La Tribune Wine's Forum : le Domaine Tariquet ou le goût de l'innovation durable

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Rémy Grassa, le directeur général du Domaine Tariquet, le 15 octobre 2019, au Wine's Forum de La Tribune, à Bordeaux.
Rémy Grassa, le directeur général du Domaine Tariquet, le 15 octobre 2019, au Wine's Forum de La Tribune, à Bordeaux. (Crédits : APPA)
A l'image de son vin blanc produit en terre d'Armagnac, à Eauze, dans le Gers, le Domaine Tariquet a fait de l'innovation et du contre-pied sa marque de fabrique. Lors de la 6e édition du La Tribune Wine's Forum, le 15 octobre à Bordeux, Rémy Grassa, le directeur général du domaine est revenu en détail sur cette stratégie déclinée dans toute l'entreprise avec une seule limite : être viable à long terme pour pouvoir transmettre à la génération suivante.

"Mon père voulait faire bouger les lignes et il en a souffert car il était perçu à l'époque comme quelqu'un qui avait un grain de folie. Aujourd'hui, on le présente volontiers comme un visionnaire. Mais ça, c'est avec le recul", sourit Rémy Grassa, le directeur général du Domaine Tariquet, lors de la 6e édition du La Tribune Wine's Forum à la Cité du vin de Bordeaux ce 15 octobre. Depuis 1982, le Domaine produit en effet du vin blanc, de cépage uniblanc, dans le Gers, pays d'Armagnac, ce qui ne va forcément de soi : "C'était un cépage inconnu cultivé par un vigneron inconnu sur un domaine inconnu ! Mais le résultat c'est un vin léger, simple et aromatique. Un vin plaisir qui correspond à l'air du temps et qui propose un rapport prix-plaisir très attractif", résume Rémy Grassa avant de rappeler qu'au-delà du vin blanc, Tariquet reste l'un des plus gros fabricants d'Armagnac avec 100 hectares de vignes en production et plus de 23 ans de ventes en stock !

1.125 hectares de vignes en production

Il faut dire que depuis son rachat en 1912, le domaine familial, qui tient à rester un propriétaire récoltant, a pris de l'envergure et totalise 1.125 hectares de vignes en production aujourd'hui en IGP Côtes de Gascogne. Cela représente 9,5 millions de bouteilles par an, une centaine de CDI et 150 travailleurs saisonniers. Le tout pour 34 M€ de chiffre d'affaires dont 40 % est réalisé à l'export dans une soixantaine de pays.

"L'innovation au long cours est constitutive de notre fonctionnement. Que ce soit sur l'utilisation de nouveaux cépages dans la région tels que le sauvignon, le chardonnay, le gros manseng et le petit manseng dans les années 1980 puis le chenin, le sémillon, le marselan dans les années 1990. Nous avons aussi introduit très tôt des égrappoirs sur nos machines à vendanger et des cuves isothermes amenées dans les vignes. Tout cela suit un toujours le même fil conducteur : exprimer de la fraîcheur et du fruité dans un climat océanique", poursuit Rémy Grassa.

Dans la même logique, les vins Tariquet sont conservés sur le domaine dans des cuves réfrigérées à 0 ou -1° pendant 18 à 24 mois avant d'être mis en bouteille sur la propriété au fur et à mesure des commandes.

Rémy Grassa Tariquet

Empreinte carbone et consommation d'eau

Engagé dans l'agriculture raisonnée depuis une vingtaine d'année, l'exploitation est certifiée HVE (haute valeur environnementale) depuis 2015. Elle récupère notamment ses eaux de pluie, réduit ses intrants chimiques et réutilise l'énergie générée par la réfrigération de ses cuves pour chauffer les bâtiments du domaine sur le principe de de l'autoconsommation. L'objectif étant d'avoir 40 % de la consommation produite par des énergies renouvelables, grâce à une ferme photovoltaïque actuellement en développement.

"En tant que domaine viticole, notre responsabilité doit être envisagée au sens large : sur le plan agronomique, sur la durabilité des sols mais aussi sur notre consommation d'eau et notre empreinte carbone. Le vin n'est pas un produit de première nécessité, ni une durée prioritaire. Il se doit donc d'être exemplaire sur ces aspects tout comme sur les aspects sociaux et humains, notamment sur le traitement de la main d'œuvre", développe Rémy Grassa.

Le long terme, seule ligne rouge

Finalement la seule limite à l'innovation identifiée par Rémy Grassa est celle de l'impératif d'une rentabilité à long terme pour assurer la pérennité du domaine familial :

"L'innovation est sous-jacente au domaine mais ce n'est pas une révolution, c'est plutôt une évolution permanente qui doit s'envisager sur le long terme et en étant toujours dans l'anticipation. Il faut prendre le risque d'investir, c'est une nécessité ! Mais il faut que ce soit sur des projets réalistes. A chaque fois qu'on lance une nouvelle cuvée, on se pose une question : va-t-elle s'inscrire dans une durée longue et pérenne. Si la réponse est non ou si le projet est très porteur à court terme mais porteur de risque à moyen et long terme pour le domaine, alors on ne le fait pas. C'est notre limite !", conclut Rémy Grassa.

Le dernier né chez Tariquet est le premier vin blanc pétillant du domaine présenté au printemps dernier après cinq ans de tests et composé à 70 % de chenin et à 30 % de chardonnay. Cette première cuvée effervescente est baptisée "Entracte".

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