Université Hommes-Entreprises : le bonheur, levier de productivité révolutionnaire

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Cette 21e édition a fait le plein d'auditeurs.
Cette 21e édition a fait le plein d'auditeurs. (Crédits : Agence Appa)
La 21e Université Hommes-Entreprises, organisée par le Ceca (Centre entreprise et communication avancée) au château Smith Haut Lafitte, à Martillac (Gironde), qui s’achève cet après-midi, est placée cette année sous le thème "Bonheur et performance".

Le Ceca, présidé par Jean-Louis Metivet, et dont Christophe de la Chaise est le directeur général, fait un carton plein avec 600 auditeurs. Aussi riche que d'habitude, le plateau des intervenants allait pour cette session de l'ancienne candidate à la présidentielle de Colombie, Ingrid Betancourt, détenue pendant des années comme otage, à Nicolas Vanier, qui arpente les territoires glacés du Grand Nord. L'axe porteur de cette 21e Université Hommes-Entreprises a été illustré par deux fortes personnalités : Laurence Vanhée, qui a repensé la fonction de directeur des ressources humaines en la transformant en direction du bonheur, lors de la restructuration du ministère belge de la Sécurité sociale, et Jean-François Zobrist, l'emblématique dirigeant de la fonderie Favi, à Hellencourt (Somme), qui a gonflé les résultats de cette usine, puis d'autres, en donnant aux ouvriers leur autonomie de décision.


Bonheur et performance, incompatibles ?


L'attraction thématique de cette 21e édition est bien d'associer bonheur et travail, deux mots qui semblent spontanément incompatibles. Non seulement le mot travail a comme origine un mot latin (tripalium) qui signifiait contrainte ou torture, mais cette idée de souffrance pour gagner son pain quotidien est dans le credo de l'Eglise catholique. Et puis le marxisme analysera l'organisation industrielle du travail comme étant le parfait modèle de l'aliénation des ouvriers, réduits à l'état de simples mécaniques humaines condamnées à enchaîner des gestes répétitifs sans en connaître la finalité, donc sans vision d'ensemble. C'est justement sur ce versant industriel qu'a démarré la 21e Université Hommes-Entreprises, avec Jean-François Zobrist.


Has been : la stratégie du plus gros zizi


Si les machines et les gestes répétitifs n'ont pas disparu du quotidien des ouvriers de Favi, Jean-François Zobrist a brisé leur statut de salariés plus ou moins incapables de réfléchir en leur redonnant du pouvoir sur leur travail, ce qui a obligé les cadres à s'adapter.

Smith Haut-Lafitte à Martillac (Gironde)

Jean-François Zobrist (Agence Appa)

"Les réunions du lundi, ça ne sert à rien. C'est juste un moyen pour le cadre de rappeler qu'il a un plus gros zizi que les autres. Laissez faire ceux qui savent, les réunions ils peuvent les organiser eux-mêmes. Dans une usine, et les Japonais ont compris ça depuis longtemps, 70 % de ceux qui savent sont des ouvriers. Les outils japonais sont la base de l'autonomie. Chaque année nous envoyons des ouvriers au Japon, pas des cadres, ainsi ils voient comment travaillent les ouvriers japonais, comment sont réglées leurs machines, etc.", illustre Jean-François Zobrist.


"Je dis aux ouvriers, démerdez-vous"


Pour bien se faire comprendre, ce dernier, qui pourrait passer pour un révolutionnaire, n'hésite pas à mettre les points sur les i avec humour. "Moi je suis fainéant alors je dis aux ouvriers démerdez-vous, c'est l'expression majeure du management que j'aime. Il faut juste leur faire confiance, libérer les productifs des contraintes que leur imposent les improductifs, qui passent leur temps à contrôler. Quand on va vers la confiance avec les ouvriers on produit 20 à 30 % de pièces en plus."

Que les ouvriers soient au centre de l'usine, c'est devenu une sorte d'évidence pour Jean-François Zobrist dont la notoriété doit tout aux performances des usines qu'il a, comme il le dit, libérées. "Un ouvrier heureux c'est des pourcentages de cash flow en plus. Le problème c'est qu'un cadre peut rendre 100 ouvriers malheureux, et ça, ça coûte une fortune. Il ne faut pas essayer d'améliorer l'existant. On veut faire du "lean" : c'est-à-dire liquider la structure par la structure : c'est absurde ! Cette organisation, il faut la briser", martèle-t-il.


La DG du bonheur joue collectif


Laurence Vanhée, qui intervenait ce vendredi matin, s'est fait un nom en se proclamant "Chief Happiness Officer" (directeur général du bonheur) au lieu de directeur des ressources humaines, et en restructurant le ministère belge de la Sécurité sociale, alors en perte de vitesse. Ses armes ressemblent étrangement à celles de Jean-François Zobrist.

Smith Haut-Lafitte à Martillac (Gironde)

Laurence Vanhée (Agence Appa)

"Je me suis simplement efforcée de traiter les fonctionnaires comme des adultes responsables, sachant que la liberté de chacun s'arrête là où commence celle des autres. J'ai pu vérifier que la liberté et la responsabilité produisaient du bonheur et de la performance. Ce type d'organisation ne repose pas sur les individus, mais sur des équipes, qui vont fixer et évaluer leurs propres objectifs à atteindre. J'ai passé quatre ans au ministère de la Sécurité sociale de Belgique et c'est là que j'ai élaboré ma méthode", détaille Laurence Vanhée.


Une appli pour mieux gérer les projets


Auparavant elle avait travaillé en particulier dans une multinationale, jusqu'à traverser une crise d'épuisement professionnel. Aujourd'hui, Laurence Vanhée a créé son cabinet, Happyformance, en Belgique, et travaille comme consultante, dans son pays natal, mais aussi en France, Suisse, Luxembourg et bientôt Canada, où elle va partir dans quelques jours. Pour aider les équipes à gérer leurs projets, son cabinet a développé une application pour smartphones, tablettes et ordinateurs qui permet aux équipes impliquées de mesurer leur décalage éventuel avec les objectifs initiaux, quand une situation évolue, ou pour un salarié de demander l'aide de ses collègues.


Une innovation managériale

"Tout cela s'inscrit dans un processus bienveillant. Cette transparence n'est pas là pour causer des soucis aux individus mais au contraire pour prendre en compte leurs besoins de façon plus efficace. Quand je dis que liberté plus responsabilité égale bonheur plus performance, il ne s'agit pas d'une formule creuse, mais d'une innovation managériale qui intéresse y compris les organisations syndicales. Il peut y avoir un effet anxiogène dans le middle management quand ce virage est pris, car il faut continuer à être efficace sur le terrain alors que la production baisse pendant cette phase de transition", analyse Laurence Vanhée.

Son idée du bonheur, tout comme celle de Jean-François Zobrist, commencent à faire école. Vont-elles provoquer un changement en profondeur dans le management ?, en tout cas ces interventions ont été suivies avec beaucoup d'intérêt par les auditeurs.

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