Grande région : la décentralisation menacée ?

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La métropole bordelaise va-t-elle vampiriser le reste de la future grande région ?
La métropole bordelaise va-t-elle vampiriser le reste de la future grande région ? (Crédits : Objectif Aquitaine / Mikaël Lozano)
A quelques mois de la fusion des trois régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, préparer et ne pas subir cette évolution semblent être les mots d’ordre des Ceser (Conseil économique social et environnemental régional) des trois régions. La fusion ne sera pas sans conséquences et créera une rupture qu’il faut anticiper dès aujourd’hui. Une question qui a notamment fait débat hier lors de la 3e édition du Forum conjoncture organisé par le Ceser d’Aquitaine à l’Hôtel de Région à Bordeaux.

"2015, année de ruptures ? Prises de conscience et anticipations", était le thème du dernier Forum conjoncture ouvert par le président du Ceser d'Aquitaine, Luc Paboeuf. Jean-Claude Bach, directeur régional de la Banque de France ; Maurice Borde, vice-président du Ceser du Limousin ; Michael Goetz, délégué régional de l'Anact ; Corinne Lantheaume, secrétaire régionale CFDT en charge du dialogue social territorial ; François Moraud, expert stratégie produit, éditeur et expert numérique et coprésident d'Aquinum ; Jany Rouger, vice-président du Ceser de Poitou-Charentes et Marc de Tapol, président TDM Ingénierie, étaient présents pour exprimer leur  avis concernant la ou  les "rupture(s)" que semble incarner la  fusion des régions prévue pour 2016, et débattre avec les citoyens. A la veille de la fusion régionale, le Ceser doit se préparer à trois ruptures selon Luc Paboeuf. Les deux premières sont d'ordres territoriales et conjoncturelles et la troisième est une rupture de modèles.

Un coup d'arrêt à la décentralisation

La rupture territoriale est vraisemblablement celle qui a suscité le plus de débats lors de ce forum : "Il faut que cette rupture soit portée par les acteurs de la société civile et non subie", souligne Luc Paboeuf, le président du Ceser d'Aquitaine. Pertes d'emplois,  éloignement des centres décisionnaires publics et privés, montée du vote Front National, voilà les raisons suscitant certaines inquiétudes quant à la future grande région. C'est aussi un risque d'effacement du paysage économique et politique des capitales de certaines régions selon Maurice Bordes, vice-président du Ceser du Limousin.

"La fusion des régions marque un coup d'arrêt à la décentralisation entreprise par Gaston Deferre et François Mitterrand", explique-t-il. La fusion des régions peut en revanche être une chance à condition qu'elle soit anticipée et accompagnée par tous selon le vice-président du Ceser du Limousin. "Il faut éviter l'isolement de Limoges, capitale du Limousin, avec une mise en relation avec d'autres agglomérations pour développer des coopérations fructueuses", précise-t-il.

Investissement et confiance : les clés de la croissance ?

Selon Jean-Claude Bach, directeur régional de la Banque de France deux ingrédients sont indispensables à la relance de la croissance économique en France : le dynamisme et la confiance. L'Aquitaine a l'avantage d'être l'une des régions les plus dynamiques de l'Hexagone en matière de production avec un taux d'investissement sur la valeur ajoutée de 19,9 % qui s'avère plus élevé que celui de la France (18,6 %). Avec une dépréciation de l'euro déclenchée par un excédent  de monnaie, "il  faudrait impérativement que l'investissement prenne le relai de la consommation et du surcroit du pouvoir d'achat qu'a créé la politique monétaire".

Des emplois sont à créer au sein des TPE et PME.  Ne surtout pas se fier au dogme selon lequel plus d'emplois sont créés au sein des grands groupes comme Google et Apple : "N'oubliez pas l'action des régions envers les ETI (entreprises de  taille intermédiaire). Les ETI d'Aquitaine sont d'ailleurs celles qui investissent, innovent et emploient le plus. Cherchez l'erreur !", s'exclame-t-il. Une meilleure réactivité pour mieux vendre à l'étranger serait la bienvenue. Cependant, celle-ci serait contrainte par les codes du travail et de l'urbanisme par exemple. "Il faut trouver le juste milieu entre la réglementation et la liberté", explique le directeur régional de la Banque de France.

Menace sur les communes

La confiance quant à elle, est un outil politique qui donne de la stabilité en termes de prélèvements et de contrat social. La question est donc la suivante : faut-il avoir  confiance en la fusion des régions ? Avec les communes qui se regroupent en communautés d'agglomération et la fusion prochaine des régions, il est clair qu'un éloignement de plus en plus important de la prise de décision sur le plan politique est en marche...

Selon Jany Rouger, vice-président du Ceser de Poitou-Charentes, le signe majeur de cette rupture est la montée du vote pour le Front National qui est passé de 5 % il y a une dizaine d'années à plus de 20% des suffrages aujourd'hui dans la région. La réforme territoriale présente en effet deux conséquences pour les habitants des communes rurales selon lui : "le développement massif des communautés d'agglomérations et le devenir de l'intercommunalité en tant qu'échelon majeur de la relation avec la région". Si les communes disparaissent en tant qu'entité,  ces dernières doivent être la porte d'entrée vers la région, suggère-t-il.

Vers l'économie de partage ?

L'année 2015 semble être également en rupture avec les modèles économiques classiques en raison du développement massif des espaces de travail partagé, autrement dit coworking   (10 % à Bordeaux) et des Tiers Lieux qui accompagnent, tout comme les institutions régionales, la création d'entreprise. "A Bordeaux, j'ai découvert un lieu de coworking fondé par Aquinum (Association des professionnels du numérique en Aquitaine) et j'ai rencontré beaucoup de professionnels qui ont cette démarche de créer une entreprise dans le numérique et qui vont voir ces incubateurs", explique François Moraud, coprésident d'Aquinum.

Même si les institutions régionales accompagnent toujours les créations d'entreprises, les coworking et les Tiers Lieux sont des lieux de brassage comme le Node par exemple, dans lesquels les projets naissent de l'enrichissement des compétences.

Malgré la  fusion des trois régions, l'avenir des Ceser des trois régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes reste incertain. Une réunion des trois Ceser  pour la  future grande région entraînerait la réduction du nombre de membres selon le président du Ceser d'Aquitaine, Luc Paboeuf...

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