Métropole et territoires ruraux : un avenir commun

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Mylène Villanove, conseillère municipale de la Ville de Bordeaux, déléguée auprès d’Alain Juppé aux Relations institutionnelles avec les territoires ;   conseillère métropolitaine à Bordeaux Métropole.
Mylène Villanove, conseillère municipale de la Ville de Bordeaux, déléguée auprès d’Alain Juppé aux Relations institutionnelles avec les territoires ; conseillère métropolitaine à Bordeaux Métropole. (Crédits : Thomas Sanson)
En trente ans de pratiques de gestion locale issues des lois de décentralisation, la complexité croissante des procédures, l’empilement des structures, l’enchevêtrement des compétences, le labyrinthe des financements croisés ont produit un millefeuille devenu illisible. A cet égard, les principaux enjeux de la réforme territoriale en cours ont été largement occultés par les débats sur les nouvelles grandes régions. Un fait essentiel mérite pourtant d’être signalé : dans la cartographie des pouvoirs dont nous sommes familiers, deux acteurs majeurs émergent à un an d’intervalle. Par Mylène Villanove, conseillère municipale de la Ville de Bordeaux, déléguée auprès d’Alain Juppé aux Relations institutionnelles avec les territoires ; conseillère métropolitaine à Bordeaux Métropole.

Bordeaux Métropole est née le 1er janvier 2015 de l'ancienne communauté urbaine. En janvier 2016, c'est une grande région Aquitaine - Limousin - Poitou-Charentes qui sera constituée, dotée de compétences renforcées.
Une grande ambition a d'ores et déjà été conférée aux Métropoles : devenir des moteurs de croissance et de compétitivité capables de faire jeu égal avec leurs homologues européennes.
Parallèlement, la future loi NOTRe, dont l'examen en deuxième lecture vient de commencer au Sénat, modifiera profondément l'équilibre territorial existant. Ce texte a nourri les espoirs d'une clarification des pouvoirs locaux ainsi que la confirmation du rôle stratégique des régions et du caractère prescriptif des schémas régionaux de développement économique et d'aménagement.

Conflit de leadership ?

Sans nul doute, région et métropole sortent donc vainqueurs de plusieurs décennies de controverse sur la répartition des compétences entre les communes, les intercommunalités, les départements et les régions.

Promues l'une et l'autre chefs de file des politiques de développement local, elles vont devoir inventer les formes de leur coopération.

Certains font d'ores et déjà le pari du conflit de leadership, de la concurrence des pouvoirs qui l'emporterait sur une synergie au bénéfice de tous. La région déploierait son action sur les espaces non-métropolitains, quand la métropole resterait cantonnée à son territoire stricto sensu.

Ce discours clivant doit être écarté, bien qu'il entre en résonance avec les analyses sur le décrochage des périphéries. Une vision peut-être trop pessimiste a pris l'avantage et domine désormais le débat public. Etayée, documentée, elle met en évidence, sous la plume de Christophe Guilluy, le fait que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Elle démontre que les politiques publiques comme les lois sont toujours plus axées sur les problématiques des zones métropolitaines, qui génèrent collectivement plus de 60 % du PIB national.

L'histoire des idées semble se répéter : il y a près de soixante-dix ans, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Jean-François Gravier publiait "Paris et le désert français", un ouvrage qui devait imprégner la pensée universitaire et l'aménagement du territoire pendant plus d'un demi-siècle. "Les Métropoles et le désert français", tel ne doit pas être le nouveau paradigme géographique de notre XXIe siècle.

Cette lecture duale ne tiendrait pas compte des transformations territoriales. Elle sous-estimerait le rayonnement des futures métropoles et la force d'entraînement qu'elles auront en matière de développement économique. Elle méconnaîtrait la somme des nouvelles compétences conférées aux régions - transports, routes, collèges - et dont l'exercice conduira naturellement l'institution régionale à marquer de son empreinte la totalité de son espace.

Inversement, la ruralité est beaucoup plus porteuse d'énergie, d'avenir et de modernité qu'on ne le dit, en la réduisant trop souvent à l'Hinterland vert des métropoles. Jamais le désir de campagne n'a été aussi fort. Les espaces ruraux disposent de ressources fixes et non délocalisables - eau, forêt, biodiversité...- qui leur confèrent, sur le long terme, un rôle stratégique.

En contrepoint de territoires promis au déclassement et progressivement dévitalisés, Jacques Lévy, professeur et chercheur en géographie et urbanisme, a forgé le concept d'"archipels de développement", qui irriguent les territoires.

Repenser les relations entre métropoles et espaces ruraux

Pour que cette vision positive et gagnante prenne corps, il incombe aux responsables politiques issus des élections municipales de 2014, départementales et régionales de 2015 de promouvoir une approche novatrice des relations entre les structures métropolitaines et les espaces ruraux.

En effet, la réforme de l'architecture territoriale ne relève pas du seul législateur. Les réformes successives - Maptam et NOTRe - laisseront la page à moitié blanche. La responsabilité des élus locaux, alors que la crise de confiance de nos concitoyens envers leurs institutions atteint son paroxysme, est d'écrire la suite, pour que nos territoires y trouvent un nouveau souffle, que les politiques d'aménagement contribuent efficacement à la revitalisation des campagnes.

L'émergence simultanée des grandes régions et des métropoles doit offrir l'opportunité de renforcer le dynamisme des espaces ruraux et d'accentuer la synergie entre les zones rurales et urbaines. Favoriser la coopération plutôt que la compétition : tel est l'enjeu essentiel des nouveaux acteurs du développement territorial.

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