Free floating : comment Yego et Indigo Weel se préparent au durcissement des règles à Bordeaux

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Yego opère à Bordeaux avec une flotte de 75 scooters électriques en libre-service
Yego opère à Bordeaux avec une flotte de 75 scooters électriques en libre-service (Crédits : Yego)
La mairie de Bordeaux s'apprête à adopter une charte encadrant fortement les opérateurs de free floating, qui mettent à disposition de leurs usagers des vélos, trottinettes et scooters électriques en libre-service. Yego et ses scooters vert pomme, dresse le bilan de sa première année de présence dans la métropole et se prononce sur le document en passe d'être examiné en conseil municipal. Indigo Weel et ses vélos ont de leur côté déjà pris des mesures très concrètes, contraignantes pour l'utilisateur.

"Une année très positive avec un excellent accueil des Bordelais et une demande bien plus forte que ce qu'on peut offrir actuellement comme service" : Olivier Aureille dresse un bilan très encourageant de la première année de Yego. L'entreprise, d'origine espagnole où elle a été fondée par des Français expatriés, a mis un pied à Bordeaux en février 2018. La jeune société, dirigée par Olivier Aureille, y exploite aujourd'hui 75 scooters électriques sur le principe du free floating : l'utilisateur repère l'engin le plus proche de lui grâce à son smartphone en le géolocalisant, le débloque en arrivant, récupère le casque dans le top case, et peut ensuite se rendre à destination, tant que cette dernière reste dans le périmètre autorisé par Yego.

"En un an, on s'est ajusté sur certains points, poursuit le jeune dirigeant. Notamment sur les horaires où l'on a stoppé le service la nuit, pour le restreindre à une période comprise entre 6h du matin et minuit. Les utilisateurs étaient trop peu raisonnables après minuit et le vandalisme trop important : ça nous a chagriné mais nous n'avions pas les moyens de continuer. De la même manière, il nous a fallu revoir les zones d'activité car nous avions trop de problèmes dans certains quartiers, même si je ne désespère pas d'y revenir. Nous sommes encore aujourd'hui en relations constantes avec les autorités, nous avons aussi participé à la démarche prospective Bordeaux 2050 pour présenter notre projet et travailler sur les enjeux de la mobilité."

Yego emploie aujourd'hui huit personnes à Bordeaux. La société revendique plus de 700 trajets réalisés quotidiennement, 20.000 inscrits à son service et 4.000 à 5.000 utilisateurs mensuels, "un chiffre qui va fortement augmenter avec les beaux jours qui arrivent". 50 % ont entre 18 et 25 ans, et 27 % utilisent les scooters pour leurs trajets domicile / travail, essentiellement le soir d'ailleurs.

Le vandalisme est le fléau des opérateurs de free floating et Yego n'échappe pas au sujet. Olivier Aureille en distingue deux types :

"Il y en a eu, plus que prévu comme pour tous les opérateurs. Il est certain qu'il y a des scooters dans la Garonne. J'ai observé deux phénomènes : les dégradations gratuites, pour le plaisir de casser. C'est celui qui me pose personnellement le plus problème car il relève d'un enjeu de société, plus que des opérateurs eux-mêmes. Et les vols, mais nos scooters sont compliqués à voler et nous envoient des alertes s'ils bougent sans être loués, si bien qu'on arrive à les retrouver rapidement. Il y a eu quelques dégradations accidentelles, comme un utilisateur qui passe trop près d'une voiture ou un scooter qui tombe à l'arrêt, mais c'est mineur."

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Retour aux bornes ?

Le dirigeant de Yego a aussi assisté il y a quelques jours à la présentation de la future charte encadrant les nouvelles mobilités en libre-service et sans bornes, dévoilée par La Tribune et précisée par la conseillère municipale Stéphanie Givernaud. Le document rebat complètement les cartes : nombres d'objets de mobilités capés par opérateur, obligation de stationner les vélos, scooters et trottinettes dans des endroits bien spécifiques, création d'une redevance... Ceci en attendant la future Loi d'orientations des mobilités qui est en cours de discussion au Parlement. Olivier Aureille n'est pas choqué par la mise en place prochaine à Bordeaux, probablement dès le mois de mai, de règles encadrant les opérateurs de free floating. Au contraire :

"La création d'une charte était une évidence et je comprends tout à fait que les collectivités locales aient besoin de fixer des règles. D'autant plus quand on voit le nombre d'opérateurs qui tapent à la porte de la métropole. Ce sera à nous, opérateurs, de faire de la pédagogie auprès de nos utilisateurs. Plafonner le nombre d'objets de mobilité est aussi logique, aller au-delà du plafond prévu ne serait de toute façon pas une bonne idée sur nos périmètres géographiques restreints."

Il concède en revanche quelques inquiétudes : le prix de la redevance (envisagé à 100 € par scooter et par an et à 10 € pour les vélos et les trottinettes), mais surtout l'obligation de parquer les véhicules dans des zones spécifiques. La mairie a préétabli 55 sites qui accueilleront les objets de mobilité.

"J'ai tout de suite fait part de notre inquiétude car cette obligation atteint directement notre modèle économique. On revient à un système de bornes, l'inverse de la promesse du free floating. Après, dès aujourd'hui, garer les scooters sur des emplacements adaptés aux deux-roues était déjà obligatoire. Si un scooter est mal stationné par un utilisateur lorsqu'il le remet en circulation, je prends une amende. J'ai vu quels étaient les emplacements présélectionnés, mon inquiétude est qu'ils sont déjà très souvent complets. Créer un réseau de nouveaux emplacements de stationnement des deux-roues, comme envisagé, est en revanche très intéressant, pour nous et pour tous les autres."

Le marché, au vu de l'engouement, ne devrait de toute façon pas retomber tant il a bien pris dans les métropoles en peu de temps. Il reste à savoir qui s'imposera.

"Tout dépendra de la place de la voiture et du pétrole que l'on veut dans la ville. On ne pourra sans doute pas faire sans car le free floating reste un moyen de déplacement non polluant en centre-ville, et cela on n'en parle pas assez. Il est probable que tous les acteurs ne pourront pas suivre les règles mises en place par les villes."

Olivier Aureille veut croire qu'une "prime aux acteurs locaux" bénéficiera aux opérateurs tels que Yego :

"On le constate dans beaucoup de domaines, il existe aujourd'hui une vraie tendance à privilégier le local. C'est aussi vrai pour la qualité de service qui doit être irréprochable. J'entends de plus en plus de personnes se plaindre d'Uber car ce qui a fait leur force à leurs débuts, le chauffeur en costume, les bonbons à disposition, la possibilité de charger son téléphone... tout cela s'est dégradé. Ce qui primera, ce sera la capacité à offrir le meilleur service."

Pour continuer à se développer, Yego mise avant tout sur un accompagnement bancaire et avance dans le projet de lancer une campagne de financement participatif (crowdfunding) dans les prochains mois.

Des vélos renforcés pour Indigo Weel et un fonctionnement beaucoup plus strict

De son côté, Indigo Weel a annoncé, avant même la mise en place de la charte, le déploiement d'une nouvelle flotte de vélos en libre service. Dans son communiqué paru jeudi 21 mars, la société ne dit pas un mot de la charte bordelaise. Mais tout, dans son contenu, s'inscrit dans les pas du document et vise parallèlement à limiter les dégradations. Dans nos colonnes, Indigo Weel avait expliqué qu'au bout de huit mois d'exploitation, sur les 2.000 vélos en libre-service mis en service, 1.000 avaient été volés, 400 étaient en réparation, et qu'il n'en restait donc plus que 600 en fonction. L'entreprise annonce donc le remplacement de ces vélos par "un modèle plus robuste" dès à présent. Ce dernier comporte "des roues à bâtons ultra-résistantes et légères" censées "garantir les vélos contre les phénomènes de vandalisme et d'utilisation excessive" et un panier moins sensible à la casse tout en étant pourvu d'un support adapté aux smartphones. Elle dit également s'apprêter à équiper sa flotte d'un "nouveau genre de cadenas connecté", avec une coque de protection en acier renforcé et un système de géolocalisation amélioré muni d'un module de communication bas débit conçu avec la société toulousaine Sigfox, ainsi qu'une tige en acier et un câble rouge permettant de "sécuriser le vélo en l'attachant à un arceau en fin de location".

Vélos Indigo Weel Bordeaux

Les nouveaux vélos d'Indigo Weel sont censés être plus résistants (photo Indigo Weel)

Indigo Weel "exigera de ses usagers que ses vélos soient stationnés à des endroits non dérangeants pour les autres utilisateurs de la voirie". Soit très précisément ce que prévoit la charte bordelaise. L'opérateur va même plus loin puisqu'elle demandera aux utilisateurs des vélos de les prendre en photo à l'issue de la location, correctement stationné contre du mobilier urbain adapté. La photo devra respecter trois points :

- "être prise dans de bonnes conditions (photo nette, lumineuse et bien cadrée)"
- "mettre en valeur le vélo stationné sur du mobilier urbain prévu à cet effet avec le câble rouge correctement fixé à ce point d'ancrage"
- "présenter clairement le numéro de série de façon très lisible"

"Toute photographie sera analysée par notre service clients", précise Indigo Weel, qui ajoute que "les utilisateurs devront garer les vélos sur les parkings référencés sur l'application mobile", localisable grâce à une carte consultable via l'application mobile.

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L'entreprise assure que son objectif est "d'améliorer les conditions de stationnement des vélos et de réduire les troubles occasionnés par les personnes qui déplacent les véhicules en dehors des périodes de location. Désormais, nous allons savoir avec certitude si le dernier usager a respecté les règles imposées par le service et nous pourrons ainsi l'inciter lors de ses prochaines utilisations à mieux se comporter. Cela nous permettra également de mieux contrôler notre flotte de vélos qui sera moins sensible au vandalisme." Il reste à savoir si les utilisateurs séduits par la liberté offerte par le free floating souscriront à ces nouvelles contraintes. Indigo Weel se dit "fière d'être la première société de vélos en libre-service nouvelle génération qui évolue vers ce modèle hybride"... qui ressemble furieusement aux classiques vélos devant être rattachés aux bornes.

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