Hubert Védrine veut une réforme par ordonnances

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Jack Bouin, Hubert Védrine, Rémi Garuz
Jack Bouin, Hubert Védrine, Rémi Garuz (Crédits : Agence Appa)
L’assemblée générale du Crédit agricole d’Aquitaine, qui s’est tenue mardi 12 mai au Palais des congrès de Bordeaux, a accueilli une personnalité marquante de la vie politique et diplomatique française : Hubert Védrine, adepte d’une thérapie de choc pour réformer le pays.

Avant le début de la conférence-débat "Comment la France peut-elle se redresser ?", donnée par Hubert Védrine, le président du Crédit agricole d'Aquitaine, Rémi Garuz, a commenté la nomination de Jack Bouin, directeur général de la banque régionale, au poste stratégique de 1er vice-président de la Fédération nationale de Crédit agricole (FNCA) : "Les directeurs généraux ont choisi le meilleur d'entre eux", a-t-il observé. Patron opérationnel du "premier financeur de l'économie d'Aquitaine", à la tête de 2.560 collaborateurs, Jack Bouin a souligné de son côté que, malgré ses nouvelles responsabilités, l'Aquitaine restait au centre de ses préoccupations. Une région où le Crédit agricole, comme l'a rappelé Rémi Garuz, totalise 900.000 clients, soit un Aquitain sur trois, plus de 300.000 sociétaires et plus de 1,5 Md€ de fonds propres. Revenant sur l'invitation adressée à Hubert Védrine, Jack Bouin a expliqué qu'il s'agissait de modifier le format des assemblées générales. "D'habitude nous parlons de nous, aujourd'hui nous le ferons encore mais nous allons surtout parler de vous", a-t-il relevé.


François Mitterrand puis Jacques Chirac


Invité à éclairer la situation du pays, Hubert Védrine a notamment confronté le ressenti ambiant des Français, en proie à un pessimisme en passe de devenir proverbial, avec l'image qu'ont de la France les dirigeants des autres pays, après avoir rappelé que même pendant les Trente Glorieuses, à la croissance si convoitée, les Français se montraient déjà pessimistes... Tour à tour conseiller à la cellule diplomatique de l'Elysée, lors du premier septennat de François Mitterrand, puis porte-parole de la présidence et secrétaire général de l'Elysée, Hubert Védrine a suivi de près les négociations qui ont mené au traité de Maastricht, puis les épisodes parmi les plus dramatiques de l'histoire européenne récente, avec la guerre du Kosovo. Hubert Védrine était alors ministre des Affaires étrangères, sous l'autorité du Premier ministre Lionel Jospin et du président Jacques Chirac.


Un pays historiquement prétentieux


Hubert Védrine, qui n'a pas manqué de dénoncer le rôle néfaste joué selon lui par la presse dans le pessimisme des Français, a posé les bases de son intervention. "Je suis là pour vous parler de la nécessité de la réforme en France. J'ai passé 19 ans au cœur du pouvoir, dont 14 ans avec François Mitterrand, mais je suis arrivé à un moment où même la France, avec son prestige, sa puissance, se montre incapable de faire des réformes qu'à peu près tous les autres pays développés ont réussi", a-t-il averti. Le problème pour Hubert Védrine, c'est que cet immobilisme commence à porter atteinte à l'image de la France, y compris sur le plan diplomatique. Si l'image de la France à l'étranger est bien plus considérable que ce que les Français semblent croire, elle n'a pas que des côtés positifs. "Nous sommes un pays historiquement prétentieux. Après s'être nommée Fille aînée de l'Eglise, la France est devenue la Patrie des droits de l'Homme" a rappelé l'orateur, sans oublier la mission civilisatrice universelle affichée à l'époque coloniale, avant d'estimer "nous avons des idées universalistes ce qui signifie que nous projetons nos idées sur le monde, et quand c'est l'inverse, nous n'en voulons pas, on refuse de tenir compte des expériences menées ailleurs". Passé cette petite séquence d'autocritique à la mode anglaise, Hubert Védrine a défendu la nécessité de la réforme après avoir tout de même noté que, sur les 193 pays membres de l'Organisation des Nations unies (ONU), "il y en a au mois 170 qui seraient très contents d'être à notre place".


Mécanique autobloquante


Ce partisan de l'optimisme a pris ses distances avec l'amélioration sensible de l'économie en ce premier semestre 2015. Baisse de la parité de l'euro avec le dollar -qui facilite nos exportations-, recul historique des taux d'intérêts et des cours du pétrole sont ainsi autant de bonnes nouvelles qui ne suffiront pas aux Français, selon Hubert Védrine, à devenir plus compétitifs et "à faire face à la montée des pays émergents". Ce manque de souffle de l'économie tricolore, le conférencier l'a situé dans une sorte de dérive historique. "Le poids gigantesque de la protection sociale était nécessaire au début, mais il est devenu incontrôlable. A l'époque du Conseil national de la Résistance, personne n'aurait pu imaginer qu'on en arrive à une situation où il devient plus avantageux de ne pas travailler que de travailler !", a étayé Hubert Védrine. Entre les partisans du statu quo et ceux pour qui la dette n'est pas mauvaise en soi, la mécanique autobloquante hexagonale a de puissants ressorts et menace de durer, a-t-il averti.


Une coalition pour sortir de l'ornière


Campant sur une position radicale, Hubert Védrine a estimé que ce que disaient les économistes libéraux de l'Ecole de Chicago, dont Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont été les icônes au début des années 1980, "était bien au début", tout en admettant que ce modèle anti-keynésien était allé trop loin dans la dérégulation des marchés financiers, avec le triomphe de "l'économie casino". Un modèle auquel les pays de l'Union européenne, France en tête, ont emboîté le pas sans barguigner. Pour sortir de l'ornière actuelle en France, l'orateur a préconisé une thérapie politique de choc, à la portée selon lui des réformateurs. D'autant que "les Français comprennent plus vite que leurs élus et sont prêts aux réformes". Hubert Védrine en appelle ainsi à une "coalition momentanée des forces de droite et de gauche", qui pourrait gouverner pendant quelques mois par ordonnances pour faire adopter les réformes qui s'imposent, "ensuite chacun reprendrait ses billes". Rien à avoir avec un gouvernement d'union nationale, "nous ne sommes pas en guerre", a souligné Hubert Védrine. Sans rentrer dans les détails de cette réforme, Hubert Védrine a clairement indiqué qu'elle reposait sur une cure d'amaigrissement de l'Etat.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2015 à 13:09 :
L'UE se construit déjà par ordonnance par le seul fait d'être commencé a l'envers, les véritables "causes" sont devenue des "effets" pour la commission et le scepticisme des peuples une "cause"! (Alors que ne n'est que le résultat)
a écrit le 19/05/2015 à 10:52 :
Ben voyons , les marxo/socialistes au pouvoir ,n'ont en 3 ans , réformer que les statut du mariage plagié à nos parents et le relèvement fiscal à la hausse...voilà que maintenant au abois, ils veulent imposer leurs improductivité congénitale à coup d'ordonnances...! A noter , que c'était ni plus ni moins, l'attitude des soviétiques avant le collapse final...

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