Numérique et billettique, deux enjeux de la mobilité métropolitaine

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Fernando Nunes da Silva (Association internationale de développement urbain), qui intervenait à distance, Hervé Lefèvre (Keolis Bordeaux Métropole), Nicolas Fontaine (Bordeaux Métropole), Richard d'Humières (Tomtom), Yann Hervouet (Instant System), Mounia Van de Casteele (La Tribune)
Fernando Nunes da Silva (Association internationale de développement urbain), qui intervenait à distance, Hervé Lefèvre (Keolis Bordeaux Métropole), Nicolas Fontaine (Bordeaux Métropole), Richard d'Humières (Tomtom), Yann Hervouet (Instant System), Mounia Van de Casteele (La Tribune) (Crédits : Appa)
La deuxième table ronde du Forum Smart City Bordeaux organisé vendredi par La Tribune avait pour thème "Mobilité et métropole". Tous les intervenants ont abordé la question des transports combinés, solution incontournable pour résoudre la saturation dans les métropoles, avec deux leviers indispensables pour y arriver : le numérique et la billettique.

"Aujourd'hui la complexité des déplacements urbains est énorme, d'autant que les gens évoluent dans leurs déplacements en fonction de l'évolution de la vie."

Fernando Nunes da Silva, adjoint au maire de Lisbonne, vice-président de l'Association internationale de développement urbain, a expliqué en préambule à la table ronde dédiée à la mobilité dans les métropoles que pour faciliter la vie des citoyens en termes de mobilité, il fallait jouer sur le sharing city ou la ville connectée, solidaire, participative, et proposer des solutions combinant voitures, TCSP (transports en commun en site propre), zones piétonnes, vélos.

"Aujourd'hui on comprend qu'il faut exploiter au maximum l'idée que l'on n'a pas besoin d'être propriétaire d'un mode de transport pour se déplacer, mais dans un système public, d'un transport individuel qui peut compléter le transport collectif."

Ce que confirmait Nicolas Fontaine, directeur des mobilités de Bordeaux Métropole :

"On voit que les transports en commun cela marche bien mais cela a ses limites, puisque cela représente 10 à 15 % des déplacements, donc il faut combiner plusieurs modes de transport, il faut de l'intelligence et c'est là que les NTIC interviennent. Bordeaux Métropole a voulu insérer cela dans une stratégie de mobilité qui a été votée en  janvier et qui fait une part à l'intelligence numérique."

En faisant appel notamment à trois des intervenants qui étaient conviés sur cette table ronde et ont ainsi pu témoigner de leurs expériences et solutions en la matière : Keolis, TomTom et Instant System, qui a développé l'application Boogi, lancée cette semaine sur la métropole bordelaise (disponible aujourd'hui sur Android, à partir du 1er juin sur iPhone).

"Cela permet de combiner le covoiturage et les transports en commun en proposant une solution de porte à porte. L'idée est celui d'un calcul d'itinéraire pour combiner les modes de mobilité institutionnelle par une offre de plate-forme qui fonctionne soit en planifié soit en dynamique à l'instant où l'on part", Yann Hervouet, CEO d'Instant System (Boogi). "C'est le BlaBlaCar de la courte distance", indiquait-il en précisant qu'au final "ce sont les gens qui décident de leur mobilité. On peut inciter au covoiturage car le système est très flexible. Le problème est : comment lever les réticences des gens ?"

Car la difficulté sera de convaincre les automobilistes qui se garent au parc relais de la Buttinière, à Lormont, régulièrement saturé, sur lequel cette application va être proposée dans un premier temps. L'idée est de convertir les conducteurs et les passagers par un système de récompense des utilisateurs avec TBM, réseau de transport en commun de Bordeaux Métropole. Un conducteur qui vient en prenant un passager pourrait ainsi voir son abonnement transports pris en charge à 100 % par TBM, a annoncé lors de ce forum Nicolas Fontaine, directeur des mobilités de Bordeaux Métropole.

"L'expérience de Boggi est très intéressante car on ne peut répondre à tous les besoins. Boogi est un complément intéressant de flux adaptés à la voiture et qui convergent vers un point : c'est l'ère de la complémentarité. L'enjeu est de le faire savoir. C'est une innovation intéressante, notre concept est de faire confiance à l'intelligence des gens", rappelait Hervé Lefèvre, directeur général de Keolis Bordeaux Métropole.

Autre solution, fluidifier les déplacements de ceux qui ne peuvent éviter de prendre leur véhicule. Richard d'Humières, Automotive Accounts Director de TomTom, expliquait toute l'importance des données dont elle dispose grâce à ses utilisateurs, et les services qu'elle peut fournir en retour :

"TomTom permet de récolter de la data dans les véhicules de conducteurs. Il y a une dizaine d'années, on a commencé à travailler sur cette problématique du trafic. La stratégie de TomTom est de mettre à disposition des autorités locales des outils et une data monstrueuse, avec 9 milliards de traces par jour : d'où TomTom City. Bordeaux est précurseur : il s'agit de fournir gratuitement un tableau de bord pour voir le trafic en temps réel, les congestions, les points noirs sur les trois derniers mois ainsi que tout un tas d'indicateurs. Nous disposons de bases de données d'information qui vont permettre aux spécialistes d'aller creuser. On va être capables, c'est bientôt en test, de donner des outils à la ville pour avoir un impact direct sur nos utilisateurs TomTom, c'est-à-dire pour que les autorités locales puissent en cas de manifestation, de rue fermée, etc., envoyer cette information à TomTom qui pourra en tenir compte dans la navigation qu'elle offre à ses utilisateurs."

Ainsi cet exemple donné par Nicolas Fontaine, directeur des mobilités de Bordeaux Métropole : "Aujourd'hui on peut signaler par exemple la levée du pont Chaban-Delmas, ce qui était impossible jusqu'à présent." Des réflexions sont également en cours concernant les itinéraires de substitution.

Un compte mobilité pour faciliter l'usage

Fernando Nunes da Silva rappelait les difficultés de Lisbonne pour proposer un système unifié de transports en commun dans toute la métropole, alors même que la capitale portugaise est un exemple en termes de billettique :

"A Bordeaux, on passe au concret, à la réalisation ; à Lisbonne, on en est encore à la réflexion. Bordeaux a su établir un système de fonctionnement métropolitain très important en rassemblant le  centre et sa périphérie, c'est une chose non résolue à Lisbonne où, avec 18 municipalités, il est impossible de trouver un accord politique. Aujourd'hui il n'est pas possible de construire un système de transport collectif performant donc il faut construire un système combiné mais on ne peut le faire que dans une vision métropolitaine. Il faut trouver un système facile d'accès au transport collectif et partagé."

Un accès qui pose deux questions : quelles sont mes alternatives, combien de temps je dois attendre, quels trajets, etc. "A Lisbonne, il n'y a pas d'autorité qui organise tout le système de transport, il faut un mastère pour comprendre", commente Fernando Nunes da Silva.

Deuxième question : celle de la billettique.

"Comment on paie ça ? Il faut disposer d'un mode de paiement qui peut être utilisé partout : stationnement, péage urbain, transports collectifs, transport partagé. Il faut un compte mobilité pour ne payer qu'une seule fois par mois. On ne peut flexibiliser le système de transport collectif mais on peut le faire pour les autres modes de transport complémentaire."

"On travaille sur un système de billettique, a confirmé Nicolas Fontaine, directeur des mobilités de Bordeaux Métropole. C'est compliqué, c'est une révolution, mais on a envie de résoudre ce challenge technique."

En clôture de la matinée de ce Forum Smart City, Virginie Calmels, vice-présidente de Bordeaux Métropole, adjointe au maire de Bordeaux en charge de l'Economie, de l'Emploi et de la Croissance durable, a rappelé que la métropole "a résolument pris le tournant de la ville intelligente (....) Bordeaux a mis au cœur de son projet l'intelligence humaine, la French Tech, l'innovation, la formation. Nous voulons propulser Bordeaux au premier rang des villes européennes hyper connectées, c'est aussi important que les infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires."

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