Comment Bordeaux siphonne la région

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La métropole de Bordeaux a déjà absorbé Arcachon, Libourne et aspire la Dordogne.
La métropole de Bordeaux a déjà absorbé Arcachon, Libourne et aspire la Dordogne. (Crédits : Pauline Douillac)
(Modifié le 30/09/2014 à 18 h 37). La dernière étude de l’Insee Aquitaine et de l’A’urba confirme que Bordeaux et Toulouse forment un vrai binôme et montre que la métropole bordelaise a un fort rayonnement régional.

L'étude réalisée conjointement par l'A'urba (l'Agence d'urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine) et l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) d'Aquitaine, intitulée "L'espace métropolitain bordelais au cœur des réseaux du Sud-Ouest", fait apparaître, par le prisme des relations entre les aires urbaines, une communauté Sud-Ouest attractive pour les populations des autres régions mais dépendante, sur le plan économique, des centres de décision situés à l'extérieur. Après l'introduction de Jean-Michel Quellec, directeur régional de l'Insee Aquitaine, Jean-Marc Offner, directeur de l'A'urba a situé les enjeux. "Les cartes ça sert à connaître ses voisins, ses amis et ceux qui ne le sont pas... dans notre cas à explorer les liaisons entre Bordeaux, Toulouse ou Angoulême. Si les cartes permettent d'analyser les relations sociales, économiques entre les aires urbaines, elles servent aussi à développer des projets en commun" a-t-il expliqué.

Et les Charentes ?

Le zonage réalisé pour "L'espace métropolitain bordelais au cœur des réseaux du Sud-Ouest" repose sur l'analyse des aires urbaines de la France de province, Paris ayant été exclue pour ne pas "écraser" toute perspective régionale. La carte des flux de migrations résidentielles, en clair les déménagements de personnes entre communes de résidence en 2008 et cinq ans auparavant, révèle l'existence de sept communautés régionales dans le pays. "Nous avons construit des zones appelées communautés à partir de territoires qui entretiennent entre eux des liens privilégiés" précise Cédric Lacour (Insee Aquitaine).
La communauté Sud-Ouest intègre ainsi Aquitaine, Limousin, Midi-Pyrénées, et une partie de Languedoc-Roussillon, soit un ensemble de 134 aires urbaines où s'installent préférentiellement les habitants de ces régions. La surprise vient du fait que Charente et Charente-Maritime ne font pas partie de ce périmètre.

Bordeaux en étoile

Une petite surprise puisque la recherche lancée en 2012 par la Datar (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale du travail de recherche) sur les systèmes urbains de proximité, modèle axé sur sept types de flux (personnes, biens) entre les 350 aires urbaines françaises, rétablit le contact. Elle indique ainsi que Bordeaux est au cœur d'un des rares systèmes urbains de proximité transrégionaux identifiés en France. La métropole aquitaine est reliée à 15 villes, dont les quatre les plus au nord se trouvent en Poitou-Charentes (de Royan à Angoulême).
Ce système bordelais rayonne jusqu'à Périgueux (est), Agen (sud-est), Mont-de-Marsan (sud), et Arcachon (ouest).

Autre particularité, l'Aquitaine est l'une des quatre régions françaises, avec Bretagne, Rhône-Alpes et Provence Alpes Côte d'Azur, où coexistent deux systèmes urbains de proximité différents. Au sud de l'Aquitaine, Pau occupe en effet le centre d'un réseau de huit villes, parmi lesquelles Hendaye, Bayonne, Dax, deux se trouvant en Hautes-Pyrénées.

Déficit avec Toulouse

L'étude conjointe de l'A'urba et de l'Insee montre ensuite que 35 % des migrations résidentielles (hors Paris) vers l'aire urbaine de Bordeaux sont issues de la communauté Sud-Ouest. Elle confirme que l'aire urbaine de Bordeaux est attractive et attire des migrants de la plupart des grandes agglomérations. Toulouse restant la seule métropole à avoir un bilan positif avec Bordeaux, touché par un déficit de 850 personnes, la Ville rose attirant davantage de Bordelais que le port de la Lune ne séduit de Toulousains. Ceci à raison de 4.850 sorties de Bordelais vers Toulouse et du transfert de 4.000 Toulousains vers Bordeaux.
La focale sur les migrations résidentielles dans la communauté Sud-Ouest montre l'existence de six sous-réseaux presque entièrement fondus dans le découpage des régions, à l'exception des aires urbaines de Lot-et-Garonne, victimes d'une dispersion des données sans doute liée à la double attraction de Bordeaux et Toulouse. L'importance des migrations résidentielles des étudiants semble jouer à plein, en particulier pour les flux au départ de Bayonne et Pau vers Bordeaux.

Lointaines décisions

L'étude (toujours hors Paris) des liens entre emplois et sièges sociaux montre l'existence de six communautés, celle du Sud-Ouest, qui déborde un peu sur Languedoc-Roussillon et Limousin, étant cette fois centrée sur Aquitaine et Midi-Pyrénées. Ce Sud-Ouest agrège 122 aires urbaines et les sièges sociaux de la zone totalisent 168.000 emplois, 57.000, dits de rayonnement, étant situés hors de cet espace local. A cet effectif s'ajoutent 300.000 salariés dépendants de sièges sociaux implantés hors de la communauté Sud-Ouest, ce qui montre la forte dépendance décisionnelle de cette dernière. "En termes de centres de décision, Bordeaux est très dépendante des autres métropoles françaises, en particulier de Lille (avec en particulier Auchan - NDLR), mais aussi du Mans. Dans l'aire urbaine de Bordeaux, 96.000 emplois dépendent d'un siège social situé dans une autre métropole française, alors que seulement 32.000 emplois dépendent en France d'un siège social bordelais" analyse Lionel Bretin, pour l'A'urba.

Le binôme Bordeaux-Toulouse

Toujours dans le domaine des sièges sociaux, Bordeaux rayonne essentiellement sur Agen, Toulouse, puis Pau, Bayonne et Lyon... D'où une influence économique largement cantonnée au Sud-Ouest et à l'Aquitaine. Ce qui est normal puisque cette étude n'intègre pas les Girondins fortement implantés à l'étranger, comme les groupes Castel (vin, bière), à Blanquefort (Communauté urbaine de Bordeaux) dont près de 60 % des 10.000 emplois directs et 18.400 emplois indirects sont localisés en Afrique, ou Fayat, à Bordeaux, qui emploie un peu moins de 1.000 salariés en Aquitaine sur un total de 19.400 personnes, dont près de 6.000 à l'étranger, en particulier en Allemagne. La focale siège social - emplois appliquée à la communauté Sud-Ouest montre que Bordeaux et Toulouse évoluent dans un ensemble commun soudé par l'importance des échanges économiques entre les deux pôles. En plus de l'axe garonnais (Agen), ce binôme rayonne vers l'est (Dordogne) pour Bordeaux et le nord de Midi-Pyrénées pour Toulouse.

La Rochelle avec Bayonne

Plus surprenant, entre ces deux pôles, émerge un bloc basco-gascon rayonnant d'Hendaye à Tarbes en passant par Pau, Auch et Mont-de-Marsan. L'étude conclut à un phénomène de métropolisation entre Bordeaux et ses aires urbaines proches, tout en révélant l'existence d'un véritable binôme avec Toulouse. Une autre étude complémentaire, "Les territoires où Bordeaux est le partenaire privilégié", articulée sur six types de flux entrants et sortants (lien siège -établissement, transfert d'établissement, accès aux soins, migrations résidentielles, migrations étudiantes, déplacement domicile -travail) réserve quelques surprises. Elle montre qu'après Arcachon et Libourne, intégrées à la métropole bordelaise, avec six types de flux sur six, Périgueux et Bergerac lui sont très liées (cinq types de flux), juste devant une nébuleuse elle aussi fortement accrochée à Bordeaux (quatre types de flux), qui va de Bayonne jusqu'à La Rochelle ! Toulouse, avec trois types de flux arrive juste derrière, au même niveau qu'Angoulême, tandis que Pau disparait purement et simplement de la carte ! Ce travail servira-t-il dans le cadre de la construction de la nouvelle région Aquitaine ?, qui, avec l'absorption annoncée de Poitou-Charentes et du Limousin semble marcher dans les pas de celle de Guilhem X, le père d'Aliénor, les chercheurs de l'Insee et de l'A'urba se garderaient bien de faire un commentaire à ce sujet, tout en espérant que ce soit le cas.

Le site A'urba

Le site Insee

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Commentaires
a écrit le 30/09/2014 à 17:16 :
Guilhem IX n'est pas le père d'Aliénor mais le grand père et est considéré comme le premier troubadour connu.
Aliénor est la fille de Guilhem X d'Aquitaine et d'Aenor de Chatellerault.......
Pas très bon en histoire Mr Dejean......
Réponse de le 30/09/2014 à 18:39 :
Merci pour votre lecture attentive qui m'a permis de corriger cette erreur due à un déplorable excès de vitesse...
a écrit le 29/09/2014 à 13:08 :
"Plus surprenant, entre ces deux pôles, émerge un bloc basco-gascon rayonnant d'Hendaye à Tarbes en passant par Pau, Auch et Mont-de-Marsan."

Surprenant? Il faut vraiment vivre hors-sol ou ne pas dépasser la rocade pour méconnaître ce phénomène.
Et être hors-sol, cela participe de la définition d'un organisme comme l'INSEE, via la grande idée que l'abstraction mathématique suffit à assurer un traitement intelligent des données.
De même le paysage mental urbain est facilement auto-centré, ça n'est pas d'aujourd'hui.
Toutefois c'est un trait saillant de la mutation contemporaine de grandes capitales régionales en "métropoles" que de développer une vision et une identité autonomes largement indifférentes à leur environnement géographique, culturel, social, politique.

Venant d'un organisme qui s'intitule "Agence d'urbanisme Bordeaux métropole Aquitaine" ce "surprenant" n'a donc pas de quoi surprendre.

Bordeaux appartient aux Bordelais, l'ambition métropolitaine aussi, mais quant à l'Aquitaine, s'il vous faut une étude pour étaler votre ignorance de sa large moitié méridionale, de grâce ne vous en mêlez pas, ou du moins ayez l'humilité de ne pas faire de projet en son nom.
S'agissant du territoire hors-CUB, vous pourriez préférer dialoguer avec lui que de dire des bêtises en son nom.
a écrit le 29/09/2014 à 11:39 :
La prééminence du binôme Bordeaux-Toulouse et l'absence -inattendue- des Charentes ( a fortiori du Poitou) montre au contraire,je pense,l'inanité économique de la future méga-région ALPCh...
a écrit le 26/09/2014 à 15:39 :
Kiev siphonne le gaz russe, Bordeaux siphonne sa région, tout le monde siphonne… pourquoi je ne peux pas siphonner la bière de mon voisin ? ;)

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