Robotique et intelligence artificielle : encore du chemin à faire pour rejoindre la fiction

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Vision de cauchemar du film Terminator, cité en exemple par le duo Fanny Bouton - Olivier Ezratty
Vision de cauchemar du film Terminator, cité en exemple par le duo Fanny Bouton - Olivier Ezratty (Crédits : Warner Bros)
Un gouffre sépare encore les fantasmes de la science-fiction de la réalité tangible de la robotique et de l'intelligence artificielle, selon les spécialistes de l'innovation Olivier Ezratty et Fanny Bouton. Le duo a ouvert ce mercredi matin l'événement La Grande Jonction, à Bordeaux, par un exposé convoquant Terminator, Jarvis, Astroboy...

"Intelligence artificielle et robotique humanoïde" : le duo composé d'Olivier Ezratty et de Fanny Bouton, tous deux spécialistes éclairés de l'innovation et des nouvelles technologies, a arpenté ce thème central ce matin lors de la Grande Jonction, l'événement annuel bordelais de la transformation digitale organisé par la Ville de Bordeaux et Bordeaux Métropole. Un exposé assez ludique, truffé de références à la culture cinématographique, qui a embrayé sur la question des véhicules autonomes.

Olivier Ezratty le dit sans ambages : bardée de capteurs, "la voiture autonome a de meilleurs sens que nous. Elles savent rouler sur des zones protégées avec de larges trottoirs, pas ou peu de piétons, pas de cyclistes." Le souci est le suivant : "L'homme est imprévisible. La question du développement du véhicule n'est pas tant une question de technologies que de gestion de l'environnement incertain qui l'entoure." Deux options se dégagent alors pour demain : allouer aux véhicules autonomes des zones réservées, ou carrément imaginer que la conduite humaine soit laissée sur le bord de la route. Olivier Ezratty n'exclut pas cette hypothèse à l'horizon des années 2030, avec une réglementation qui s'appuiera sur le fait que "l'accidentologie est sept fois inférieure pour les véhicules autonomes".

Le cerveau et son "maillage technique" inégalé

Fanny Bouton a ensuite pris la main pour aborder la robotique humanoïde, convoquant les spécimens observés dans Terminator, les Replicants de Blade Runner, Chapie, Ava l'androïde d'Ex Machina, Astroboy et Nono le robot... et ouvrant sur l'intelligence artificielle. Sujet immense, à la mesure de la complexité du cerveau humain fort de 86 milliards de neurones et d'un "maillage technique qu'aucun système artificiel n'est encore capable d'approcher". Le duo s'est livré à un détour par les intelligences artificielles généralistes (AGI), et notamment par Skynet dans Terminator, Jarvis dans Iron Man et Samantha dans le passionnant Her, dont tombe amoureux le personnage principal du film. La question qui revient est la même : à la fin, qui décide ?

Fanny Bouton et Olivier Ezratty ont largement dédramatisé : "Pour le moment, on se rapproche de ces assistants avec notamment les enceintes connectées mais on est très loin des intelligences artificielles fictionnelles. Elles sont encore très rudimentaires. Mais ces systèmes font peur à leur façon car ils stockent leurs données dans le cloud. Ce qui explique les initiatives telles que Mycroft.ai, Snips ou LinTO qui stockent la data en local." Verdict : nous sommes déjà ultra fichés. "On ne peut pas tenir une conversation avec une intelligence artificielle mais elles commencent à être utiles", précise Fanny Bouton.

Olivier Ezratty enchaîne : "Le mythe de l'AGI, l'intelligence artificielle capable d'opérer dans de nombreux domaines, est bâtie sur la loi de Moore (qui prévoit le doublement de la puissance des transistors utilisés dans l'informatique tous les deux ans, NDLR). C'est une illusion car la capacité d'une machine à imiter l'homme n'est pas seulement liée à la puissance de calcul mais aussi à sa propension à comprendre les processus d'apprentissage d'un humain. Dans notre cerveau, on a l'équivalent d'1 Go (gigaoctet) de mémoire vive, l'équivalent d'une petite clé USB, mais on a une intelligence capable de faire beaucoup de choses différentes."

En résumé, pour Olivier Ezratty : "Il y a des bouts d'intelligence artificielle, elle est un peu partout dans l'industrie, le commerce, le marketing mais elle reste étroite et hyper-spécialisée. Un robot peut skier ou jouer au ping-pong ou raisonner mais ne peut pas faire tout cela à la fois... Le futur n'est pas forcément fait pour rejoindre la science-fiction !"

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