Pessac, berceau des premiers Castors

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Francis Fondeville, secrétaire de l'Association culturelle des Castors de Pessac et héritier de l'une des familles fondatrices
Francis Fondeville, secrétaire de l'Association culturelle des Castors de Pessac et héritier de l'une des familles fondatrices (Crédits : Agence Appa)
Pionnière de l’habitat participatif, la première cité Castor de France a été construite à Pessac, en Gironde, de 1948 à 1951. Une utopie collective qui démontre l’inventivité de ses promoteurs.

La cité des Castors de Pessac doit beaucoup à l'initiative d'Etienne Damoran, soudeur et prêtre ouvrier de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Elle doit aussi beaucoup à l'idéalisme d'un groupe de jeunes ouvriers de moins de 30 ans décidés à mener une ambitieuse aventure collective : construire une cité de 150 maisons où ils pourraient vivre ensemble.

"Ils ont choisi de construire la cité des Castors à Pessac, du côté de l'actuel quartier de l'Alouette, qui n'existait pas à l'époque : c'était la campagne, il n'y avait rien et la mairie a refusé de viabiliser les terrains. Aussi, en plus des maisons, les futurs habitants ont dû s'engager dans la construction des routes, du tout à l'égout, du réseau d'adduction d'eau, du centre d'épuration et du château d'eau !" relate Francis Fondeville, héritier de l'une de ces familles et secrétaire de l'Association culturelle des Castors de Pessac.

L'incident Le Corbusier

Quelques indispensables experts, comme un radio-électricien, font partie du groupe. Ce projet fou, qui serait irréalisable aujourd'hui, exigeait des moyens financiers que les Castors ne possédaient pas. Pour résoudre ce problème et obtenir l'indispensable soutien de l'Etat, les Castors girondins élaborent ainsi un nouveau concept, celui de l'apport-travail, qui deviendra la marque originale du mouvement.

Maison Cité des Castors

Quelques unes des maisons de la cité des Castors de Pessac (Agence Appa)

Trois Castors, dont Etienne Damoran, s'invitent ainsi au ministère de la Reconstruction, à Paris.

"Eugène Claudius-Petit, le ministre, les a fait attendre toute la journée, mais comme ils avaient décidé de camper sur place, il a fini par les recevoir, raconte Francis Fondeville. Il a ensuite accepté de considérer l'apport-travail des Castors comme une garantie d'emprunt suffisante pour que son ministère intervienne, ce qui a permis de débloquer les fonds. Les choses ont pourtant failli mal se passer. Claudius-Petit, qui était un admirateur de Le Corbusier, a proposé aux jeunes Girondins de construire deux barres d'immeubles, avec des jardins, ce qu'ils ont refusé aussitôt."

"Entre kibboutz et goulag"

Les Castors s'obligent à travailler 25 heures par mois sur le chantier et à y consacrer 15 jours de congés payés par an.

"C'était un peu entre le kibboutz et le goulag. Celui que ne faisait pas les heures prévues dans le mois passait devant une commission des conflits, où il devait se justifier et faire ensuite le double d'heures que le mois précédent", souligne Francis Fondeville.

Le mouvement des Castors a essaimé en Gironde, à Mérignac, Villenave-d'Ornon, mais aussi à Saint-Paul-lès-Dax (40) et Bayonne, où ils ont fini par créer le Comité ouvrier du logement (COL) 64. Le mouvement s'est également développé dans toutes les régions. Pour conserver et entretenir la mémoire de ce mouvement fondateur, les habitants, composés aujourd'hui de trois-quarts de nouveaux arrivants, ont créé l'Association culturelle des Castors de Pessac et essaient de faire passer le message sur cette expérience historique par le biais de l'Association syndicale, qui a notamment la charge de la gestion bénévole du château d'eau.

"Il reste cinq couples de pionniers et une vingtaine de veuves, les plus jeunes sont âgés de 88 ans et nous sommes 25 descendants des constructeurs, enfants ou petits-enfants à vivre dans la cité. Quand la cité a été finie, en 1951, la rentrée scolaire s'est faite avec 350 nouveaux enfants !" s'amuse Francis Fondeville.

Si cette aventure héroïque est terminée, celle de l'habitat participatif n'a pas dit son dernier mot.

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Commentaires
a écrit le 13/09/2015 à 5:09 :
Je me souviens très bien d un des instigateurs, de cette épopèe dont le pére Damoran pretre ouvrier
a écrit le 06/01/2015 à 12:05 :
parmi les 1ers compagnons " Castors " il y eut un grand nombre d'ouvriers de la CENPA de Bègles (devenue La Cellulose du Pin en 1960 )
a écrit le 05/01/2015 à 15:40 :
FRANCE AQUITAINE A PRODUIT UN TRES JOLI DOCUMENTAIRE IL Y A QUELQUES ANNNEES (2009/10 ? ) ,

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