Matériaux intelligents : PolymerExpert lance sa filiale Innolens et ouvre 16 recrutements

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Le siège et toutes les activités de PolymerExpert et d'Innolens sont situés à Pessac, sur le campus universitaire.
Le siège et toutes les activités de PolymerExpert et d'Innolens sont situés à Pessac, sur le campus universitaire. (Crédits : Alain Caboche)
Levée de fonds de 2,5 M€, lancement de sa filiale Innolens dédiée aux implants intraoculaires et gestion de 16 recrutements... A Pessac, PolymerExpert se prépare à une année 2018 particulièrement chargée. Spécialisée dans la R&D autour des polymères, cette entreprise de chimie appliquée s'appuie sur un modèle économique original et solide qui trouve des débouchés dans le médical, le cosmétique, l'industrie ou encore le bâtiment.

C'est en toute discrétion que l'entreprise PolymerExpert, installée sur le campus universitaire à Pessac depuis 2005, a développé son savoir-faire, ses brevets et son modèle économique original dans le domaine très pointu de la chimie des polymères, des matériaux - gels, liquides ou solides - aux propriétés particulières et très recherchées. "Notre recette c'est de développer, en propre, des produits innovants à faible volume mais à très forte valeur ajoutée", résume Marc Dolatkhani, 50 ans, le PDG et fondateur de l'entreprise. Docteur en chimie des polymères à l'École nationale supérieure de chimie, de biologie et de physique (ENSCBP), en 1995 à Pessac, Marc Dolatkhani a ensuite exercé aux Pays-Bas avant de revenir s'installer en Gironde avec le projet de "créer un centre de transfert technologique pour faire le lien entre la recherche universitaire et les industriels." C'est cette structure qui a donné naissance à PolymerExpert en octobre 2000.

3 M€ de chiffre d'affaires en 2017

Tout en conservant la taille, le fonctionnement et l'agilité d'une PME, l'entreprise s'est depuis développée sur de nombreux marchés, puisqu'elle réalise 77 % de son activité à l'export en Europe, Etats-Unis et Asie. Avec seulement 14 salariés, PolymerExpert affiche 3 M€ de chiffre d'affaires en 2017 et dégage un résultat confortable de 1,3 M€ ! Des résultats qui s'inscrivent dans une croissance solide et régulière depuis plusieurs années et qui devraient durer puisque le PDG assure avoir "des carnets de commandes pleins jusqu'en 2022".

Pour y répondre, l'entreprise envisage de construire un troisième bâtiment prochainement et vient d'investir 600.000 € dans une nouvelle ligne de production dédiée à son dernier produit, Estogel : un polymère gélifiant, transparent et suspensif qui trouve preneur chez les géants du cosmétique.

Structure de recherche sous contrat

PolymerExpert est reconnue par Bpifrance en tant que structure de recherche sous contrat (SRC), un statut qui lui permet d'asseoir son business model sur le binôme R&D et activité de services.

"Notre activité de services aux entreprises est essentielle, même si elle est aujourd'hui peu rentable, car elle nous permet d'être au contact du marché, d'être à l'écoute des besoins des acteurs et de bâtir une relation de confiance. On touche là au cœur de notre métier que je définis comme du service en recherche. Le volet service ouvre des débouchés à la recherche et donc permet de le financer", détaille Marc Dolatkhani.

Depuis 2000, PolymerExpert a déposé 59 brevets dont près de 60 % en propre. Le reste étant des brevets d'application ou des brevets détenus en copropriété. Une matière première qui permet d'assurer des rentrées d'argent régulières pour financer une forte activité de recherche en propre. "Grâce à nos travaux sur les implants intraoculaires développés pour des tiers, on a gagné de l'argent dès le premier jour !", sourit le fondateur. "Cela nous a permis de financer notre propre R&D qui aujourd'hui produit un chiffre d'affaires plus important que la recherche externe menée pour nos clients."

PolymerExpert_labo

Les laboratoires de PolymerExpert sont situés au siège, à Pessac.

Un inventaire à la Prévert

Matériau à mémoire de forme, implant intraoculaire pour traiter la cataracte, ciment osseux, stents, tuyaux autoréparables, gélifiant d'huile, revêtement antibrouillard, produits photosensibles ou thermosensibles, etc... Les produits développés, fabriqués - en interne ou en sous-traitance en France - et commercialisés par PolymerExpert sont un inventaire à la Prévert. Et les applications commerciales sont multiples ce qui permet à l'entreprise de ne pas dépendre d'un seul secteur et de pouvoir encaisser d'éventuels retournements de marché à l'instar de l'impact de la crise financière sur le secteur du BTP ou du scandale PIP sur celui des implants mammaires.

"On est des ingénieurs passionnés donc on aime bien résoudre des problèmes présentés comme insurmontables. Ensuite, notre business model nous incite évidemment à privilégier les produits à haute valeur ajoutée. Donc on fait des compromis. Mais la même technologie peut avoir des applications dans des secteurs d'activité très différents. Parfois on y pense, parfois pas. D'où l'importance des échanges avec nos partenaires !", poursuit Marc Dolatkhani.

Un exemple de polymère autoréparable développé par PolymerExpert.

Innolens, filiale à fort potentiel

Si les perspectives de développement de PolymerExpert sont bonnes, elles le sont également pour sa filiale, Innolens, créée en 2015 pour rassembler toutes les activités d'implants oculaires. Un bâtiment de 1.000 m2 vient d'être construit et équipé pour accueillir les nouvelles équipes. Un investissement global de 5 M€ pour PolymerExpert qui est propriétaire du bâti comme du foncier. C'est pour accélérer le développement d'Innolens que Marc Dolatkhani lancera prochainement une levée de fonds de 2,5 M€ :

"Nous avons les moyens de financer Innolens sur fonds propres mais nous souhaitons lui permettre de procéder à des acquisitions ciblées dans le secteur oculaire en France et à l'étranger. Nous apportons tous les brevets et Innolens s'occupera de la fabrication et de l'industrialisation. Notre objectif assumé est de la revendre au prix fort dans six à sept ans. Le chiffre d'affaires d'Innolens dépassera à court terme très nettement celui de PolymerExpert même si les niveaux de marge ne seront pas les mêmes !"

Innolens, qui compte déjà sept salariés, lancera ses premiers produits sur le marché en juin 2018, une fois toutes les autorisations obtenues. Malgré les lourds investissements consentis par PolymerExpert et une perte logique d'un million d'euros en 2017, Innolens vise un chiffre d'affaires d'un million d'euros dès 2018.

PolymerExpert_Innolens

Innolens se concentrera sur la production et la commercialisation des implants intraoculaires.

16 emplois à saisir dans différents métiers

Pour relever tous ces défis, les deux entreprises prévoient de recruter seize personnes en 2018. Les profils recherchés sont très variés. "L'implication et la volonté de s'inscrire à long terme dans le développement de l'entreprise est un vrai critère de sélection ici car nous cherchons d'abord à fidéliser nos équipes", insiste Marc Dolatkhani qui rencontre parfois des difficultés de recrutement sur certains profils. Néanmoins, des partenariats ont été noués sur le campus bordelais avec l'ENSCBP et le LCPO (laboratoire de chimie des polymères organiques) dont est issu un tiers des effectifs actuels.

Chez PolymerExpert, trois profils très spécialisés sont à pourvoir :

  • un chef de projet "polymères" expérimenté ;
  • un ingénieur ou un technicien analyste expérimenté ;
  • un responsable de formulation cosmétique.

A Innolens, treize doivent être embauchées cette année :

  • un ingénieur en optique,
  • un responsable de production,
  • deux opérateurs usineurs,
  • deux responsables de zones à atmosphère contrôlée (ZAC),
  • six à sept personnes pour le conditionnement des produits.

Si le décollage d'Innolens se passe comme prévu, Marc Dolatkhani a déjà en tête un autre projet similaire à l'horizon 2019/2020 : une filiale dédiée au marché cosmétique.

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Commentaires
a écrit le 24/01/2018 à 18:48 :
Un très bel exemple de ce qu'apporte les SRC, Bravo !

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