L’innovation, vecteur de l’entrepreneuriat agricole

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La Forum Agriculture Innovation a rassemblé jeudi 200 personnes à l'Hôtel de Région à Bordeaux.
La Forum Agriculture Innovation a rassemblé jeudi 200 personnes à l'Hôtel de Région à Bordeaux. (Crédits : Appa)
La Tribune et la Région Nouvelle-Aquitaine organisaient jeudi à Bordeaux, en partenariat avec le Crédit agricole Aquitaine, le premier Forum Agriculture Innovation. Face aux défis qui s’imposent au monde agricole, l’innovation apparait désormais incontournable, assuraient les intervenants, en rappelant qu’il s’agit là aussi d’une clé pour assurer un mieux-être des agriculteurs.

Quel nouveau modèle agricole appuyé sur l'innovation ? Cette question était au centre des débats du Forum Agriculture Innovation qui se tenait jeudi après-midi à l'Hôtel de Région à Bordeaux. Les entreprises présentes sur le village des startups en donnaient quelques illustrations concrètes, avec Base Innovation, Ekylibre, Diimotion, Entomo Farm, Ertus Consulting, Robots Vitirover avant de laisser les intervenants donner leur vision de l'innovation et en développer les enjeux.

En ouverture du Forum, Lydia Héraud, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine déléguée à la viticulture et aux spiritueux, rappelait les défis qui attendent le monde agricole, en termes de besoins alimentaires, avec 10 milliards d'êtres humains en 2050, l'impact environnemental de l'activité sur l'eau, la nécessité de trouver un équilibre économique, à quoi s'ajoutent les changements climatiques impliquant pressions sociale et sociétale. Des bouleversements vont imposer une innovation sous toutes ses formes, et notamment dans une région qui est désormais la 1re ferme d'Europe, avec 80.000 exploitations, 180.000 emplois dans l'agriculture et l'agroalimentaire, soit le premier secteur économique de la région avec le vin, les grandes cultures, l'élevage, les fruits et légumes, les produits de la mer, représentant au final 157 signes d'identification de qualité d'origine.

"Il faut répondre aux grands enjeux de l'agriculture de demain : produire autant, voire plus et mieux en tenant compte de l'étalement urbain, des difficultés de la transmission des exploitations, de l'impact climatique. Cela demande une triple performance : économique, environnementale (pesticides, eau) et sociale (condition de vie et de travail). Il s'agir donc de construire l'agriculture 3.0, en développant les living labs, l'agroécologie, la génétique, etc.", expliquait Lydia Héraud.

Passer le stade du concret

Philippe Boyer, spécialiste de l'innovation et grand témoin de ce forum, rappelait en ouverture de son intervention ces mêmes défis, parlant pour ce nouveau monde en train d'émerger d'une "terra icognita agricole", la question étant de savoir comment faire en sorte que ces innovations profitent à tout le monde :

"L'innovation finit toujours par faire sortir l'économie de sa torpeur, c'est une idée qui a passé le stade du concret, qui intègre le meilleur des connaissances du moment, qui améliore concrètement la vie des gens ; l'innovation n'acquiert de la valeur que dans l'utilisation, les technologies sont neutres par nature, c'est ce que nous en faisons qui importe."

Innovation en mode commando

Yohan Delage, agriculteur en Charentes rejoignait Philipe Boyer sur cette nécessite de passer le cap de l'utilisation, lui qui travaille avec des constructeurs de machines agricoles pour développer des prototypes qu'il expérimente sur son exploitation : "Je n'aurais jamais fait ce métier sans le développement technologique car il est inconcevable de ne pas avoir de qualité de vie." "Si les technologies nous permettent de gagner du temps et de la souplesse dans le travail, on prend", témoignait Denis Chaussié, viticulteur et créateur du Drive Fermier qui met en relation producteurs et consommateurs locaux, venu témoigner que l'innovation peut aussi être dans la distribution et pas que dans les champs.

Reste qu'il faut être capable de se servir de ces nouveaux outils. C'est l'une des préoccupations de l'EPLEFPA (Etablissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole) Bordeaux Gironde qui s'est rapproché de l'Aerocampus et notamment du Data Space Campus, dédié aux usages et applications numériques liés à la donnée spatiale, parlant d'innovation en mode commando quand il s'agit de voir s'il est possible avec différentes filières de mettre au point une même formation :

"On part d'une approche agronomique sur la filière viticole, avec l'Aerocampus sur tout ce qui est drone, Reflet du monde sur le pilotage de drone, Telespazio pour la navigation et le traitement des données. L'idée pour nous est d'apporter une première approche en disant que dans le traitement vous aurez le choix du vecteur, du capteur, mais c'est la qualité d'utilisation qui fera la qualité de l'info délivrée. Notre démarche, c'est aussi de susciter une visibilité sur les types de postes possible."

Innover en commun

"Le chemin entre la connaissance, l'innovation et son impact passe par des partenariats", témoignait également Olivier Le Gall, directeur général délégué de l'Inra.
Exemple de démarche collaborative, le Pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation a suivi 400 projets depuis sa création en 2007 :

"On est sur le modèle collaboratif qui est important pour partager les coûts, les risques, et aller chercher des compétences que l'on n'a pas forcément pour favoriser l'innovation, avec des entreprises qui s'associent entre elles, avec des labos, pour des projets innovants de qualité qui derrière trouvent leur marché", expliquait Pierre Bourgault, directeur territorial Aquitaine du pôle qui donnait plusieurs exemples concrets de ces collaborations.

"Travailler avec les entreprises qui ont des besoins est le meilleur moyen d'assurer le transfert de technologie", assurait Gilles Brianceau, directeur général du Cluster Inno'Vin, dont le cœur d'activité est l'ingénierie de projets d'innovation surtout collaborative, pour des produits et services concrets qui vont répondre aux besoins de la filière, citant l'exemple du système de compostage des sarments mis au point par l'entreprise Souslikoff, le projet Exapta d'Ertus Group qui propose un logiciel d'aide à la planification pour l'épandage phytosanitaire, testé pendant deux ans à Chasse-Spleen, avec une baisse de 20 % de produits utilisés et de 50 % sur le coût du matériel, et pour lequel l'Inria a développé un algorithme.

Au sujet de l'enjeu des produits phytosanitaires, Laurent de Crasto, cofondateur de la startup Immunrise, rappelait que la France a fixé dans le cadre de son plan Ecophyto un objectif de -50 % d'intrants d'ici à 2050. Sa société est destinée à identifier ces solutions, dont par exemple une microalgue qui a des effets sur les champignons qui attaquent le blé, mais aussi sur d'autres cultures avec un effet in vitro de 100 % sur le mildiou ou un ralentissaient de la croissance du botrytis. Et c'est là que se pose la question du financement de l'innovation, avec une phase de mise sur le marché qui peut atteindre un coût de 2 M€ - "c'est 20 fois notre budget et c'est la problématique de beaucoup de startups qui veulent développer de nouveaux produits" - et des enjeux et défis nombreux : techniques, industriels (première usine de microalgues), réglementaires (autorisation de mise sur le marché), commerciaux (maîtrise de la propriété industrielle), financiers, politiques et sociétaux.

Jean-Christophe Roubin, directeur de l'agriculture de Crédit Agricole SA, n'a pas manqué l'occasion d'appeler les startups à rejoindre le Village by CA, créé par accompagner les porteurs de projets, lancé à Paris avant d'essaimer dans les régions, avec une ouverture à Bordeaux en février 2017 autour de 12 startups déjà sélectionnées et un potentiel de 20 à 30 : "Startups de l'agriculture, candidatez au Village aquitain", a-t-il lancé, citant les exemples de Votre Machine et Wefarmup.

"L'innovation est notre chance, Il faut passer d'une agriculture de compensation à une agriculture d'innovation, nous n'avons plus le choix", assurait en conclusion de ce Forum Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine évoquant l'aide de l'Europe aux agriculteurs : "Ça pourra continuer à la seule condition que l'on retrouve une chaîne de valeurs qui a été confisquée aux agriculteurs par la grande distribution."

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