Comment Agen va réussir sa révolution économique

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Emeric d'Arcimoles, Gaël Duval, Jean Dionis du Séjour
Emeric d'Arcimoles, Gaël Duval, Jean Dionis du Séjour (Crédits : Agence Appa)
Agen s’empare du futur. Avec le développement agenais de Jechange.fr, pointure de la French Tech, et l’éclosion de Technopole Agen Garonne (TAG), une zone d’activité qui vise l’économie du XXIe siècle, l'agglomération, berceau de Palissy, se donne le droit de rêver.

La Matinale organisée ce mardi matin à Bordeaux à bord du bateau restaurant Le Sicambre, par La Tribune en partenariat avec Technopole Agen Garonne, a permis de faire connaissance avec un projet économique central pour l'agglomération agenaise. Le chantier est lancé, une première tranche de 46 hectares (sur 150 cessibles) est en cours de commercialisation et il faudra encore attendre un petit peu avant de voir les premiers bâtiments sortir de terre, d'ici la fin de l'année, plus probablement début 2018.

Figure emblématique de la French Tech à Agen Gaël Duval, président et fondateur de Jechange.fr, qui va s'installer sur 8.000 m2 de terrain à TAG, avait fait le déplacement à Bordeaux. Il était accompagné par une autre figure emblématique, mais de l'aéronautique cette fois, Emeric d'Arcimoles, natif d'Aubiac, tout près d'Agen, ex dirigeant de Safran Helicopter Engines, à Bordes (Pyrénées-Atlantiques), et président d'Agen-Garonne Entreprises : la structure qui doit faire la promotion et la commercialisation de Technopôle Agen Garonne à l'extérieur du Lot-et-Garonne.

Jechange.fr, le joyau qui grandit à Agen

Fondu dans le public pendant la première partie de la Matinale, Jean Dionis du Séjour, maire (UDI) d'Agen, président de l'Agglomération d'Agen, et conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, a fini par rompre le silence. Ces trois acteurs de l'économie agenaise ont été interviewés par Emmanuel Langlois, journaliste.

Comparateur d'offres destiné aux particuliers comme aux professionnels pour réduire leurs factures, Jechange.fr a trouvé son modèle.

"Nous travaillons avec les opérateurs de l'énergie ou encore du monde de l'assurance. Nous aidons les gens à se débarrasser de la paperasse. Nous sommes payés par les opérateurs qui nous engagent, c'est gratuit pour les usagers. Je suis arrivé à Agen suite au rachat d'une entreprise et puis le corps de la société s'est développé dans cette ville. Un des avantages c'est que les chasseurs de tête ne connaissent pas Agen et que c'est bien pour fidéliser les cadres" ,s'est amusé Gaël Duval, Parisien pur jus qui a déménagé la plupart de ses affaires au bord de la Garonne, où il emploie désormais 120 personnes.

Emeric d'Arcimoles est aussi dans sa pinasse

"Ce nombre de 120 salariés va encore augmenter. Nous finalisons le rachat d'une entreprise sur Bordeaux dont une partie pourrait éventuellement être transférée à Agen" a lâché le patron de Jechange.fr sans vouloir en dire plus, l'opération ne devant pas être dénouée avant trois semaines. S'il préside Agen-Garonne Entreprise, Emeric d'Arcimoles, qui dirige désormais BEAM, une entreprise de Strasbourg spécialisée dans la construction de machines par fabrication additive avec dépôt de poudre métallique, profite des liaisons haut débit et a installé son bureau dans une pinasse... sur le bassin d'Arcachon !

"Oui j'ai repris BEAM, une entreprise qui fait de l'imprimerie 3D métallique à Strasbourg. Nous avons des bureaux à Cincinnati et Singapour. Je suis également président de la fondation de l'Estia (Ecole supérieure des technologies industrielles avancées -NDLR), près de Biarritz, égrène Emeric d'Arcimoles. Le Lot-et-Garonne, poursuit-il, n'a pas une carte facile à jouer, car ce département doit composer avec des paramètres économiques durs. Se développer entre deux grandes métropoles comme Bordeaux et Toulouse n'est pas évident, a prévenu le promoteur de TAG. C'est pourquoi Jean-Alain Marriotti, alors président de la CCI de Lot-et-Garonne, a eu l'idée de créer une zone d'activité, pour faire rêver nos jeunes, les pousser à prendre leur destin en main".

Bordeaux à 1 million d'habitants, un monstre ?

Malgré son handicap le Lot-et-Garonne, un département très agricole frappé de plein fouet par l'entrée de l'Espagne et du Portugal dans la Communauté économique européenne, en 1986, bénéficie "de perspectives considérables pour la création d'emploi" a estimé le président d'Agen-Garonne Entreprise, développement qui passe d'abord selon lui par la formation. Agen n'est pas un désert et Gaël Duval arrive à trouver des ressources humaines sur place.

"Il y a des gens capables dans le digital, sachant que 80 % des métiers de l'Internet sont encore inconnus, d'où notre démarche qui inclut accueil, formation, fertilisation, fixation des jeunes. Il faut réussir le triptyque entreprise, formation, infrastructure pour que TAG marche. Notre projet est très ambitieux puisque nous allons développer un nouveau bâtiment avec près de 3.500 m2 de surface couverte. Nous comptons doubler de taille d'ici deux ou trois ans, à 250 salariés" éclaire Gaël Duval.

Depuis le bureau qu'il a installé sur sa pinasse, Emeric d'Arcimoles voit un nombre croissant de nouveaux arrivants venir s'installer au bassin d'Arcachon.

"A Bordeaux il faut faire attention... une métropole à 1 million d'habitants : on est peut-être en train de fabriquer un monstre !" lance-t-il d'un œil malicieux sans se départir de son sérieux. Agen n'est pas loin de Bordeaux, alors autant en profiter pour tenter l'expérience, suggère-t-il avant de revenir à l'économie. "A l'extérieur Agen personne ne connaît, les pruneaux non plus d'ailleurs... mois je leur vends la volonté de réussir plus la technologie, amenée par le secteur de la Défense, et ça, ça peut attirer beaucoup de gens" tranche-t-il.

Un pôle technologique du XXIe siècle

La prochaine édition bordelaise de notre édition papier pose la question de la cherté des logements à Bordeaux et Jean Dionis du Séjour, assis juste en face de la prochaine couverture de La Tribune, collée à un hublot, n'a pas laissé passer l'occasion.

"Agen c'est trois fois moins cher que Bordeaux : il faut y penser ! Et puis le Lot-et-Garonne se trouve sur de grands axes européens, Paris-Madrid, Bordeaux-Barcelone. La vallée de la Garonne est un couloir de prospérité avec trois villes : Bordeaux, Agen, Toulouse. Bordeaux et Toulouse sont prise dans la hausse des prix et les problèmes de circulation. Il reste Agen !" a plaidé Jean Dionis du Séjour avec enthousiasme.

L'annonce de l'arrivée d'une plateforme logistique de Système U dans l'emprise de TAG conforte le président de l'agglomération même s'il s'agit d'un transfert depuis Bon Encontre, parce que de nouvelles perspectives s'ouvrent. Et Jean Dionis du Séjour n'a pas oublié de rappeler que les deux grands employeurs de l'agglomération agenais sont le groupe pharmaceutique américain BMS et l'Agropole. D'où l'idée d'attirer aussi des sous-traitants de l'aéronautique et de faire de TAG la base d'un pôle technologique du XXIe siècle.

Une chance historique de réussir

Comme l'a rappelé Gaël Duval "l'histoire d'Agen c'est celle du ratage de la révolution industrielle, qui a été ratée parce que personne n'a essayé de s'y mettre : pour réussir la révolution numérique, il faut juste essayer".

Face à cette histoire, qui vaut aussi pour la quasi-totalité de l'Aquitaine, le patron de Jechange.fr se veut optimiste.

"Tous les territoires sont en compétition, il faut donc utiliser le réseau pour montrer que ça va bien, faire rêver. A travers Jechange.fr ce que j'essaie de faire pour Agen c'est développer un écosystème digital" souligne Gaël Duval.

Et malgré tout ce qu'il reste à réaliser, les augures sont peut-être plus favorables qu'on pourrait le croire, si le flux rentrant des entreprises délocalisées se confirme.

"Agen a une vraie chance. J'ai connu l'Eldorado du départ et aujourd'hui je vois l'Eldorado des retours. Un ingénieur informaticien à Bangalore (Inde) coûte désormais plus cher qu'un Français. Avec l'explosion des moyens de communication c'est le même prix partout, et quand vous intégrez les coûts pour défaut de qualité vous vous rendez compte qu'il y a un problème" décortique Emeric d'Arcimoles.

Cette mode du retour des entreprises en France n'en serait qu'à ses débuts, augurant d'un développement futur potentiellement très porteur. Un créneau peut-être historique pour Agen qui pourrait saisir sa chance grâce à cette base avancée du XXIe siècle qui commence à sortir de terre à ses portes.

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