Alain Rousset : "Nous devons accélérer la 3e révolution agricole"

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Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine (Crédits : Agence Appa)
Quelques jours avant le 1er Forum Agriculture Innovation, le 17 novembre à Bordeaux, le président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset explique comment il compte accompagner l'innovation agricole et quelles sont ses priorités.

Le Forum Agriculture Innovation, organisé par La Tribune et le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, aura lieu jeudi 17 novembre de 14 h à 17h30 au sein de l'hémicycle régional, 31 rue François de Sourdis à Bordeaux. L'événement est réservé aux professionnels de l'agriculture, de l'agroalimentaire, de la recherche et de l'enseignement. Il proposera des tables rondes, pitchs, un village des startups... Découvrez le programme et inscrivez-vous ici.

Alain Rousset, quelle est votre vision de l'agriculture innovante ? Quels sont les axes à travailler en priorité ?

"L'agriculture va devoir répondre aux besoins alimentaires de près de 10 milliards d'êtres humains d'ici à 2050, tout en réduisant son impact environnemental et fournissant des ressources pour des usages énergétiques ou la chimie verte. A cela il faut bien entendu rajouter les contraintes liées au changement climatique qui vont peser sur nos modèles agricoles. L'innovation doit nous permettre de régler ce défi multifactoriel. C'est pourquoi, nous devons accélérer la 3e révolution agricole, l'Agri-Tech, qui sera basée sur les nouvelles technologies et la bio-économie.
J'en veux pour preuve les techniques et technologies se développant de plus en plus dans le monde agricole et qui relevaient il y a encore seulement 5 ou 10 ans de la science-fiction : drones, robots, matériels et objets connectés, big data, analyses satellitaires...
Bien évidemment, au-delà d'être technologiques, ces innovations devront également envahir le champ social et organisationnel voire commercial. Deux priorités majeures sont à mon sens à privilégier : l'adaptation au changement climatique et les réponses à apporter aux attentes sociétales. Bien entendu, la Région Nouvelle-Aquitaine s'engage dès à présent aux côtés des acteurs professionnels souhaitant relever ce double défi, notamment au travers d'un plan ambitieux de réduction massive de l'utilisation des produits phytosanitaires dans le vignoble bordelais."

La Nouvelle-Aquitaine est la plus grande région agricole d'Europe. Quels sont ses points forts et sur quoi doit-elle s'améliorer ?

"En effet, pour la Nouvelle-Aquitaine, l'agriculture est une chance pour notre économie et l'emploi régional (première région européenne agricole en valeur) puisqu'en 2015 avec 8,6 milliards d'euros, le secteur agricole et agroalimentaire est la locomotive de l'export dans la région. Ainsi, à elles seules les industries agroalimentaires concentrent près de 28 % des exportations avec notamment les boissons (essentiellement vins et Cognac) qui représentent 4,2 milliards d'euros de ventes, soit le double des ventes de la construction aéronautique et spatiale. Ce dynamisme économique a bien entendu un impact fort pour l'emploi, en particulier dans les zones rurales, ce qui explique que la Région soit n°1 en Europe pour sa masse salariale agricole avec 130.000 emplois dans ce secteur.
Ses points forts sont non seulement nombreux mais également diversifiés avec des produits sous signes de qualité (157 signes d'identification de l'origine et de la qualité) dont les vins et spiritueux, une agriculture biologique en pleine croissance, des grandes cultures (maïs, blé, tournesol), des élevages leader (1re place nationale en bovins-viande, ovins et caprins), des fruits et légumes (melons, fraises, tomates...). A cela s'ajoutent également les produits de la mer, en particulier une filière conchylicole dynamique et leader en France.
A mon sens, il faut aujourd'hui travailler sur 3 sujets prioritairement : conforter et améliorer nos parts de marchés à l'export, soutenir et pérenniser des filières d'élevages - surtout bovines - qui traversent une forte crise structurelle, et poursuivre la modernisation de nos industries agroalimentaires."

Un triptyque innovation - recherche - formation

Votre objectif est de passer d'une agriculture de compensation à une agriculture d'innovation. Comment mettre en place un modèle d'agriculture innovant mais aussi performant, équitable et préservant l'environnement ?

"L'agriculture de la Région Nouvelle-Aquitaine a tous les atouts en main pour y parvenir, notamment grâce à notre habitude de co-construire les politiques publiques avec l'ensemble des acteurs du monde agricole. Il est évident que l'innovation n'est pas une fin en soi mais bien une dynamique au service de cette mutation que doit mener l'agriculture aujourd'hui. Cette mutation intégrant aussi bien la compétitivité que la réduction de l'impact de l'agriculture sur l'environnement, les questions organisationnelles ou les conditions de travail. Ainsi, dans ce contexte de changement climatique il est essentiel d'être pionnier dans le passage d'une économie fondée sur les ressources fossiles à une économie issue de la biomasse, décarbonée. Cette bio-économie étant bien entendu basée sur des bio-ressources (agricoles, forestières, marine et bio-déchets) pour lesquelles la Nouvelle-Aquitaine possède d'énormes gisements à valoriser.
Tout cela doit nous rassembler, être le terreau de notre unité pour construire ensemble le futur de cette grande région. En matière agricole et agroalimentaire je souhaite ainsi placer ce mandat sous le signe du triptyque innovation - recherche - formation. Ces éléments nous garantissant la défense du leadership de cette région et notre compétitivité dans le futur."

Vous avez dit en mars dernier : "Tant que l'agriculture restera scotchée avec les hypers, les chaînes, tant que l'on considèrera que c'est là l'avenir agricole, on se plantera." Que proposez-vous ?

"En effet, je pense que la question est : comment conserver le plus de valeurs ajoutées sur le territoire et au niveau des exploitations ? Il faut donc engager dès à présent un travail prospectif sur ce que pourrait être notre agriculture régionale d'ici 10 à 20 ans.
Il est ainsi essentiel pour l'agriculture de diversifier ses débouchés, qu'ils soient lointains ou locaux. A l'export, la Région accompagne les filières et les industries pour gagner de nouveaux marchés à l'étranger. D'ailleurs, dans ce domaine la France a des atouts, en particulier l'excellence sanitaire de ses produits et ses productions sous signes officiels d'origine et de qualité qui intéresse fortement des pays tel que la Chine.
En ce qui concerne les circuits courts, le marché à conquérir pour nos exploitants agricoles est bien la restauration collective hors domicile. Rien que pour les lycées de Nouvelle-Aquitaine, cela représente plus de 30 millions de repas annuels. Il est donc indispensable que les denrées utilisées pour l'élaboration des plats soient locales. Comment ne pas s'interroger sur le fait que dans la première région d'élevage de France, la viande servie dans les établissements scolaires ou de santé provienne d'autres pays ? C'est pourquoi la Région s'engage fortement aujourd'hui avec la profession dans un travail pour optimiser l'approvisionnement local dans les lycées régionaux."

Forum Agriculture innovation 2016

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Commentaires
a écrit le 14/11/2016 à 13:37 :
Du baratin tinté d'écologie, sans aucune proposition concrète si ce n'est "d'accompagner" ceux qui font le boulot... quant à la question viande française/ d'origine étrangère, dès que l'on décidera de ne plus vendre 650 000 tonnes de viande de porc à l'étranger, on pourra y réfléchir.. Que les politiques laissent les professionnels faire le travail, nul besoin de mouches du coche (chacun sait que la qualité sanitaire s'en ressent)...
a écrit le 14/11/2016 à 12:20 :
Les difficultés ( qui ne sont pas propres à l'agriculture d'ailleurs) viennent du fait que le secteur est verrouillé par une minorité d'individus qui n'ont aucun intérêt à ce que le système évolue ..
Prenez la chambre d'agriculture d'un département, les syndicats, les coopératives, la msa, groupama et le crédit agricole et vous retrouvez toujours les mêmes; président, vice président, administrateurs !!!!
a écrit le 14/11/2016 à 12:15 :
Quel que soit le modèle agricole, s'il réussit à nourrir 10 milliards d'humains il nous incitera à passer à 12 milliards, et s'il réussit à nourrir 12 milliards d'humains il nous incitera à passer à 14 milliards.
a écrit le 13/11/2016 à 23:51 :
Ce M. Rousset, peut-être bien le prochain prédécesseur de FH.
a écrit le 13/11/2016 à 21:19 :
Bravo Monsieur, ça démarre bien : petit atout supplémentaire : peut-on espérer y voir se développer une apiculture intelligente, qui respecterait le non-prélèvement de pollen des ruches, de manière à éviter l'effondrement des populations d'abeilles ?
Et pourquoi pas développer un secteur de conception, production et vente de machines agricoles miniaturisées (ex une moissonneuse-batteuse de 1m de largeur de coupe pour petits terrains, peu chère, peu énergivore et facilement transportable ) ?
a écrit le 13/11/2016 à 21:16 :
Le véritable problème et Rousset le sait très bien, c'est la puissante implantation de l'agro-industrie et de ses représentants un peu partout dans le milieu agricole, ce sont des dizaines d'années de très mauvaises habitudes qui ont été prises et les profiteurs y nuisent encore, je vois mal comment tout cela pourra changer en 10 à 20 ans seulement mais espérons le.

Heureusement que le consommateur devient de plus en plus exigeant affaiblissant ainsi le monstre obligeant les politiciens à agir, du moins à le dire.
a écrit le 13/11/2016 à 19:47 :
Faites vous reference a des légumes et fruits naturels non traités ni calibrés? Ou de technologies câblés, connectés, en plastique.. nous n'en voulons pas de vos poisons, c'est de la nourriture que nous voulons pas du fric pour le CAC40.... Rendez nous la terre
a écrit le 13/11/2016 à 19:15 :
Le quintal de maïs produit en France est au même prix mondial que celui produit en Ukraine ou en Chine ; les normes et les charges y sont-elles les mêmes ?
On a déjà délocalisé beaucoup d'industries ; faudra-t-il aussi délocaliser notre agriculture ?
Réponse de le 14/11/2016 à 7:31 :
@Robinson. Votre remarque est essentielle. Il faut reporter les charges sur une TVA sociale et sur une contribution de l'énergie. Merci.
Réponse de le 14/11/2016 à 8:30 :
Amusant comme question.Est-ce que les agriculteurs font les necessaires efforts de productivité? Mon impression est qu'ils se contentent de refaire ce que l'on leur a appris dans les lycés agricoles.
A chaque crise la presse nous sort l'histoire la pauvre exploitation qui n'a pas de quoi vivre,
Franchement `?a chaque fois que je parcoure la partie invest je me dit que la faillite sera la bonne mesure à prendre.
Je travaille en controle de gestion dans les usines et si nous faisions les mêmes investissements stupide nous serions depuis longtemps dans le mur.
Réponse de le 14/11/2016 à 12:19 :
Les charges, vous avez l'air de l'ignorer, correspondent à un salaire : elles servent à payer la sécurité sociale, branche maladie et retraite.

Ce ne sont pas les salariés, à qui les agriculteurs font porter un déficit de 7 milliards d'euros, qui ont demandé à ce que les agriculteurs vienneent taper dedans.
Si nos agriculteurs étaient logiques et courageux, ils demanderaient à sortir de la sécurité sociale. Mais ils ne le feront pas, car tout en se plaignant, ils sont les gros bénéficiaires d'un système qui se fait aux dépens des salariés.
a écrit le 13/11/2016 à 16:58 :
Il faut que les exploitations soient plus grandes pour être rentables et dégager ainsi des richesses , ce n'est pas avec des aides que nous allons être les meilleurs sur les marchés.
Réponse de le 13/11/2016 à 17:39 :
Sauf que plus c'est grande moins c'est rentable à long terme, donc c'est le mur. Il faut plutôt changer le logiciel.
Réponse de le 13/11/2016 à 17:59 :
Il faut arrêter les aides au secteur agricole afin de le forcer à se restructurer.
Ceci ne peut continuer éternellement. il y a beaucoup trop d'agriculteurs.
Je veux bien qu'on aide pour faire du bio, mais pour le reste, ceci n'est pas nécessaire. Qu'on en juge.
- Subventions union européenne : 8 milliards d'euros
- Déficit de la caisse de retraite des agriculteurs : 7 milliards d'euros
- Prix garantis, aux dépens du consommateur : (voir ce qu'il se passe pour le lait, où le prix du lait à la tonne est de 280 € en FRANCE, contre
220 € en ALLEMAGNE, en BELGIQUE,, en HOLLANDE, au DANEMARK.
- subventions diverses proportionnelles au nombre de tracteurs dans la rue
- fraude fiscale et sociale.


Tout ceci fait un poids insupportable sur l'industrie française qui au final doit subventionner tout cela.
Réponse de le 13/11/2016 à 21:49 :
Juste un peu ringard le monsieur FOX : j'espère bien pour ma part que l'agriculture a pris définitivement le chemin du petit, du bio et du tout près.
on a un bon espoir avec ce Président (de Grande Région) qui semble plus futé et plus affûté que ce monsieur Renard - là.
Réponse de le 13/11/2016 à 22:05 :
Visiblement, MM Robinson, Fox et Monti régurgitent les mêmes resucées que celles qu'ils ont apprises accoudés aux zinc des chambres d'agriculture. Illisible. Ce sont bien les chambres d'agriculture, la FNSEA et autres SAFER - ces machins racornis - qu'il faudrait cesser de subventionner !
Réponse de le 14/11/2016 à 0:27 :
il faut des exploitations plus petites aptes à produire plus au m2 : la rentabilité passera par une production plus intense et une vente directe
Réponse de le 14/11/2016 à 12:14 :
Monti , des pans entiers de notre économie sont subventionnés : Toyota a reçu 30.000 € par emploi créé ( 35.00 à 4000 emplois ) , nos exportations de poulets sont subventionnées pour être compétitives face à nos concurrents, les chantiers navals perçoivent des aides de l'ordre de 7 € par heure facturée etc...
Maintenant supprimez des aides agricoles et vous envoyez 1 millions de personnes pointer à pole emploi et ce qui obligera le pays à importer massivement de chez nos voisins ...subventionnés !!!!!!!!
Réponse de le 14/11/2016 à 12:18 :
Ah ! qu'est-ce qu'on ferait pas pour rester à la maison pépère , mais la vie est autre chose , il ne faut compter tout le temps sur les autres .
Réponse de le 14/11/2016 à 12:25 :
Pour perplex : les données que j'ai fourni n'ont rien à voir avec les chambres d'agricultures, la FNSEA etc. qui bien au contraire, sont pour la continuation de ce système qui ruine la FRANCE.
Ces données sont parfaitement vérifiables. C'est là -dessus qu'il faut discuter, et doivent donner lieu à des débats, soigneusement camouflé jusqu'à présent.

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