Finance : "Les chefs d'entreprise sont victimes du syndrome de Stockholm"

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Olivier Goy, fondateur de Lendix
Olivier Goy, fondateur de Lendix (Crédits : Lendix)
[#Biznext] L'émergence en France des fintechs bouleverse les règles du jeu et force les acteurs bancaires traditionnels à bousculer leurs habitudes. Comment, demain, se financeront les entreprises ? Invité de Biznext Bordeaux le 17 décembre, Olivier Goy animera la masterclass "Financer autrement". Le fondateur de la plateforme Lendix, une des fintechs françaises les plus prometteuses, n°1 du prêt en ligne aux PME, donne quelques éléments de réponse.

Fondateur en 2000 de 123Venture, société de gestion spécialisée dans le capital investissement et l'immobilier, dédiée aux investisseurs privés, Olivier Goy est un expert du financement des entreprises. Il a quitté en 2014 la présidence exécutive de 123Venture (il en est aujourd'hui le président du conseil de surveillance) pour fonder la startup Lendix. Cette plateforme propose des prêts aux PME et TPE provenant d'investisseurs privés et institutionnels. Lendix a connu des débuts fulgurants, levant coup sur coup 7 M€ en novembre 2014 et 28 M€ en mars 2015. Elle est le premier site de crowdlending à avoir permis en France un prêt de 1 M€ en une seule tranche. Olivier Goy animera la masterclass "Financer autrement" lors de la 1re édition de Biznext, le 17 décembre à Bordeaux. Inscrivez-vous et venez lui poser vos questions en direct !

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Olivier Goy, Lendix met en relation des entreprises en recherche de financement et des particuliers ou institutionnels. Aux débuts de la plateforme en 2014, vous avez ciblé précisément les TPE. Il s'avère finalement que des entreprises plus structurées, PME ou ETI, font aussi appel à votre service ?

"Oui, à mon grand désespoir ! (Rires) Nous voulons attirer tout le monde, et sans aucun parisianisme. Notre principal problème, c'est que certains dirigeants de TPE sont victimes du Syndrome de Stockholm. Ils disent du mal de leur banque, répètent qu'elles ne prêtent pas, mais ils ont deux types de réaction quand nous les sollicitons. Ou ils pensent que nous sommes une arnaque car ils ne nous connaissent pas, ou ils craignent des représailles de leur établissement bancaire si jamais ils optent pour le crowdlending. Nous ne rencontrons pas ce phénomène chez les PME et ETI.
Il se trouve que le premier prêt a été accordé à Alain Ducasse Entreprise. Il a montré l'exemple, d'autres gros acteurs comme les pressings 5àSec ont suivi. Mais nous avons aussi prêté à un petit restaurateur de Lozère qui avait besoin de 150.000 €. La majeure partie des prêts sont entre 30.000 et 1 M€. Lendix fait un très bon démarrage, avec 10 millions d'euros prêtés pour financer 50 projets en sept mois. Nous avons également demandé notre agrément en Espagne."

La France compte aujourd'hui près de 70 plateformes de crowdending. Faites-vous partie de ceux qui considèrent que c'est trop ? Va-ton vers une consolidation, une spécialisation, les deux ?

"Oui, assurément. Notons que sur ces 70, il n'y en a que 10 qui ont prêté de l'argent. Le marché du crowdlending débute seulement en France, je pense qu'il est encore trop tôt pour faire le choix de la spécialisation sur une niche. Il est fondamental que plusieurs gros acteurs émergent car il est très compliqué d'évangéliser seul. Il faudra aussi faire "monter" un très gros rapidement pour faire face aux acteurs anglais, qui sont plus puissants."

Certains disent que les fintechs proposent une innovation technologique, d'autres qu'elles proposent une rupture d'usage. Dans quel camp êtes-vous ?

"Elles proposent un mélange des deux. Je crois surtout qu'elles entraînent une transformation mentale en plaçant le consommateur au cœur du jeu. Les usages vont profondément changer. Demain, on empruntera d'un clic sur Lendix. Aujourd'hui, si vous allez à un guichet de banque, il faut d'abord prendre un rendez-vous... Dans ce cas de figure, l'agence bancaire ne sert à rien. Surtout quand on constate que 7 % des personnes dorment avec leur smartphone à la main !"

L'agence bancaire propose néanmoins du conseil...

"C'est tout à fait vrai et elle doit continuer à le faire. Il faut utiliser la technologie pour ce en quoi elle est utile, à savoir nous faire gagner du temps."

Pour beaucoup, le cap psychologique du prêt en ligne sera pourtant difficile à franchir, non ?

"Il y a encore peu de temps, les gens avaient peur de faire leurs achats sur Internet, et les choses ont bien changé. La transparence doit être totale. C'est la meilleure manière de créer la confiance. L'ancien modèle, symbolisé par les banques suisses qui ont bâti leur réputation sur leur opacité et leur communication montrant une personne grisonnante confiant la clé de son coffre à son enfant, va voler en éclat."

Quel discours tenez-vous à des Français notoirement allergiques au risque bancaire ?

"Les taux de produits d'épargne sont tellement bas que notre proposition séduit. Il ne reste plus qu'à faire évoluer une fiscalité du prêt encore mal ficelée. J'étais ce matin (le 26 novembre, NDLR) à l'Assemblée nationale à une audition et j'ai l'impression que plusieurs députés semblent décidés à changer cela. Croisons les doigts !"

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Biznext Bordeaux

Biznext, 150 minutes pour décoder l'économie 4.0, le 17 décembre à partir de 18 h à la Cité mondiale de Bordeaux. Au programme : une keynote sur la transformation numérique des entreprises par Nicolas Gaume, directeur de la division DX de Microsoft France, 5 masterclass durant lesquelles le public pourra directement poser ses questions aux experts, et une remise de prix. Inscription gratuite et obligatoire.

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