Hace veut surfer la vague des énergies marines renouvelables

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Hace exploite l'énergie des vagues pour produire de l'électricité en continu et à bas coût.
Hace exploite l'énergie des vagues pour produire de l'électricité en continu et à bas coût. (Crédits : Hace)
Hace (Hydro Air Concept Energie), porteuse d’une innovation de rupture dans les énergies marines renouvelables (EMR) permettant de produire à bas coût de l’électricité à partir de l’énergie des vagues, lance une campagne de crowdfunding sur la plateforme Happy Capital. Objectif : réaliser son premier prototype préindustriel.

C'est en passionné de plongée sous-marine que Jean-Luc Stanek a pris conscience de la force des vagues et surtout a eu l'idée de ce qu'il était possible d'en faire pour produire de l'énergie. Créée en 2013, la société Hace (Hydro Air Concept Energie) a mis au point une innovation de rupture dans les énergies marines renouvelable : produire de l'électricité à bas coût, à partir de l'énergie des vagues,  24h/24. C'est cet aspect non intermittent que met en avant la société pour son système, dont ne peuvent bénéficier les autres énergies renouvelables comme le solaire ou l'éolien : quand le soleil se couche et le vent faiblit, Hace continue de produire de l'énergie.

Cette solution fonctionne avec un système de flotteurs qui montent et descendent, aspirant et comprimant l'air à l'intérieur des colonnes, mettant un compartiment en surpression, un autre en dépression ; entre les deux : un courant d'air qui peut monter à plusieurs centaines de kilomètres-heure dans un espace où est installée la turbine conçue par les ingénieurs d'Hace, avec la participation de son partenaire Sogeti High Tech. L'Ensam Bordeaux (Ecole nationale supérieure d'Arts et Métiers), le bureau de recherche et développement Exogreen ou le cabinet d'ingénierie Energie de la Lune par exemple interviennent également sur ce projet.

Expérimenté une première fois avec un petit prototype de manière artisanale, le concept a commencé à fonctionner avec 4 centimètres de hauteur de vague.

"Il y a des vagues 99 % du temps en Atlantique, 95 à 97 % en Méditerranée ; le lac Léman, c'est 50 à 70 % de temps de production. Cela va très au-delà du solaire et de l'éolien et en plus, les vagues sont plus fortes le soir que le matin et plus fortes en hiver qu'en été, donc notre production est en phase avec la consommation", s'enthousiasme Jean-Luc Stanek, fondateur de la société.

Convaincre les premiers clients

Mais il faut désormais aller au-delà pour convaincre les premiers clients. Hace vient de lancer une levée de fonds sur la plate-forme de crowdfunding Happy Capital. Objectif : 900.000 €, pour construire le prototype préindustriel de 200 kW qui valide les premiers essais et sera fabriqué par Ponticelli à Bassens. L'inventeur veut démontrer aux sceptiques que son système exploitant l'énergie houlomotrice fonctionne aussi à grande échelle et achever de convaincre les premiers clients potentiels.

"Quand ils verront le prototype marcher, je pense que cela va se transformer en commandes fermes, explique Jean-Luc Stanek. Nous avons déjà des déclarations d'intérêt très fortes, qui représentent de l'ordre de 300 à 400 M€ : c'est énorme pour une startup comme nous mais c'est ridicule par rapport à la taille du marché. Si on est moins intermittent et moins cher, on lève les deux principaux freins du marché. Le marché mondial des systèmes de production d'énergie renouvelable, c'est 270 Md€. Le marché électrique global, c'est 1.800 Md€."

Abordable et non intermitent

La levée de fonds auprès d'Happy Capital permettra à l'entreprise de démarrer quoi qu'il arrive. Mais elle est également en train de lever des fonds auprès d'investisseurs matures. 200.000 € ont déjà été signés, des discussions en cours avec des particuliers et entrepreneurs. "Si on trouvait 1 ou 2 M€ de plus, on pourrait aller plus vite", explique Jean-Luc Stanek.

Dans sa thèse soutenue en avril dernier, Jean-Luc Jacob (cadre à la DZ bank qui regroupe 1.200 banques mutualistes allemandes) a émis une évaluation de Hace en fonction du prix de l'électricité produite par la société (méthode LCOE ou "Levelized Cost of Energy" pour "coût actualisé de l'énergie", qui permet de calculer le prix total d'une énergie en prenant en compte la durée de vie de l'équipement qui la produit). Avec un LCOE de 7,3 centimes €/kWh (soit 73,02 €/kWh), la valorisation de HACE serait de l'ordre de 115 M€.

"Nous pensons probable d'arriver à un LCOE de l'ordre de 3 centimes dans un premier temps, avec un espoir sérieux d'évoluer vers 1 centime à moyen terme lorsque nous aurons atteint tous nos objectifs de gain de performances, entretien et mise en œuvre, après validation des tests et études de chacun des composants de Hace", indique la société.

Les grands énergéticiens et majors de l'eau s'intéressent de près au dossier. Un accord avec un acteur majeur du marché devrait d'ailleurs être bientôt annoncé.

"Il existe déjà un millier de procédés pour récupérer l'énergie des vagues, les grands groupes y ont déjà pensé, mais ce qu'il faut c'est un produit abordable avec de l'énergie non intermittente, soit plus de 8.000 heures par an, pour abaisser le coût. Aujourd'hui je pense que l'on sera plus concurrentiel que le gaz et le charbon à leurs plus bas prix, et donc que le nucléaire. C'est la raison pour laquelle en étant compétitif on peut le proposer à la planète entière", assure Jean-Luc Stanek.

D'autant que ce système propose aussi une solution de désalinisation :

"Le problème de Hace, c'est qu'il produit de l'énergie tout le temps, qui n'est pas consommée tout le temps. Quand cette énergie n'est pas consommée, on peut faire avec, aux heures creuses, de l'eau douce à bas prix, l'eau douce étant un moyen de stockage de l'énergie. Ça permet aussi de déstresser les nappes phréatiques. Des dizaines de métropoles dans le monde ont des problèmes d'eau douce monstrueux."

Solution pour la transition énergétique, l'innovation d'Hace, qui a été soutenue par ADI (Agence de développement et d'innovation de la Région) ou Bpifrance, a été demi-finaliste de l'Open CleanTech France en juillet 2015 et a reçu le Prix I'nov Pro Transtech 2015 à Bordeaux.

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Commentaires
a écrit le 01/08/2016 à 9:57 :
C'est en effet une des énergies qui me semble le plus homogène à exploiter, dommage que l'économie s'oriente vers tel ou tel projet à la mode parce que des investisseurs s'y sont déjà mis étant donné que les forces marées motrices sont inépuisables et là en permanence.

Espérons qu'il reste des investisseurs intelligents...

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