Fleur Pellerin : "Pour être un bon innovateur, il faut être prêt à se planter"

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Fleur Pellerin s'est retirée de la vie politique et a fondé un fonds d'investissement
Fleur Pellerin s'est retirée de la vie politique et a fondé un fonds d'investissement (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Conviée par la Banque Casino à s'exprimer sur le sujet de l'innovation, Fleur Pellerin a livré son regard sur cet enjeu dans l'amphithéâtre de la Cité du vin à Bordeaux. L'ancienne ministre déléguée et secrétaire d'Etat, aujourd'hui dirigeante du fonds d'investissement Korelya Capital, donne quelques clés et conseils, notamment à destination des banques traditionnelles.

L'ancienne ministre déléguée aux PME, à l'Innovation et à l'Economie numérique, puis secrétaire d'Etat chargée du Commerce extérieur, du Développement du tourisme et des Français de l'étranger avant de devenir ministre de la Culture et de la Communication, a quitté la vie politique en 2016 et créé le fonds d'investissement Korelya Capital. D'emblée, elle incite le public à s'interroger : "Pourquoi aujourd'hui parle-t-on d'innovation et non plus de progrès ?" Après un détour par "les barbares" du numérique, ces acteurs capables de vampiriser un secteur d'activité, l'ancienne ministre déléguée livre sa propre vision :

"Innover, c'est être avant tout dans l'agilité pour anticiper et être au plus près des nouveaux besoins. Pour être un bon innovateur, il faut être prêt à se planter. Peut-être que notre système d'éducation et notre culture ne nous y préparent pas", regrette-t-elle.

Quant aux Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazin, NDLR) américains, sont-ils des innovateurs ou des prédateurs, demande la salle ?

"Les deux, répond Fleur Pellerin. Ils ont été de formidables innovateurs et ils continuent à l'être. Mais ils ont verrouillé des positions de marché dominantes, et verrouillé par là-même l'innovation des autres. Cette position dominante va à l'encontre du libéralisme et de l'économie de marché car ils en abusent, assèchent l'intelligence en recrutant les compétences à prix d'or. Je leur reproche également de se donner une image cool tout en échappant à l'impôt. Refuser l'impôt, c'est ne pas vouloir contribuer aux infrastructures, aux systèmes de formation des pays dans lesquels ils exercent et ça n'a rien de cool."

Interrogée sur la réussite du mouvement French Tech, dont elle est à l'initiative, Fleur Pellerin répond sans vraiment répondre, arguant que la phase de lancement a "très bien marché" mais qu'en lisant les comptes-rendus du dernier CES dans la presse, elle y a aussi "vu du gadget, pas fidèle à l'esprit French Tech". L'ancienne femme politique rejoint un constat aujourd'hui très partagé : le problème ne réside plus dans l'amorçage des startups mais dans leur capacité à grandir très vite :

"Il n'y a pas assez de Cdiscount, de Blablacar en France. Je pense pourtant qu'on en est capable, mais il faut davantage aider la phase où l'on passe de 10 à 100 millions de chiffre d'affaires, où l'on passe de 500 à 1.500 employés."

Les banques traditionnelles doivent se frotter aux acteurs émergents

Sollicitée sur l'innovation dans le secteur bancaire et l'émergence des fintechs, Fleur Pellerin s'est dit impressionnée par la rapidité du changement du secteur bancaire en Asie, citant entre autres les néobanques créées par des réseaux sociaux et applications de messagerie instantanée, capables d'acquérir massivement des clients.

« C'est intéressant d'observer ce mouvement, qui pourrait se répliquer ailleurs même si rien n'est systématique, précise Fleur Pellerin. Les banques traditionnelles ont globalement du mal à appréhender l'innovation, les nouveaux concurrents que sont les néobanques. Concernant ces dernières, il y en a eu quelques-unes en France mais aujourd'hui les plus intéressantes, de mon point de vue, sont européennes", citant N26 et Revolut en exemples.

Mais l'ancienne ministre déléguée n'évoque pas, dans son discours, d'autre sort qu'un rachat : "Je ne sais pas si elles vont être absorbées par des banques traditionnelles ou par des Gafa qui voudraient pénétrer le marché fintech." Livrant ensuite les tendances repérées :

"On s'oriente vers le cashless (la disparition de l'argent liquide au profit de cartes ou bracelets préalablement crédités, NDLR). Je suis d'ailleurs sidérée de voir le retard français en la matière, d'autant plus que je suis administratrice de plusieurs festivals de musique et que je vois que ce moyen de paiement est encore peu répandu dans ce secteur. Les cryptomonnaies ne sont pas en odeur de sainteté en ce moment avec la chute du Bitcoin mais la blockchain est une technologie qui sera, je pense, utilisée dans les transactions internationales car elle permettra de réduire massivement les commissions sur ce type de transactions."

Il reste encore, pour les banques traditionnelles, à identifier ces transformations et à acculturer leurs équipes pour qu'elles s'en saisissent.

"Le facteur clé de la transformation des banques est avant tout de créer en interne un état d'esprit général propice à l'innovation, une curiosité permanente et des relations avec les nouveaux acteurs en organisant des points de contact, pourquoi pas des sessions de travail en commun, du brassage et des échanges de salariés pendant des périodes données... Les salariés des banques traditionnelles doivent comprendre comment ça se passe à l'extérieur, avoir la possibilité de rencontrer en permanence des écosystèmes innovants. L'important est de conserver de l'agilité, de transmettre la culture de l'ouverture et de la remise en question, d'éviter l'écueil de la bureaucratie et d'insuffler la capacité à se mettre en danger à tous les étages, à s'entourer de gens qui pensent différemment."

Dans le secteur du logiciel, Fleur Pellerin cite en exemple "la transformation de Microsoft ces deux ou trois dernières années : on n'a pas l'impression, quand on la visite, d'avoir affaire à une entreprise qui a 20 ans."

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Commentaires
a écrit le 21/01/2019 à 10:15 :
Ça c'est la théorie qu'il convient d'affirmer puisque vérité avérée maintenant chère Fleur, soyons honnêtes et avouez que plus on a un bon et gros réseaux et plus il est facile de réussir.

"L'ex-ministre Fleur Pellerin visée par des soupçons de prise illégale d'intérêts" http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/12/19/25001-20181219ARTFIG00050-l-ex-ministre-fleur-pellerin-visee-par-des-soupcons-de-prise-illegale-d-interets.php

AH les faits sont têtus hein et avec internet des faits on en a autant que l'on veut.

On comprend bien pourquoi nos médias de masse traditionnels essayent de discréditer via les si pratiques "fakes news", toutes les vérités qui sont publiées par ce média révolutionnaire.

Quelle claque ils sont en train de prendre dans la figure là et du coup c'est toute l’hypocrisie de notre société à savoir cette alliance tacite pas réfléchie mais convergente dans l'intérêt de chacune des parties, entre politiciens, hommes d'affaires et médias qui vole en éclat.

JE ne pensais pas que cette association de malfaiteurs, tellement bien installée, tellement bien organisée, serait menacée un jour et ça c'est quand même une sacrée révolution à analyser. Avec Trump aussi bien entendu !

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