamour de la société américaine Boston Dynamics, stars des réseaux sociaux depuis qu'ils savent faire des saltos arrière ou ouvrir des portes ?

"Les objets de recherche ne sont pas les mêmes, poursuit Jean-François Laplume. La Robocup permet de faire avancer des sujets différents tels que le renforcement de l'autonomie de décision donc sans intervention humaine, la marche bipédique, la miniaturisation... L'objectif est de lever ensemble des freins technologiques. Il faut sortir de l'image futile des robots qui avancent derrière un ballon : c'est une compétition scientifique et technique avant tout avec des solutions les moins chères possibles et un champ applicatif très vaste."

Sensibiliser les jeunes publics

Les roboticiens français ne s'en cachent pas, ils visent aussi à sensibiliser le jeune public à ces questions et à générer des vocations. Un premier pas sera d'ailleurs franchi avec l'organisation à Bordeaux, du 3 au 5 mai prochains à l'Enseirb-Matmeca, d'une Robocup junior accueillant 700 enfants. Le rectorat de Bordeaux y voit justement "une belle occasion de présenter ces sujets et d'accompagner les jeunes qui iront vers les métiers de demain".

D'autres temps forts sont programmés dans les prochains mois un peu partout en France, avec pour objectif de voir le nombre d'équipes enfants comme adultes exploser. Parallèlement, le comité organisateur cherche à maximiser les soutiens de tous types. La Région Nouvelle-Aquitaine et Bordeaux Métropole, l'Université de Bordeaux et la Fédération française de robotique, ainsi que plusieurs entreprises privées se sont déjà mobilisées. Un appel est d'ailleurs lancé à tous ceux qui souhaitent apporter leur pierre à l'édifice.

"La Robocup est un lieu d'échange, de rencontre avec les donneurs d'ordre, les sociétés innovantes, les chercheurs et les universités, détaille Jérôme Laplace, fondateur de Génération Robots. C'est un point de contact mais aussi un prétexte pour faire de l'éducation des plus jeunes autour des sciences. Il y a beaucoup de savoir-faire en Nouvelle-Aquitaine et la région est donc légitime pour accueillir l'événement."

Bernard Uthurry, vice-président du Conseil régional en charge du développement économique, et Alain Turby, conseiller métropolitain en charge du numérique, ne disent pas autre chose : tous deux louent les pépites régionales, et se sont par ailleurs surpris eux-mêmes à donner de la voix pour encourager les robots de l'équipe bordelaise Rhoban lors de la dernière Robocup à Nagoya...

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Commentaires
a écrit le 14/03/2018 à 17:24 :
la référence à la double victoire de l'équipe bordelaise (ENSEIRB, Labri et IUT Bordeaux) en 2016 et 2017 à la Robocup est un peu furtive.

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