Terminal à conteneurs du Verdon : la régie, dernière bouée du projet ?

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La solution pour le projet de terminal à conteneurs du Verdon passera sans doute par la mise en régie finalement.
La solution pour le projet de terminal à conteneurs du Verdon passera sans doute par la mise en régie finalement. (Crédits : GPMB)
Chargé par le secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies de trouver un terrain d’entente entre les parties prenantes du projet de terminal à conteneurs du Verdon, le médiateur a échoué : Europorte, vainqueur de l’appel d’offres en 2014, a jeté l’éponge… mais une mise en régie temporaire est lancée pour démarrer, au plus vite, l’exploitation de l’infrastructure.

Il faut bien se l'avouer : il est compliqué d'y voir clair concernant le projet de terminal à conteneurs du Verdon, dossier pourtant au cœur du projet stratégique du Grand Port maritime de Bordeaux.
Rappel des faits. En 2014, Europorte, filiale fret du groupe Eurotunnel, remporte l'appel d'offres du Grand Port maritime de Bordeaux pour l'exploitation d'un terminal à conteneurs au Verdon en Gironde.
En octobre 2015, le réveil du terminal est annoncé comme imminent et les prévisions évoquées concernant le trafic de ce qui sera le grand hub conteneurs de la pointe du Médoc portent sur 100.000 conteneurs par an... pour commencer.
Malgré l'avancée du dossier et les chiffres qui l'accompagnent, en juin 2016, Europorte résilie la convention qui la lie à la Société de manutention portuaire d'Aquitaine (SMPA), sous-traitant spécialement créé pour assurer l'exploitation du port.
La société Europorte pourtant en charge de la partie ferroviaire du projet (12 recrutements et 8 M€ d'investissements annoncés) aurait-elle été refroidie par la faiblesse financière relative de la société SMPA ? Aurait-elle remis en cause le modèle économique négocié par SMPA ?
Toujours est-il que la société SMPA, qui avait elle-même menacé de quitter le projet, malgré de très lourds investissements consentis (10 M€ pour un nouveau portique, une grue mobile et des équipements nécessaires au fonctionnement du terminal à conteneurs) au moment des négociations difficiles avec le syndicat CGT dockers (qui ont finalement abouti) pour la mise à disposition de personnel au Verdon, s'est légitimement sentie trahie à l'annonce de la résiliation unilatérale d'Europorte.

Europorte recule après avoir investi

C'est dans ce contexte, extrêmement compliqué, que le médiateur Jean-Yves Le Ven, nommé par le ministère des Transports pour rapprocher toutes les différentes parties du dossier, a échoué dans sa mission quasi impossible de maintenir ce ticket Europorte/SMPA pour l'exploitation du terminal.

"En fait, au dernier moment, alors qu'un terrain d'entente semblait avoir été trouvé après quatre réunions collectives au ministère et à la préfecture, explique la députée girondine (PS) Pascale Got, initiatrice de la mission de médiation dans ce dossier, Europorte a fait machine arrière. J'ai le sentiment qu'il n'y avait plus de volonté de la filiale d'Eurotunnel d'aller plus loin, de prendre d'éventuels risques. Entre le moment de l'appel d'offres et aujourd'hui, il semble que les priorités économiques d'Europorte ont radicalement changé."

A moins qu'Europorte ne s'inquiète surtout de l'issue du contentieux qui oppose le Grand Port maritime au groupe Sea Invest, fortement implanté à Bassens, pas vraiment fan du terminal du Verdon, et surtout à l'origine d'un recours contre la désignation d'Europorte en 2014 ? Cette explication au recul d'Europorte est peut-être la plus vraisemblable...

Toujours est-il que dans le communiqué de presse d'Alain Vidalies, diffusé par le ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer, mercredi 31 août, le secrétaire d'Etat aux Transports salue le travail du médiateur, mais il constate aussi que "le protocole n'a pu aboutir".

Alors, fin du projet de terminal à conteneurs du Verdon ?

Avec la mise en régie, SMPA reste dans la course

Sans doute pas, car Alain Vidalies annonçait mercredi la mise en place d'une solution "alternative". 
Elle prendra, très rapidement, la forme d'une mise en régie pour une durée de 18 mois.
Conformément à ce que permet l'article 18 de la convention, le Grand Port maritime de Bordeaux va soumettre lors d'une prochaine réunion de son conseil de surveillance une mise en régie de l'activité qui consiste, en fait, selon le secrétariat d'Etat, "à confier à un opérateur l'exploitation du projet..."
Autant dire un retour à la case départ ?
Pas tout à fait puisque c'est le port lui-même qui va endosser le rôle d'opérateur qui confiera le fonctionnement du terminal à... SMPA !
Toujours selon le communiqué, "un démarrage de l'exploitation du terminal dans les prochains mois peut ainsi être envisagé".

Vers un nouvel appel d'offres ?

La mise en place de cette régie, confiée à... Jean-Yves Le Ven, devrait en effet intervenir rapidement puisque le ministère vient d'envoyer au DG et président du directoire du port bordelais, Christophe Masson, une lettre recommandant l'organisation de la réunion du conseil de surveillance du port au plus vite...
Reste que les 18 mois de la régie temporaire pourraient permettre au Grand Port maritime de Bordeaux de relancer un nouvel appel d'offres... "Tous les scenarii sont possibles, explique un proche du dossier, même l'arrêt pur et simple du projet de terminal... qui reste cependant le moins probable car l'outil existe, des investissements ont été faits... il est plus improbable même qu'un retour du ticket Europorte/SMPA !"
Bref, beaucoup d'inconnues demeurent encore sur ce dossier, mais dans sa conclusion du communiqué de presse, le secrétaire d'Etat Alain Vidalies annonce que "le site du Verdon a un avenir maritime et portuaire certain, et le Grand Port maritime de Bordeaux le démontrera à court terme..."
Méthode Coué ou vraie bouée de sauvetage pour un projet qui flotte encore entre deux eaux ?

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Commentaires
a écrit le 26/09/2016 à 17:56 :
... suite : des commerciaux toujours prêts à partir en mission mais ne sachant pas trouver la zone de fret de Bruges pour aller motiver " la communauté portuaire " à utiliser le feeder sur Le Havre !
Les dockers vont ils vraiment aller au Verdon ?
Il est comique de voir la député faire des déclarations sur le portuaire quand personne ne s'occupe de la protection des dunes du Médoc ce qui coûterait beacoup moins cher mais est moins médiatique.
Aujourd'hui retraité, je lis tout sur ce sujet avec grande attention et ne manque jamais d'envoyer les liens à mes anciens collègues, concurrents ou fournisseurs, et nous en rions tous, .... jaune.
JF Richer
ex consignataire Scac, transit Danzas, Calberson et Albatrans France
a écrit le 26/09/2016 à 17:48 :
Depuis plus de 40 ans ce terminal est un rêve.
en 1976 italia avait un feeder tous les 10 j sur Cadix, escalaient régulièrement les conros de Scadoa, les porte ctrs de Delmas, Scancarriers sur l'Australie.
La 2 x 2 voies était s'afrandissait de 3 km à chaque nouvel armement, Lesparre restant la seule " ville " non contournée, une demi heure pour traverser en été.
Le doublement de la voie ferrée était promis ( encore évoqué sur Sud Ouest ces derniers jours.
Sea Invest qui a toujours été dirigé par de grands professionnels qui ont trainé leurs guêtres sur le port toute leur vie professionnelle ont toujours été critiqués mais ont toujours fait partie des stés investissant en outillage pendant que le PZAB faisait des ronds de jambes aves des dirigeants transitoires, régulièrement mutés et des commerciaux toujnours prêts à p
a écrit le 09/09/2016 à 13:06 :
Juste impeccable
a écrit le 04/09/2016 à 8:29 :
comme toujours avec un pays dirige par l'ena
il faut faire pendant un siecle des commissions.d'etude
et a la fin tous contourne le pays
il serais plus facile et moins couteux que de monter a Hambourg ou Rotterdam
mais voila les types sortie de l'ena non pas touche leur pourcentage
regarder pour le canal seine nord
plus de 50ans de discutions et toujours rien
et combien d'autre
et que dire d'un dirigeants qui en 1981 exige de sortir de l'elyse
et maintenant il se comporte plus comme un roi mais comme un
esprit divin qui refuse d'entendre et de voir

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