Comment la robotique et l'industrie poussent la porte de l'éducation

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Robotique et cobotique visent à améliorer la productivité tout en abaissant le niveau de pénibilité de certains métiers dans l'industrie
Robotique et cobotique visent à améliorer la productivité tout en abaissant le niveau de pénibilité de certains métiers dans l'industrie (Crédits : © Benoit Tessier / Reuters)
En Nouvelle-Aquitaine, l'industrie est le secteur le plus mature en termes de robotique car il reste le domaine où la réduction de la pénibilité est un enjeu majeur. La cobotique permet justement à des robots collaboratifs de soulager les hommes dans leurs tâches répétitives et pénibles. Elle devient même un savoir-faire régional qui compte bien se développer dans les prochaines années. Particulièrement en collaboration avec l'Éducation Nationale et les jeunes, ses futurs salariés.

"On a un véritable effort à faire pour reconquérir l'appétit de nos jeunes pour les métiers de l'industrie, la production, de la fabrication à travers des parcours extrêmement qualifiés", encourage Bernard Uthurry, vice-président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge du développement économique et de l'économie numérique. Un partenariat est né de ce constat entre le cluster Aquitaine Robotics, qui structure la filière robotique régionale, et le cluster EdTech, qui regroupe les startups du numérique éducatif en Nouvelle-Aquitaine. Des collaborations directes se sont multipliées naturellement avec le monde de l'enseignement, comme par exemple avec la Philomathique de Bordeaux. Cette "école poly-techniques des apprentissages" dispense des formations professionnelles et des ateliers de loisirs & perfectionnement. Depuis 2015, elle utilise une boîte à outils numérique appelée Webforce3.

"Avant 2014, il n'y avait pas d'alternatives au Bac + 3 ou + 5 pour des formations dans la robotique, souligne Patrick Bergey, directeur général de la Philomathique. Avec Webforce3, nous pouvons toucher des publics sans prérequis et leurs offrir une formation liée à la robotique industrielle. Aujourd'hui nous avons des élèves ingénieurs qui réfléchissent à savoir comment des robots connectés, des cobots, vont pouvoir remplacer les gestes qui blessent et qui tuent et comment préparer les entreprises de demain."

Séduire les jeunes en donnant du sens à leur futur travail

En Nouvelle-Aquitaine, le cluster Aquitaine Robotics compte une centaine d'adhérents dont deux-tiers d'entreprises. La cobotique est devenue un des développements majeurs du secteur, principalement dans l'industrie. Son essor pourrait être un moyen de séduire les futurs salariés de l'utilité de leur emploi. Pour le moment ces robots participatifs sont essentiellement des petits robots poly-articulés qui permettent des interactions avec l'homme. Certains sont dotés de capteurs qui permettent le toucher et le contact physique.

"Dans un souci d'améliorer les conditions de travail, on s'achemine vers des robots de plus grosses tailles très sécurisés, souligne Bertrand Deraigne, animateur et secrétaire du cluster Aquitaine Robotics. Avec la cobotique nous ne sommes pas uniquement dans la recherche de compétitivité. Bien sûr qu'elle le permet, mais elle est avant tout là pour soulager l'homme de tâches répétitives et pénibles, tout en conservant son savoir-faire. La cobotique ou l'utilisation de ces robots, les cobots, peuvent revêtir différentes formes d'utilisation que ce soit de sécurité ou de qualité."

Aujourd'hui le cluster représente 2.000 emplois dans la cobotique en Nouvelle-Aquitaine, en excluant les grands groupes qui possèdent déjà une branche robotique tels que ArianeGroup ou encore le numéro un mondial des solutions technologiques intégrées pour les industries de la découpe, Lectra.

La cobotique dans l'agriculture et dans le service à la personne

D'autres secteurs de la cobotique sont également en voie de structuration et pourraient attirer les jeunes, comme dans l'agriculture et la viticulture. Une des dernières innovations créées par un membre du cluster, Rhoban, est un robot permettant de planter avec une précision centimétrique des plans de végétaux. Cela permet une réduction de l'utilisation des pesticides, mais également un travail manuel de moins pour l'agriculteur ou le viticulteur.

Le second secteur en voie de développement est celui lié aux services à la personne. Notamment pour les personnes âgées désireuses de rester vivre à leur domicile. Ainsi la cobotique tente de se faire une place dans la Silver Économie. Elle permettrait de soulager les tâches des aides-soignants, mais aussi de toucher un public plus large comme les personnes en situation de handicap et même les valides. Pour le moment, cette facette de la robotique en est à ses balbutiements. Les robots sont programmés pour effectuer des tâches simples et très précises, comme remplir un verre d'eau et l'apporter. Seulement il faut bien le préparer à l'avance pour que cela fonctionne parfaitement. La main de l'homme est encore indispensable à ce stade des recherches.

Attirer les jeunes à la robotique par la compétition

Le rectorat de Bordeaux voudrait être précurseur en matière d'enseignement de la robotique. Pour cela, il compte faire participer pour la première fois des classes à la Coupe du monde de football des robots, la RoboCup au niveau junior en 2019 à Sydney. Déjà, la Nouvelle-Aquitaine s'y est distingué en 2016 et 2017 en remportant la compétition avec l'unique équipe nationale, Rhoban, issue du laboratoire de recherche Labri à Bordeaux.

"Le ministre l'a encore précisé en septembre : l'Éducation nationale doit être en première ligne sur l'intégration des EdTech dans l'éducation. La Coupe du monde de football des robots junior est un projet attrayant pour les jeunes. Ils travaillent en équipe, se placent dans un projet et apprennent à avoir de l'empathie pour l'autre. Ce sont des notions importantes qui permettent des compétences transversales qu'ils auront à maitriser demain. Ils sont emmenés à changer de métier tous les dix ans. L'implication de l'Éducation nationale dans ce secteur est donc une des priorités", juge Sébastien Gouleau, délégué académique au numérique du rectorat de Bordeaux.

Le Salon européen de l'éducation, qui a eu lieu du 17 au 19 novembre à Paris, a d'ailleurs innové cette année en installant un village robotique mêlant des entreprises et des terrains d'entraînement de compétitions robotiques. Cet espace était à l'initiative du cluster Aquitaine Robotics et de la Ligue de l'enseignement.

Des industriels déjà séduits

Ces multiples possibilités actuelles et futures ont permis l'émergence de nouveaux acteurs en lien avec l'éducation, poursuit Sébastien Gouleau :

"En Nouvelle-Aquitaine on cherche vraiment à impliquer les entreprises du secteur qui sont souvent des startups. On leur offre un terrain d'expérimentation en les laissant venir dans les classes pour expérimenter leurs solutions logicielles. Tout ce qui est développé est avant tout à destination des élèves pour améliorer leur quotidien et le numérique bien évidemment va dans ce sens."

Il s'agit de faire comprendre aux élèves la logique du mécanisme des robots comme on apprend à lire et à écrire. Une coopération qui a fait mouche auprès d'industriels tel que Cyril Dané, le directeur général d'AIO, une entreprise qui travaille autour de solutions réduisant la pénibilité dans le secteur automobile.

"L'industrie a un vrai rôle à jouer dans l'éducation, estime-t-il. Il est important de faire sa promotion auprès des jeunes car elle concentre des métiers d'avenir. On souhaite montrer que c'est un secteur où les jeunes vont pouvoir s'ouvrir au monde par une montée en compétence grâce à des bases apprises à l'école."

La robotique industrielle donne des signes de maturité. Elle est considérée "en bonne croissance" en Nouvelle-Aquitaine par Bertrand Deraigne. "Particulièrement dans l'aéronautique ou l'automobile. Il y a une tension sur les recrutements. Ce qui permet aussi de travailler sur l'évolution des compétences et les possibilités de faire des formations."

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